‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 409 sur 512 · Nouveaux Lundis, V · texte numérisé non relu

Nouveaux Lundis, V

plus ou moins Ossian. Leur exemple achèvera de nous montrer que si la mode commence à délaisser les chants du Barde, ils offrent encore à plus d’un regard rêveur leurs palais de songes, à plus d’une émotion leur voix mélancolique. Ossian est entré dans le domaine public. Il n’est pas trop nouveau, et il n’est pas encore démodé. Il n’est pas proprement romantique dans le sens que prend ce mot de plus en plus nettement à mesure qu’on s'éloigne de la doctrine de Mr° de Staël ; il n’est du moins ni chrétien ni féodal ; il n’est ni oriental ni bariolé.Il n’est pas non plus classique, gréco-

romain, mythologique, genre désormais discrédité. Il offre.

un terrain neutre où les esprits modérés et prudents pourront prendre leurs ébats poétiques. Il est pratiqué des poètes qui font aujourd’hui encore quelque figure ; il l’est bien davantage des talents médiocres.

Casimir Delavigne, comme on s'y attend de reste, n’a guère ossianisé, même au temps de sa jeunesse. A peine si l’on peut retrouver un souvenir du paysage ossianique dans les rochers, les torrents où il situe Milton, qu’il fait un peu Ecossais et montagnard ‘. Brizeux, le Breton bretonnant, le chantre des Celtes et de leurs traditions, ou ne connaît pas Ossian, ou le connaît trop bien et s’en défie. Le fait ést que dans les divers volumes de son œuvre, on trouve beaucoup de harpes et de bardes, mais rien qui vienne de Morven. Il est probable toutefois que les vers suivants, qui s’inspirent, paraît-il, d’un texte d’Elien, doivent quelque chose pour l’accent et le détail à la poésie ossianique :

Et leurs morts glorieux, ils ne les pleurent pas :

Mais sous les chênes noirs et les rouges bruyères, Sauvages monuments, ils leur dressent des pierres; Et la harpe vibrant, ô bardes, sous vos doigts,

La harpe aux chants d’airain célèbre leurs exploits ?.

Auguste Barbier s’est plu à mettre en vers des sujets empruntés un peu à tous les poètes des pays les plus différents. Dans ce recueil, qui n’a paru que tout à fait à la fin de sa vie, et dont aucune pièce n’est datée, on trouve

1. Œuvres de Casimir Delavigne, V, 372 : La Mort de Jacques Delille, dithyrambe (1814).

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