‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 423 sur 512 · Revue Encyclopédique, XIX · texte numérisé non relu

Revue Encyclopédique, XIX

le plus grand honneur et à l'intelligence, au sens historique de Villemain, et au soin de son information. Je crois avoir lu une bonne partie de ce qui a été écrit en France au xix? siècle sur ce sujet : je n’ai pas souvent rencontré un exposé aussi exact, aussi délicat, aussi pondéré, et en somme aussi Juste. REA y le retentissement qu'avait en ce temps-là le cours de la Sorbonne, sa publication d’abord en leçons séparées, puis en ee la diffusion bien connue de l’ouvrage et l'autorité du critique : autant de raisons pour insister un peu sur cette leçon.

Elle fut faite le 20 mai 1828, et la rédaction en occupe 38 pages ‘. Le cours, cette année-là, portait sur le xvur° siècle : et sous ce titre, le professeur, par une synthèse qui était singulièrement en avance sur son temps, entendait le xvin° siècle européen, représenté surtout, il est vrai, par les trois nations dont 1l pouvait directement étudier les ouvrages, l'Angleterre, la France et l'Italie. Il passait et repassait la Manche et les Alpes à la suite des grands mouvements de pensée et de sentiment qu'il s’attachait à faire revivre. C’est à ce titre qu’Ossian l’intéresse et retient son attention. Au moment même où l’esprit français, raisonneur et sceptique, pénétrait si profondément la pensée et le style des Robertson, des Hume, des Gibbon, voici une influence de sens et de valeur contraires : une « résurrection de la barbarie primitive » qui, partie de l’Ecosse, atteint et pénètre la France. A la vérité, sur l’influence même des poèmes ossianiques, Villemain est bref : il se contente de rappeler « cette vogue, pour ainsi dire populaire, qui s’attachait encore il y à quelques années aux réminiscences des poèmes d’Ossian ». Témoignage précieux d’un contemporain, qui a vu cette influence se prolonger et qui la voit décroître ; témoignage dont nous avons plus haut commenté les termes. D'où vient ce succès ? Il a pour cause permanente une certaine valeur morale. Ossian « respire une sorte de générosité sublime, une élévation, une pureté singulière du sentiment ». Il « domine les esprits par un enthousiasme à la fois grave et puéril », auquel un « faux air de barbarie » donne plus de saveur. Autrement dit, c’est le poète d’un

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