‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 437 sur 512 · Cath-Loda, chant II, début · texte numérisé non relu

Cath-Loda, chant II, début

Lacaussade

Où es-tu, fils du roi ? disait Duth-Maruno aux cheveux noirs ; où es-tu tombé, jeune rayon de Selma ? Il ne revient pas du sein de la nuit! Le matin s'étend sur U-Thorno; dans son brouillard le soleil est sur la colline. Guerriers, levez vos boucliers devant moi!Ilnetombera pas comme le feu du ciel, dont la chute ne laisse point de traces sur la terre ! — Mais il vient, tel que l'aigle qui vientdu tourbillon des vents. Dans sa main sont les dépouilles de l’ennemi. Roi de Selma, nos âmes étaient tristes !

— Les ennemis sont près de nous, Duth-Maruno;ils s’avancent comme les vagues au mi-

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— Dumarunno, les ennemis ne sont pas loin ; ils s’avancent comme les vagues de la mer qu'on voit bondir au milieu du brouillard, et lever de temps en tempsleurs têtes écumantes au-dessus de l’épaisse et lourde vapeur. À l'aspect de la tour-

Lacaussade

lieu du brouillard, quand leurs têtes écumantes se montrent au-dessus des lourdes et flottantes vapeurs. Le voyageur suspend sa course ; il ne sait où fuir. Mais nous ne sommes, point de tremblants voyageurs !.…

mente, le voyageur tremble et

ne sait où chercher un asile.

Nous ne sommes pas des voyageurs tremblants !….

Surtout 1l est exact en ce sens qu’il comprend, en général, et sait rendre le sens de son texte. Il évite quantité des contre-sens de Le Tourneur perpétués par Christian. (A boar) rolled on his lifted spear n’est plus traduit « roulait sous les coups de sa lance » mais « s’élançait sur sa lance levée ». Je relève toutefois un endroit, et il y en a sans doute d’autres, où il est passé par négligence à côté du sens que son prédécesseur avait aperçu. Macpherson avait écrit : My hand forgets to bend the bow. Le Tourneur traduisait : « Ma main oublie à bander l’are »; Lacaussade met : « Ma main oublie de... » ce qui est un pur non-sens dans ce passage (il s’agit d’un guerrier affaibli par l’âge). Enfin il traduit tout, et ne supprime pas à chaque instant, comme ses prédécesseurs, des épithètes, des compléments, des membres de phrase. J’emprunte à Berrathon quelques passages significatifs à cet égard :

… Ma voix est comme le dernier murmure de la bise quand elle abandonne les bois. Mais Ossian ne sera pas longtemps seul. Il voit le brouillard qui doit recevoir son ombre... Conduis, fils d’Alpin, conduis le vieillard dans ses bois. Les vents commencent à s élever ; la vague sombre du lac retentit. N’est-il pas un arbre qui sur Mora s'incline avec ses branches nues ? Fils d’Al-

pin, il s'incline sous le vent qui frémit. Ma harpe est suspendue

à une brancheflétrie ; le son des cordes en est plein de tristesse. Est-ce le vent qui te touche, Ô harpe ! ou est-ce quelque ombre qui passe ? C’est la main de Malvina. Apporte-moi la harpe, fils d’Alpin. Un autre chant va s'élever ; mon âme s’envolera avec ses sons, et mes pères les entendront dans leur salle aérienne.

Un vieux chêne se penche sur le torrent, il soupire avec toute sa mousse. Les genêts flétris sifflent auprès, et se mêlent, en se balançant, aux blancs cheveux d’Ossian. Frappe la harpe et commence les chants. Approchez, avec toutes vos ailes, 6 brises !.… Il est un murmure sur la bruyère : les vents orageux s’apaisent! J'entends la voix de Fingal... « Viens, Ossian, viens, me dit-il... Nous avons passé comme des flammes qui ont brillé leur temps. Notre départ a été glorieux. Quoique les champs de nos batailles soient sombres et silencieux, notre nom vit dans les quatre pierres grises.La voix d’Ossian a été entendue dans Selma... » Je viens, je viens, Ô roi des hommes ! La vie d’Ossian s’évanouit : Je vais bientôt disparaître de Cona... Je m’endormirai près de la pierre de Mora,et les vents, sifflant dans mes cheveux gris, ne m'éveilleront plus...

En résumé, la traduction de Lacaussade constituait un effort très intéressant et un très sérieux progrès dans la vulgarisation intelligente de l'Ossian anglais. Sainte-Beuve avait raison de nommer Lacaussade « l’auteur d’une très bonne traduction d'Ossian ‘». Il est à regretter qu’elle n’ait pas été plus connue. Elle paraît avoir eu un débit médiocre, Je ne la rencontre que trois fois sur environ 250 catalogues postérieurs à son apparition.

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