‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 427 sur 512 · Edm. Estève, Byron et le Romantisme français, p · texte numérisé non relu

Edm. Estève, Byron et le Romantisme français, p

3. Alexandre d’Oppen, dans le Mercure du.XIX®* siècle, XXIII, 193; cité par Estève, p. 167. é

4. Viennet, Le Siège de Damas, poème en 5 chants, 1825, p. xix (Préface) ; cité par Estève, p. 138.

5. R. Trédos, Loisirs poétiques, 1828, p. 109: Oscar d’Alva, poème éléegraque, imitation libre de Lord Byron [empruntée aux Hours of Iüleness].

Byron, d’Ossian au genre troubadour et «preux chevalier ». Ce ne serait pas le seul document de ce genre que rencontrerait celui qui voudrait étudier de plus près cette question. Le poème de Damas-Hinard sur la mort de Byron est tout à fait caractéristique de la rencontre Ossian-Byron. Le poète est reçu dans les cieux par les Bardes et par Homère :

Les Bardes cependant, pour recevoir leur frère, Font entendre un chant triomphal; A la voix d’Ossian s’unit la voix d’Homère; Mais bientôt seul le chantre de Fingal.…

Il chante huit vers en l’honneur de Byron ; Homère en chante ensuite quatorze. Puis vient un étrange dialogue entre les deux aveugles, dialogue qui commence ainsi :

Ossian Pourquoi méprisais-tu notre ciel poétique, O Byron, et les bois et les monts écossais ?

Pourquoi délaissais-tu notre sol héroïque Pour affronter ici de turbulents succès ?

Homère

Barde, il obéissait à son cœur magnanime :

Rends au jeune Byron tes chants et ton estime.

D'ailleurs que lui faisaient les monts Calédoniens ? Le mont sacré ne s'élève qu’en Grèce ‘.…

Heureusement que Miltiade se trouve là fort à propos pour mettre d'accord les deux susceptibles vieillards.

On a tenté de faire dépendre plus directement d'Ossian et de Byron, Lamartine, Vigny, Musset ; tandis que Millevoye, Chénedollé, Soumet, Hugo, Quinet se rattacheraient aux Allemands*. Tout cela est un peu sommaire, et demanderait à être vu d’un peu plus près. Du moins Lamartine est-il tributaire à la fois d’Ossian et de Byron ; Musset davantage du second; Vigny de tous les deux. Byron « voulant parler à l’Europe, avait parlé la langue de l’Europe‘ » ; de là son succès ; il en

1. Damas-Hinard, Chants sur Lord Byron, 1824, p. 27. 2. W. Reymond, Corneille, Shakespeare et Gœthe, p. 152. 3. Joseph Texte, Etudes de Littérature Européenne, p.193.

Ossian et Walter Scott 819.

est de même d’Ossian. Tous deux ont réussi; tous deux ont été, chacun à son tour et parfois ensemble, des voix européennes. Îl faut, pour arriver à ce degré de succès et d’influence, avoir dépouillé les caractères trop locaux et trop nationaux ; 1l faut avoir réduit au minimum la couche isolante qui empêche toujours le lecteur de pénétrer parfaite ment un écrivain étranger. D’autre part, on retrouvait dans Byron beaucoup de ce qui avait tant séduit dans le Barde, certains aspects de la nature sauvage et d’autant plus belle : Nature fairest in her features wild*;le grandiose, le sentimental, la mélancolie.

Une autre vague ample et puissante se dessine, grossit, accourt, envahit le monde littéraire français : elle ne vient pas des bords de l’Angleterre, mais des rochers plus lointains de l’Ecosse. Walter Scott est traduit dès 1816; et,en 1819, on a déjà fait connaître au lecteur français sept deses romans. Mais le grand succès commence vers 1820 avec la traduction Defauconpret, et dure — J’entends le succès de mode, l’engouement,la passion — jusque bien après 1830 *. Un contemporain place dès 1827 l’apogéede Scott en France* ; entendons plutôt, le début du grand succès. Il a donc coiïncidé avec celui de Byron, mais avec une dizaine d’années de retard; il coïncide aussi avec les dernières années du succès plus ténu désormais et plus discret d’Ossian. Bien plus que Byron, Scott offrait des points communs avec le Barde de Morven. Ecossais comme lui (Lowlands ou Highlands, le lecteur français moyen n’y voyait pas grande différence), il évoquait comme lui des souvenirs héroïques, des paysages nationaux ; il chantait en vers, puis contait en prose Le donne, 1 cavalier, l'arme, gli amori, thèmes éternels des belles épopées qui amusent et qui enchantent. Mais il les plaçait dans « ces paysages mélancoliques de rochers, de marais et de-sapins déjà chers à Ossian ‘ ». On retrouvait chez lui quelques noms que les chants du Barde avaient popularisés, d’autres qui ressemblaient aux siens. C'était « un

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