Abbé E. Fleury, Hippolyte de la Morvonnais
3. Id., Hippolyte de la Morvonnais, OŒEuvres choisies, p. 83. Cette Préface était inédite avant les solides et féconds travaux de M. l'abbé Fleury.
leds à sole aa \
Cds Dre nl nt CE DAT “ee
Ossian et le sentiment religieux 801:
Cette lecture a un charme inexprimable, mais dangereux pour ceux que les tourments de la sensibilité, des PE profondes ou de longs malheurs ont conduits à la ni le
Ce caractère sentimental est le seul sans doute qui permette de rapprocher Ossian de Jean-Paul, comme le fait le vicomte de la Grange ?. De même on trouve en général que les sentiments qu'il inspire ont quelque chose de religieux ; à condition d'entendre ce mot dans un sens suffisamment vague, celui qu’on a dans l’esprit quand on avance que la longueur des nuits dans les pays du Nord est propre à inspirer à l’homme un sentiment religieux *. On rencontre plus rarement l'opinion opposée, celle de Fontanes, qui reproche à Ossian de manquer de religion. Voici un texte où elle s’exprime avec quelque netteté :
La poésie d'Ossian est celle de l’imagination, je dirai presque des sens, qu’elle ébranle avec violence ; mais elle n’est point celle du cœur, que trop souvent elle laisse froid, parce qu'elle est privée de ces sentiments religieux, qui en consolant l’homme sur la terre, élèvent et agrandissent ses destinées #.
« En consolant l’homme » : voilà en effet ce qu’Ossian ne fait pas. Il offre d’amples, de profondes ou de mystérieuses résonnances à tous les accents du regret, de l’angoisse et du désespoir; mais du fond de ces abîmes ne s’élève aucune voix qui dise à l’homme d’avoir confiance, d’espérer et d'agir. Il y a dans toute âme une voix qui dit non et une autre qui dit out; le non seul trouve en lui de l’écho. C'est peut-être le premier pas d’un esprit religieux que de douter de la vie, d’en apercevoir le néant, et de se reposer dans l’idée de la mort; mais ceux pour qui ce pas n’est point le dernier, ceux qui veulent dépasser cette funèbre et stérile mélancolie, ceux-là s’évaderont d’Ossian comme on oublie une longue nuit pleine de cauchemars et d’angoisses, quand le matin doré entre par la fenêtre avec le chant joyeux des oiseaux.
Biographie Universelle [Michaud], 1822, article Ossian. . Pensées de Jean-Paul, 1829, p. 10.
. Cyprien Anot Elégies Rhémoises, 1825, p. 177.
. J. Treneuil, Poèmes Élégiaques, 1824, p. 122.
Fos
Rien ne vaut l’examen d’un cours classique de littérature ou d’un dictionnaire pour marquer la place que tient un écrivain dans l’opinion moyenne d’une époque. Plus que l’avis des princes de la critique, le modeste ouvrage de M"° d'Hautpoul est un témoignage de l’importance qu’on attribue à Ossian au commencement de la Restauration. Cette romancière et poète publie son Cowrs en 1815 et de nouveau en 4821. Ossian y tient une place importante *. Il commence la série intitulée Lit{érature étrangère. On trouve dans ce chapitre, après des considérations préliminaires, la légende d’Ossian, le résumé et des extraits de quelques-uns de ses poèmes, et quelques détails sur leur publication. Les « jeunes personnes » à qui était destiné l’ouvrage y apprenaient que Macpherson « n'a trouvé que des lambeaux épars, qu'il a réunis avec art, et dont il a étendu les sujets ». Sur la légende d’Ossian, sur le bardisme, son apogée et sa décadence, l'auteur s’inspire de Le Tourneur qu’elle enjolive en estropiant quelques noms propres. Pour donner à ses jeunes lectrices de beaux échantillons de la poésie ossianique, elle choisit le chant III de Fingal: l'épisode de la mort d’Agandecca touchera ces tendres cœurs.
Un autre tient à laver le Barde de l’affront que lui a fait le lyrique Lebrun. Boiste lui consacre trois énormes pages *. Il cite d’abord, comme Marmontel, deux passages étendus : la lamentation d'Ossian et la plainte de Colma. Mais il abrège, et s’en vante ; il change même « cette prose marmontélique et traductrice », comme il dit en son jargon. Il approuve « l’ossianique de Lormian, dont le nom, par un singulier hasard, a du rapport avec la nomologie des Bardes ». Ce lexicographe mal avisé prend nomologie pour onomastique, et veut dire sans doute que Lormian commence comme Lorma et finit comme Ossian ; et cela importe peu du reste. Mais surtout il déplore l’attitude de « notre
1. Comtesse d'Hautpoul, Cours de Littérature ancienne et moderne l’usage des jeunes demoiselles, 1815 et 1821, II, 51-62. 2. P.-C.-V. Boiste, Dictionnaire des Belles-Lettres, 1824, art. Lyrique.
TT
dt db: tés bé, D, ir
ls nr *
é Hhoul \à