Eloa, chant II
pensé et écrit est mal placé dans E/oa, et qu’il a tout l’air d’une pièce rapportée. M. Ernest Dupuy le considère comme un de ces « cartons un peu anciens ‘ » que Vigny aurait
. utilisés en les introduisant après coup dans E/oa. En tout
cas, ce passage antérieur à 1823 suffit à montrer Vigny tributaire d’Ossian aux débuts encore incertains du romantisme, à la même heure que Victor Hugo et que tant d’autres moins célèbres.
Plus tard, il a continué de l’aimer, de le goûter d’une manière plus intimé peut-être et plus vraie. On ne peut, Je crois, dire comme l’a fait un connaisseur pourtant très averti de cette période:« Vigny s’attarda peu dans l’admiration du Barde *.» Pour Sainte-Beuve, les sources de son imagination sont : « la Bible, Homère (à travers André Chénier), Dante peut-être, Milton, Klopstock, Ossian, Thomas Moore *, » De ces poètes, Ossian est un de ceux qui restent le plus constamment au premier plan de son ima-
gination et de sa mémoire. Fait-il l’éloge de Chatterton ?.
« Il a chanté comme Ossian ‘. » Exprime-t-il dans un morceau dédié à Girodet sa conception d’une beauté idéale, son rêve d’un art unique qui réunirait et concentrerait tous les arts ? il évoque
L'orgueil farouche et noir des héros du nuage,
Et les blondes beautés qui pleurent dans l’orage *.
À propos de Byron, il pense à Ossian. Il reproche à Lara
d’être « un voile obscur à travers lequel passent quelques personnages semblables à des ombres rapides ou aux fantômes nébuleux des pays du Nord ° ». Il fallait être un peu
ns
hanté des figures ossianiques pour penser à elles à propos de Lara. Elles se dressent beaucoup plus tard devant sa mémoire, lorsqu'il feuillette la traduction de Lacaussade, dont il vient de recevoir l’hommage. Il évoque dans son remerciement au traducteur « les belles ombres mélanco-