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plus radieuses visions, ne fait plus que rarement appel aux pâles rêves de Morven, sa mémoire se reporte avec un attrait puissant au temps de sa jeunesse passionnée et mélancolique. Ossian, pour lui, c’est sa jeunesse. Et c’est en même temps l'idéal du poëts! Les traits particuliers au Barde disparaissent ou se modifient, nous l'avons vu; il devient le poète-type, ce qu'est Homère pour l'antiquité classique, Virgile pour Dante, Dante pour l'Italie moderne, Shakespeare pour le romantisme européen ; il n'offre plus que ces « délinéations légendaires » qu’on a récemment étudiées d’un coup d'œil vaste et précis dans les principales littératures ‘ ; il devient l’éponyme de la poésie même.
En somme que doit-il à Ossian ? Rien sans doute de sa pensée morale, religieuse ou philosophique, et M. Citoleux a évidemment raison de dire : « Ossian n'’influe pas philosophiquement sur Lamartine, sauf d’une manière vague, en le prédisposant à la rêverie... Supprimez Ossian, l’on voit bien ce qui manquerait au lyrisme de Lamartine ; on voit moins bien ce qui manquerait à sa philosophie *. » Ossian ne l’a pas rendu athée : il l’a séduit malgré son athéisme. Le côté historique, psychologique, si l’on peut dire, de la révélation ossianique ne l’a pas non plus intéressé : une vertu si éclairée chez un peuple barbare et très ancien, l’analogie des mœurs ossianiques avec celles de certains sauvages actuels, avaient retenu l'attention des « philosophes » du xvin° siècle ou attiré la curiosité de Chateaubriand, mais n’exciteront pas la sienne. L'amour tel qu’il est peint dans Ossian, bien monotone malgré l’apparente diversité de ses nuances, a sans doute charmé le rêve de sa première jeunesse ; mais il n’a pas donné dans le genre amoureux ossianique, dans la romance calédonienne, Ses essais en cette direction se rattachent au con-
1. F. Baldensperger, La Littérature (Création. Succès. Durée), p. 268.
2. Marc Citoleux, La Poésie philosophique au XIX° siècle : Lamartine, p. 104.
Ossian et le paysage de Lamartine rss
traire à des modèles français du xvirr siècle ou à des maf- tres italiens. Reste le paysage, et la nuance particulière des réflexions ou des rêveries que fait naître un tel paysage.
Ce paysage est un paysage de rêve, et doit sa prise sur lPâme à son irréalité même. Non que 1 détails en soient si extraordinaires. M. Zyromski a diligemment étudié les éléments ossianiques du paysage intérieur de Lamartine !. C’est la mer d’abord, puis les rochers, les bruyères, les étendues désertes ; dans le ciel, les nuages, qui jouent dans sa poésie un assez grand rôle, la lune surtout, dont il a si admirablement chanté l’amicale douceur ou l’indicible tristesse. Parfois cette nature est sentie comme un tout, avec une sorte de panthéisme frénétique ; parfois elle donne.
lieu à des rêveries infinies, comme si l’âme voulait s’y
perdre et s y anéantir. Plus souvent, elle est le thème et comme l'argument toujours présent des réflexions les plus graves et les plus mélancoliques. C’est le sentiment profond de l'instabilité de toutes choses, de la caducité de l’homme et de tout ce qu'il aima, de la mort et de la destruction universelle. Le soleil lui-même périra, disait Ossian, et l’auteur des Méditations et de la Chute d'un Ange le répète après lui. Parfois se présente l’idée que l’âme immortelle viendra visiter les lieux qu’elle aime, comme les ombres des guerriers contemplent les vivants du sein des nuages.
En examinant de près le premier recueil des Méditations, on remarque que les rapprochements les plus notables que l’on puisse faire avec des textes d’Ossian se décomposent ‘ainsi :
Paysage, sentiment de La nature . . . . 14 Caducité des choses, mélancolie. . . . . 12 Immortalité des âmes. . . 6 RSS à Expressions diverses et formes de style Ne à
Naturellement, plus on avance dans la carrière poétique de Lamartine, plus on trouve de notes différentes : le soleil domine, le paysage terrestre devient plus doux, plus