‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 435 sur 512 · W. Thomas, Le poète Edward Young, p · texte numérisé non relu

W. Thomas, Le poète Edward Young, p

2. Th. von Poplawsky, L'influence d’Ossian sur l’œuvre de Lamartine,

Lacaussade 839 . et le mugissement des … etles vents furieux déchivents élait dans nos voiles. ratent nos voiles. . et lui dit de moduler les .… et en {ira de tendres acaccords les plus tendres. cords.

Chef de l’aquatique Siglas… Chef des rivages de Siglas… Les fils de la chasse … Les chasseurs.

Ici le nouveau traducteur suit de plus près son modèle, mais il pousse à l'extrême le parti-pris de rajeunir Ossian. Les tours idiomatiques disparaissent ; des images sont effacées; des membres de phrase sont supprimés. Celui qui ne connaît Ossian que par Christian ne peut même se douter du style particulier aux poèmes ossianiques, et commun à Macpherson et à Smith. Il n’a plus devant les yeux qu’une reproduction effacée d’une paraphrase déjà bien décolorée.

L'étude de cette traduction provoque donc une complète déception. Il y avait mieux à faire en 1842, après le romantisme, au moment où l'intérêt se porte vers le particulier, le coloré, lPexotique. On pouvait s'attendre à une traduction vraiment nouvelle, personnelle et vivante, et l’on trouve une médiocre entreprise de librairie, faite sans soin, sans âme et sans talent.

La même année paraissait une autre traduction, bien plus intéressante à tous égards, mais bien moins complète que celle de Christian. Lacaussade ! n’avait compris dans son travail que l’Ossian primitif, celui de Macpherson, d'après le texte de l’édition définitive de 1773. Sa traduction comprend donc vingt-deux poèmes, les mêmes et dans le même ordre que dans l’édition anglaise courante. Lacaussade date son Avertissement de décembre 1841 ; le volume parut en 1842. Il s’ouvrait par un Avertissement de 41 pages, intitulé De l’Authenticité des Poésies d’Ossian. Le nouveau traducteur pose la question, en montre la difficulté, retrace la biographie de Macpherson, dont il embellit beaucoup trop

1. Ossian, OŒEuvres complètes, traduction nouvelle... par Auguste Lacaussade (de l’île Bourbon). Paris, Delloye, 1842, in-12 de xzr-369 p.

840 Ossian en Ftance

le caractère et les procédés, et qu’il appelle pour conclure « plutôt un poétique compilateur qu’un traducteur fidèle » ; résume enfin la controverse ossianique, surtout d’après la notice de Sinclair. Cette partie de son travail n’est pas irré- - prochable : c’est ainsi qu'il attribue aux Fragments de 1760 l'inspiration du Barde de Gray,ce qui est évidemment faux, et pour cause ; ou qu'il prête à John Smith l’aveu que dans la rédaction de ses chants ossianiques il a «usé de la plus grande liberté », alors que Smith dit précisément le contraire. Lacaussade d’ailleurs, sur le fond même du débat, se décide prudemment, « pour ne pas compromettre son jugement », à « rester dans les réserves du doute ». Il passe ensuite à l’éloge d’Ossian : « un poète de premier ordre, j'ai presque dit un de ces noètes mères dont parle Chateaubriand, qui alimentent à eux seuls plusieurs siècles de poésie ». Il reprend le vieux parallèle d'Homère et du Barde de Morven; « ce dernier est la personnification de l’ancienne poésie du Nord ». Encore un disciple de M°° de Staël. Il insiste surtout sur l'influence profonde d’Ossian sur la poésie contemporaine. Cette influence, qui est descendue de Napoléon et de Gæœthe «jusqu’au foyer calme des familles », où elle se manifeste par « les noms mélodieux d'Oscar et de Malvina », s'exerce surtout sur « la Muse moderne ». Oui, poursuit-il, « sa grande ombre rêveuse domine toute la poésie de notre siècle. C’est la même forme avec ses images hardies, c'est le même esprit, grave et contemplatif. Qu'on étudie avec soin les compositions des plus grands noms de cette époque et, à quelques exceptions près, on verra dans le courant de l œuvre se dessiner la veine ossianique... On dirait ces longues nappes souterraines qu’on est sûr de rencontrer dans le sein de la terre, de quelque point qu’on le sonde. » En lisant ces lignes, on est tenté de croire que Lacaussade lui-même a dû subir profondément dans sa poésie l’influence qu’il constate ici. Rien de moins vrai: l’auteur très distingué de Poèmes et Paysages et des Epaves ne s’est souvenu dans ses vers que de l’île tropicale qui l'avait vu naître et des clairs paysages de la France ; pas de brouillards, pas de vague tristesse dans sa poésie limpide et colorée, On a eru voir! un souffle ossianique dans sa

Lacaussade 841

Réverie * lunaire et stellaire. C’est à la rigueur possible; mais à une telle distance l’influence directe est difficile à affirmer.

Sa traduction tranche nettement avec tout ce que nous avons vu jusqu ici en ce genre. Lacaussade appartient à une génération qui commence à avoir le sens, le goût et le respect de l’exact et du littéral, en fait de style ; du pittoresque et du coloré, même de l’exotique et du barbare, en fait de mœurs et de tableaux. Il proclame dès son Avertissement qu'il a entendu donner « une version plutôt fidèle qu’élégante » et faire de son travail « la copie littérale du texte», au risque « de heurter notre langue et quelquefois même d’en blesser les susceptibilités grammaticales ». Il reproche à Le Tourneur « d’avoir trop francisé cette muse âpre et inculte du Nord, et d’avoir trop sacrifié au goût de son époque la beauté native du texte et son éclat sauvage ».

Ces principes, il les applique avec un zèle courageux. Dans l’onomastique d’abord : il respecte les noms ossianiques, et ne les déforme pas pour les rendre plus agréables à l'oreille : il reproduit exactement la graphie de Macpherson. Dans la langue ensuite : il dit comme l’anglais : « Torcul-Torno aux cheveux âgés » ; on pourrait citer vingt expressions analogues. Il se flatte d’avoir osé le premier « pour rendre les épithètes doubles de l’anglais » des constructions comme /a fille aux seins blancs de la neige, la vierge aux blanches mains de la tristesse, le fils aux yeux bleus de Sémo. Il dit /a force hérissée d'I-thorno pour désigner (il l’indique en note) un sanglier, et rend ainsi en français un genre d'expressions que très probablement Macpherson. avait emprunté à Homère. Même il cherche visiblement à souligner les particularités du style ossiano-macphersonien : il emploie à tout propos l’inversion, l’ellipse, les alliances de mots, les anglicismes. Surtout il prétend respecter le rythme tout spécial de cette prose, « cette mesure continue qui fait le charme des poésies du Barde, et qu'on ne saurait mieux comparer qu'au bruit monotone et prolongé des vagues ». Pour rendre cette « diction balancée », il faut d’abord être exact à la ponctuation,que Le Tourneur, et à

Page 1