‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 439 sur 512 · NÉ · texte numérisé non relu

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Necker de Saussure 851

vée dans ses Essais de litlérature légale. Il repartira convaincu qu'au contraire Macpherson n’a fait que rejoindre et recoudre, comme l'ont fait sans doute Homère et Esope ; et cela « importe peu ». Ce qui importe, c’est que ces chants ossianiques ont existé, et se sont conservés dans les mémoires depuis quinze cents ans.

Enfin, ce qui est personnel à Nodier, c’est son explicacation physique de la croyance talédefiéiié aux ombres des morts. Il a observé sur le Loch Lomond les effets de lumière qui ont créé la « mythologie des nuages ». Dans l’Ayrshire, c’est plus frappant encore : « Toutes les ombres des aïeux traînaient de montagne en montagne leurs vêtements à longs plis. troupe immense et pressée où l’on distinguait à peine... le casque aux ailes d’ aigle de quelque guerrier. » Ailléurs, ce sont des nuages qui reflètent les couleurs et paraissent vivants. La conclusion, c’est que « la mythologie d’Ossian est nécessairement fondée sur des vraisemblances physiques, comme toutes les mythologies ».

Celui-là est un poète, un rêveur, toujours aux confins du possible et du réel, et son passé littéraire l’incline l’indulgence pour ce qui sent la fraude agréable et l’érudi- - tion suspecte. Mais voici un autre voyageur qui n'offre avec lui que des contrastes. Necker de Saussure est Génevois ; : il est méthodique et scrupuleux ; il s'intéresse plus aux réalités qu'aux apparences, plus aux certitudes qu’aux rêves. Ses voyages en Ecosse ont rempli une partie des années 1806 à 1808 ; il les publie en même temps que Nodier le sien ‘. Ses trois volumes écrasent sous leur poids la modeste Promenade du sentimental rêveur. Son ample récit exact, circonstancié, utile, donne peu de place aux ornements et aux aspirations romantiques. Il est fort préoccupé d'Ossian, mais non pas, comme Nodier, pour rêver à Malvina devant les nuages : il collectionne les faits relatifs à la tradition ossianique dans les Hautes-Terres, et les expose sans les enjoliver. Ce sérieux Necker de Saussure agit presque comme s’il était chargé de procéder à une enquête. À Dalmaly, il fait visite au forgeron Mac-Nab, qui possède des manuscrits des poèmes ; mais ces documents ont été envoyés à

1. L.-A. Necker de Saussure, Voyage en Ecosse et aux Îles Hébrides,

la Highland Society d'Edimbourg pour les besoins de l’enquête qu’elle terminait Juste à ce moment. À Balaphaitrich, chez M. Campbell, « un paysan, successeur des anciens Bardes, récite ou plutôt chante des heures entières des poèmes gaéliques ». Au même lieu, dans une cabane, un vieillard récite un fragment de poème gaélique, que M. Mac- Coll traduit en anglais. « Je reconnus aisément que le sujet de ce morceau était la mort d’Oscar, telle qu’elle a: été publiée par Macpherson dans le premier livre de Temora. Je remarquai en particulier le touchant épisode des deux chiens, Bran et Luath, pleurant aux pieds du héros qui vient d’expirer. » Dans l’île de Rum, un vieillard « nous divertit beaucoup en chantant force chansons gaéliques » ; de même les marins en voguant vers Staffa, vers cette fameuse grotte de Fingal qui est « bien nommée du père d’Ossian » parce qu'on « y rattache dans ces îles tout ce qui est grandiose! ou fabuleux ‘ ». La conclusion de ces témoignages différents se dégage avec netteté : la poésie ossianique est la poésie nationale des Hautes-Terres.

Mais Necker de Saussure ne s’en tient pas là. Il consacre une grande partie de ses trois volumes à des dissertations en règle, à de véritables traités consacrés, l’un à /a langue gaélique, le second à l'authenticité des poèmes d’Ossi an, le troisième à /a poésie et la musique gaéliques *. Nous n'insisterons ni sur la première de ces études, purement linguistique, et qui aboutit à cette conclusion que l’Ecosse conserve plus de traces de l’origine orientale de sa langue que les autres pays de l’Europe ; ni sur la troisième, qui donne de longs détails sur la musique gaélique, explique la différence entre le c/airseach, qui est la harpe,et le cruth (la: rotte) qui est « une espèce de guitare ou de violon informe »,

et passe en revue les poèmes d’Ossian au point de vue de

leur métrique probable et de leur harmonie. Il faut s’arrêter un peu plus sur le chapitre de près de cent pages consacré à l’authenticité #. Ici l’auteur se fait historien du débat, et c'est un historien scrupuleux, assez complet, et généralement exact. Avant ces dernières années, il était

1. Tous ces passages sont empruntés au tome I, p. 240 à 473. 2. 4° partie, chap. IL, IV et W.

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