L. Lafoscade, Le Théâtre d'Alfred de Musset, p
TI: Ossian en France
d’Ossian. « L'on jurerait que la muse du poète, sûre de se retrouver, s’est un instant laissé envelopper par les nuages de Macpherson. » Il ne faudrait pas trop jurer. Je regrette pour le Barde qu’il n’ait pas inspiré le poétique début de la Nuit d'Octobre, par exemple, ou tels vers du Saule ou … de Rolla. Par contre, je verrais volontiers une réminiscence . du fameux morceau sur les ruines de Balclutha dans l’invocation de l'Anglais Tiburce au manoir de ses pères :
.… Tu gardes le silence, Vieux séjour des guerriers, autrefois si bruyant !!
I] faut rappeler aussi que Musset se représente, quand il a perdu tout son argent aux jeux de Bade, étendu sur un banc et « rêvant aux héros d’Ossian ? ». N'y a-t-il pas là quelque ironie, aussi bien que dans le « crâne ossianique* dont s’enorgueillit le piteux Durand? Ce « crâne ossianique » est sans doute un crâne où réside le génie, puisqu'il est « aux lauriers destiné ». Il est difficile de préciser l'intention du poète dans l’un et l’autre passage.
Musset raille doucement le genre ossianique : : il ne renie pas les poèmes du Barde. On peut s’en convaincre en parcourant ses œuvres en prose. Il semble féliciter Napoléon d’avoir porté son Ossian avec lui, même à la Bérésina ‘. Dans sa petite guerre contre les Romantiques, il ne nie pas les beautés d’Ossian : il s’étonne que les Romantiques voient en Jui un maître. Les journaux ont appris à Dupuis et à Cotonet que « la poésie romantique, fille de l'Allemagne », a ajouté le Barde au panthéon littéraire, et que « Ossian et Homère se donnent la main * ». Point de mal à cela. Mais d’autres — Musset se laisse aller par négligence ou s’amuse par malice. à confondre les divers sens qu’on a donnés au mot romantisme, et l’on sait s’ils sont nombreux ! — d’autres appellent romantique le mélange du bouffon et du terrible. Que vient faire le Barde lugubre de Morven en cette mascarade ?
Le Saule, 1830.
Une bonne fortune, décembre 1834.
Dupont et Durand, juillet 1838.
Œuvres, IX, 137 : Un mot sur l’Art moderne.
Ib., IX, 208 : Lettres de Dupuis et Cotonet, 1r° lettre, 8 septembre
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Alfred de Musset HT
2 PONCEOPL
« D’ailleurs Ossian, votre Homère nouveau, est sérieux d’un bout à l'autre : il n’y a, ma foi, pas de quoi rire. Pourquoi l’appelez-vous donc romantique ? Homère est beaucoup plus romantique que lui :.» Au reste, dire aux romantiques, en 1836, qu'Ossian est leur « Homère nouveau », c’est étrangement retarder ; c’est parler comme aurait pu le faire en 1800 un critique de M"e de Staël. Il n’y a peut-être pas un romantique de quelque renom qui, en 1836, fit d’Ossian son Homère. Décidément, les deux habitants de La Ferté-sous- Jouarre sont mal au courant. C’est abuser également que d'établir, sous le couvert d’un mot à tout faire, un rapport Quelboique entre le Barde, père de la AR moderne, et l’armoire d’Hernani ou les facéties des Jeune-France. Nous arrivons aux deux textes dans lesquels une influence d'Ossian est aisément discernable : ici une inspiration, là une imitation directe et presque une traduction. Trois auteurs au moins * ont déjà signalé combien certains traits de La Coupe et les Lèvres rappellent Ossian ; M. Lafoscade l’a fait naturellement avec plus de détail. Il ne se peut rien de plus ossianique que toute l’apostrophe au Tyrol, où l’on relève des traits comme amante des nuages, leurs lacs vaporeux, barde ; un vers qui caractérise admirablement l’emploi du temps des héros de Morven :
On ne fait sous ton ciel que la guerre et l’amour *.… et surtout une allusion au surnaturel ossianique :
O Frank ! si du séjour des vents et des tempêtes Ton âme sur ces monts plane et voltige encore ‘...
Le Tyrol qu'évoque Musset est une sorte de Calédonie plus moderne et plus colorée, où la grisaille monotone des guerriers combattant et pleurant dans le brouillard est remplacée par des touches plus vives et plus pittoresques : ses