Recueillements poéliques, Ib
Le Cours de Littérature 757
s’avançaient qu'accompagnés du Barde de Morven, malheureux comme le premier, aveugle comme le second.
Mais qu'Ossian ait existé, qu’il ait composé réellement les poèmes qu’on a donnés sous son nom, cela n’a jamais fait pour lui aucun doute. La première fois qu’il mentionne l’opinion opposée, c’est en 1847 ; et avec quel dédain! « J'aimerais autant dire que Salvator Rosa a inventé la nature! » Les tristes embarras où se débattirent ses dernières années lui permirent de s'expliquer plus à fond sur ce sujet, en même temps qu il payait à à Ossian une dernière et ample dette de reconnaissance et d’admiration. Deux Entretiens de son Cours de Littérature lui sont consacrés". La date tardive de ce morceau le rend curieux comme anachronisme et touchant comme souvenir pieux. Il appartient à Lamartine, il est l’aboutissant et l'expression suprême d’une foi ossianique qui durait depuis soixante ans exactement : à ce titre, il doit trouver sa place ici, et non pas à l’époque tardive et incroyante qui l’a vu paraître.
Il y a trois éléments à distinguer dans ces 138 pages : un historique, une série de citations, un jugement. L’historique de la découverte et de la publication de l’Ossian de Macpherson est tout à fait fantaisiste. Lamartine est fort âgé, il écrit de mémoire, et peut-être n'a-t-il jamais bien connu ces détails qu’il brouille et défigure. Macpherson devient un « gentilhomme écossais » ; il a « composé pendant dix ans » ses chants nationaux « avant de les recueillir et de les rédiger pour ses compatriotes »; il donne ses premières productions « en 1762 »; Fingal a paru « dix ans avant les autres poèmes ou chants » du recueil, ce qui explique que ce poème est « le plus véridique et le plus soigné » ; d'ailleurs « l’authenticité en était avérée et presque populaire parmi les vieux bergers de la Calédonie », et « beaucoup d’ecclésiastiques » en « possédaient des fragments ». Macpherson ne répond aux attaques de Johnson « que par le dépôt des manuscrits ». Trathal et Dargo sont donnés comme appartenant à Macpherson au même titre que Carthon ou Temora. Macpherson « s’est obstiné pendant quarante ans » à son travail. Son « caractère religieux »