‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 428 sur 512 · À. de Pontmartin, Mes Mémoires, II · texte numérisé non relu

À. de Pontmartin, Mes Mémoires, II

4. .P. Berret, Le Moyen Age dans la Légende des Siècles, p. 351.

autre Ossian, moins lointain et moins poétique * ». Il est avec lui la cause de ce «singulier engouement pour tout ce qui touchait l’Ecosse * », que l’on a remarqué pendant les trente premières années du siècle, et qui explique le nombre relativement grand des voyageurs français dans ce pays alors assez éloigné. Pendant que Thomas Moore popularisait l'Irlande, Scott réveillait après Ossian « la harpe kimrique». Alfred Michiels, qui a vu la fin de cette époque, attribue au souvenir combiné d'Ossian et de « Jedediah Cleisbotham » cette émotion qui saisit dès qu’on pense à ce pays, et que « les pâles sommets des Highlands se dessinent dans notre imagination * ».

Walter Scott est d’ailleurs souvent nommé avec Byron. Avec lui, il est l’un des principaux guides de la révolution romantique, du moins dans sa dernière période, celle des réalisations et des nouveautés en tout genre. Jules Janin, né en 1804, cite Scott, Byron et Lamartine comme les maîtres de sa Jeunesse ‘. L’universitaire Artaud, en 1824, estime que la régénération de la littérature doit se faire par Byron et Scott. Les défenseurs du Romantisme les rapprochent constamment *. On peut admettre avec M. Maigron que le premier a exalté la sensibilité, tandis que le second a surtout enrichi l'imagination ‘. En tout cas, Scott est nommé lorsque Ossian ne l’est plus. On ne peut guère dire, si l’on serre les choses de près, que « dès les premières lueurs du Romantisme, les traductions d’Ossian et de W. Scott avaient mis à la fois l’Ecosse et le moyen âge à la mode...» Comme révélateur de l’Kcosse, le second vient bien après le prémier ; et son moyen âge est bien différent de celui d'Ossian. Il est son successeur et son héritier. Sa fortune a été plus brillante, parce qu'il était dans tout l’éclat de sa nouveauté à une époque où le romantisme était déjà formé et avait beaucoup à gagner en se l’assimilant ; de plus, il était aussi

. Maigron, p. 149.

. Fr. Mercey, Scotia, 1842, II, 14.

- À. Michiels, Histoire des idées littéraires en France au XIX° siècle, 1, 374. . Maigron, p. 146.

. Artaud, Etudes sur la Littérature, 1824.

- [A. Paris] Apologie de l'Ecole Romantique, 1824.

. Maigron, p. 154-155.

. Berret, p. 349.

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riche de substance poétique, pittoresque, colorée, que le pâle Ossian était vide de contenu.

Les contemporains se sont plu à rapprocher les deux Ecossais, l’ancien et le nouveau. Sans doute il s’adresse à l’auteur de Fingal, celui qui écrit : « J’ai froid de tes brouillards ! » ou « De ton ciel orageux j’admire le spectacle ! » et qui évoque «les montagnards et les bords de la Clyde ‘ »? Détrompez-vous : il parle à l’auteur de Waverley. Lamartine se souvient bien plus d’Ossian que de Scott, quand il écrit à ce dernier :

.…… Comme dans les pins de ta Calédonie, La brise des vieux jours est pleine d'harmonie ?.

Un hôte du « barde Ecossais », un pèlerin respectueux des lieux qu’a consacrés le génie, Amédée Pichot, tout «en cheminant sur les bords de l’Esk », compose le 9 août 1822 des « Stances adressées à Sir Walter Scott ». En voici quelques vers :

De l’Homère Calédonien Ces lieux ont plaint la sublime tristesse.

De l’ancien Barde dernier bien, La harpe ici charmait sa fille et sa vieillesse. Elle retrouve enfin ses magiques accents, Cette harpe à Morven si chère. . ?

Il est difficile de pousser plus loin le sentiment de la con- tinuité entre Ossian et Scott.

Même le succès de ce dernier pouvait servir encore la gloire d’Ossian Le Lay of the last Minstrel est traduit sous le titre de : Le Poème du Dernier Barde*. On y voit un malheureux successeur du glorieux fils de Fingal : « Le Barde était infirme et vieux... Ses joues flétries et ses cheveux blanchis.., » C’est Ossian, moins la noblesse et la ma- Jesté. Surtout l’on pouvait lire dans L'Antiquaire * une vive

1. Cordellier-Delanoue, Epitre à Sir Waller Scott, 1826, p. 11.

2. Recueillements Poétiques : Réponse aux adieux de Sir Walter Scott à ses lecteurs 1831).

3. A. Pichot, Voyage historique et lilléraire en Angleterre et en Ecosse, 1825, III, 421.

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