‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 418 sur 512 · La Minerve française, 1II, 69 (août · texte numérisé non relu

La Minerve française, 1II, 69 (août

3 L'Album, 10 et 20 septembre 1822: Des littératures classique el romantique, par A.Thiers, p. 33, 69, 71.

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Disciples de Me de Staël 797

Mu° de Staël qu’il ne cite pas, mais qu’il suit de près, le type de la poésie du Nord.

C’est aux mêmes doctrines que se rattache, plus explicitement encore, l’auteur anonyme d'un remarquable Essai sur la Littérature romantique. 11 consacre huit pages à Ossian *. Plus qu'aucun de ses contemporains, il attache une importance décisive à la révélation des poèmes ossianiques. « C'est presque de leur publication que date la distinction des deux écoles, classique et romantique ; et ce Nestor des poètes de l'Occident, après en avoir. fondé la littérature, est aussi le premier qui dans les temps modernes l'ait remise en honneur. » Ainsi Ossian est deux fois le père de la littérature moderne, par ses chants — ceci est une opinion particulière à M°° de Staël — et par la révélation qui en a été faite au monde qui les avait oubliés — ceci est la forme exagérée d’un fait d’histoire littéraire européenne. Fayorable à l’authenticité, l’auteur ne méconnaît pourtant pas les libertés de Macpherson, qu’il explique à sa manière. Ce qu'il ajoute est plus important : « Ossian semble placé par le caractère de ses poésies en dehors de toute littérature connue... Un rapport plus intime unit chez lui le monde des sens avec les impressions de l’âme. » Autrement dit, il est le premier chez qui le paysage occupe une telle place; bien plus, il est le premier romantique. Tout ce qui dans son œuvre appartient à la nature est grand, est neuf, tandis que les combats sont chez lui plutôt indiqués que racontés.

‘C'est dans ses émotions et dans ses souvenirs que s’est réfugié tout son talent. L'activité de la vie s’affaiblit dans ses vers, comme les couleurs des objets s’effacent sous le ciel vaporeux des Hébrides.. Il y a dans cette peinture vague de l'existence un attrait mélancolique propre à la poésie d’Ossian ; aussi l’a-t-on toujours placé, quant à l'expression d’un tel sentiment, à la tête de cette école moderne qui a été regardée comme faisant de lui le caractère exclusif de ses écrits.

Ce disciple direct de M"° de Staël pénètre plus profondément qu’elle dans le caractère propre des poèmes ossianiques et la raison de leur succès.

1. Essaisur la Lillérature Romantique, 1825, p. 80-88. L'ouvrage a été, dit l’auteur, commencé en 1820, et l'Avant-Propos est daté de juillet 1824.

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D’autres précisent davantage, et voient dans Ossian le reflet d’un pays et d’une civilisation. Loève-Veimars signale la « teinte mélancolique >» commune au pays et au poète, et donne ce dernier comme preuve de sa théorie des ballades primitives, origine de toute poésie dans tous les peuples. Au Nord, au Midi, « l’épopée naît des mêmes sources » qui donnent Ossian et les Niebelungen *. Et c'est peut-être une des idées les plus intelligentes qui aient été émises à propos d’Ossian. Un nommé Treneuil est encore mieux informé des sources irlandaises d’Ossian : il parle de l’Irlandais Oisin, de Fin « prince de Leinster » ; il a lu les Mémoires historiques de Walker, mais il croit néanmoins à l’authenticité écossaise de « ces chants funèbres que les échos de Morven ont après tant de siècles répétés ? ».

La poésie ossianique fournit d’autre part des documents à ceux qui s'intéressent à l’histoire et à l’état social des Celtes. Reynier par exemple, qui a du bon sens, se moque également de la celtomanie de Pelloutier et de la scythomanie de Pinkerton, qui en haine de Macpherson ne veut voir de Celtes nulle part, et tendrait à les rayer de la liste des nations. Il tire d’Ossian des indications sur l’état moral et les croyances religieuses de ses contemporains : il cite ses poésies, par exemple, pour l’avoir « familiarisé avec les âmes errantes dans les airs». Un critique, qui signe D..., en rendant compte de son livre ‘, développe davantage les considérations tirées d’Ossian : tout le tableau enchanteur de cette religion qui « secondait la politique » et du « bonheur futur, récompense de la valeur » qu’elle offrait aux héros ; de la poésie destinée « à échauffer les âmes » ; des Bardes, « à la fois guerriers et poètes » ; de

1. Ballades, Légendes et Chants populaires de l’Angleterreet de l'Écosse, publiés par Loëve-Veimars, 1825 : Introduction, p. 2 et 21.

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