Alexandre Dumas, Les Morts vont vite, IL
Alfred de Musset 775
Etoile, où t'en vas-tu dans cette nuit immense? Cherches-tu sur la rive un lit dans les roseaux ?
Où t'en vas-tu si belle, à l'heure du silence,
Tomber comme une perle au sein profond des eaux? Ah! si tu dois mourir, bel astre, et si ta tête
Va dans la vaste mer plonger ses blonds cheveux, Avant de nous quitter, un seul instant arrête; — Etoile de l’amour, ne descends pas des cieux ‘!
On sait que ce morceau n’est autre que le début des Chants de Selma, que nous avons rencontré si souvent traduit en prose ou en vers, soit sur l’anglais, soit d’après Le Tourneur, soit d’après l'allemand de Gœthe. Nous savons que Musset possédait les deux volumes de Le Tourneur ; c’est certainement la source de sa traduction ; Werther a sans doute aussi contribué à lui faire apprécier ce morceau. Quoique Musset connût suffisamment l’auglais pour lire Ossian dans le texte, il n’est pas probable qu’il ait eu ce texte entre les mains : sa bibliothèque ne le contenait pas. Dès 1840, Sainte-Beuve citait dans un de ses articles « la pièce inspirée d’Ossian * » ; en réimprimant en volume les Portraits Contemporains, on a jugé inutile de répéter une page si connue. Au lendemain de la mort du poète, Dumas père la citait aussi avec éloge : pour lui, elle est « imitée de loin, souvenir resté dans la tête plutôt que traduction copiée sur le livre * ». Il est difficile pourtant d'admettre. n'en déplaise au bon Dumas qui tranche ce point avec son assurance habituelle, que Musset n’ait pas écrit après une lecture toute récente de Le Tourneur, et peut-être même avec le livre sous les yeux. Quelques rapprochements, en confirmant que Le Tourneur est bien la source de Musset, serviront en outre à établir avec quelle fidélité il suit quelquefois les expressions de son modèle.
L. T. — dont la tête sort brillante des nuages du couchant. M. — Dont le front sort brillant des voiles du couchant.