Ib., acte IV;,sc. I
montagnes sont plus élevées, ses vallées plus riches et plus ensoleillées : on le sent voisin de l'Italie. Mais il est, comme Morven, un pays de rêve, un de ceux qu'a créés l’imagination d'un poète. Celui-ci a vingt-deux ans; il s’ouvre à la vie comme au soleil une belle fleur pourprée qui embaume tout ce qui l'approche. 11 a mis dans son Tyrol une vision héroïque dans un décor montagneux et grandiose, dont Ossian a suggéré quelques traits.
On voit combien il serait faux de dire avec Dumas père que Musset « n’a rien pris. à Ossian excepté une seule pièce ‘ ». Et cependant il est vrai que tous les témoignages d'inspiration ou d'influence que l’on a recueillis ne sont rien auprès du morceau célèbre, le plus glorieux sans doute de tous ceux que cite ou indique cette longue étude, et le seul peut-être qui soit déjà dans le souvenir de tout lecteur de cet ouvrage. Même l’immense majorité des Français lettrés de notre temps n’ont guère lu d’Ossian que ces vers de Musset, qui chantent dans leur mémoire depuis le jour heureux de leur jeunesse où le poète leur fut révélé. Je m’excuse de reproduire une page aussi Connue, mais il serait étrange qu’une étude sur Ossian en France, qui a dû faire une place à tant de morceaux médiocres ou mauvais, ne contint pas celui-ci.
Pâle étoile du soir, messagère lointaine, Dont le front sort brillant des voiles du couchant, De ton palais d’azur, au sein du firmament,
Que regardes-tu dans la plaine?
La tempête s'éloigne, et les vents sont calmés. La forêt, qui frémit, pleure sur la bruyère; Le phalène doré, dans sa course légère,
Traverse les prés embaumés.
Que cherches-tu sur la terre endormie ?
Mais déjà vers les monts je te vois t’abaisser; Tu fuis en souriant, mélancolique amie,
Et ton tremblant regard est près de s’effacer.
Etoile qui descends sur la verte colline,
Triste larme d'argent du manteau de la Nuit,
Toi que regarde au loin le pâtre qui chemine, Tandis que pas à pas son long troupeau le suit, —