TomelIll
Adolphe Blanqui 853
difficile de rien lire, au moins en français, d’aussi juste et d’aussi précis sur la fameuse querelle, Impossible de résumer ce bon résumé ; on voudra bien se reporter à mon /ntroduction pour se rappeler les faits. Je ne puis qu’indiquer les détails intéressants que fournit l’auteur sur la Prière d'Ossian et ses succédanés, sur la poésie ossianique d’Irlande, l’excellent résumé qu’il donne de Laing. Ici je m’arrête FRA ces éloges: l’auteur, quand il écrivait ce chapitre,
‘ne connaissait pas encore Pedition de 1807,et les nouveaux problèmes qu'elle posait. Il en est resté au Rapport de 1805, qui d’après lui rend les deux thèses extrêmes également insoutenables. Ses conclusions sont tout à fait prudentes,
mais plutôt favorables à une demi-authenticité.
Un ouvrage aussi considérable, signé d’un nom doublement illustre, rempli d’une érudition aussi agréable et aussi sûre, pouvait contribuer à garder à Ossian l'attention du public instruit. Le jeune Adolphe Blanqui ne paraît pourtant pas l'avoir lu quand il écrit son Voyage *. Mais il a très probablement lu celui de Nodier. C’est là qu’il a sans doute pris l’idée que la mythologie des anciens Ecossais leur était suggérée par leurs nuages. « Rien n’agit plus singulèrement sur les âmes que l’aspect sans cesse varié des atmosphères de l'Écosse. Peut-être devons-nous aux brouillards de la Clyde les beaux chants d'Ossian et les célestes figures de ses vierges, créées par le génie de Girodet. » Comme Nodier, le jeune voyageur a l’imagination facilement attendrie. Il s’'émeut en pensant que Napoléon aurait pu être enfermé au château de Dumbarton, et que « le vent d'Irlande lui aurait apporté les grandes images desenfants d’Ossian ». Il rêve, comme Nodier, devant « le Balclutha d'Ossian, d’où peut-être les âmes des héros s’élançaient dans le sein des nuages 5. Il aime « cet Elysée de la Calédonie », et le préfère à ceux des anciens, au Styx, à la barque de Caron.Il aime «ces harpes, ces vierges, ces doux balancements au milieu des nuages, ce soleil d'automne qui les éclaire,et jusqu’au frémissement du vent qui les agite. » C’est de l’Ossian sans doute aussi, ces « airs chéris des montagnards » que jouent des jeunes filles dans une maison où
1.-Adolphe Blanqui, Voyage d’un jeune Françaisen Angleterre et en Ecosse, pendant l’automne de 1823, 1824.
il est reçu en ami, ces « chants tristes et lents » qui « paraissent empreints d’une langueur voisine de la monotonie ‘ ».Le futur économiste n’a que vingt-cinq ans ; il a fait son voyage au mois de novembre 1823 : novembre, triste et mélancolique automne du Nord, pâles rayons du dernier soleil, moment vraiment ossianique.
On peut s’étonner du peu de place que tient le paysage ossianique et Ossian lui-même dans le Voyage d'Amédée Pichot, si important à d’autres égards. Il se contente de nommer Macpherson « inventant un Homère celte*». C'est que Pichot est surtout attiré en Ecosse par W. Scott : nous l'avons vu rattacher celui-ci à Ossian dont il serait le descendant littéraire : il y a une étrange contradiction entre ces deux attitudes. Ducos connaît mieux l’Ecosse, il l’a parcourue deux fois, en 1814 et en 1826. A Dalnacardoch,les nuages le font penser aux combats d’Ossian : il développe cette idée, que le paysage céleste des Hautes-Terres a donné naissance à la mythologie ossianique et,en revanche, l’évoque nécessairement. Il cite entièrement la plainte de Colma.
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Il consacre trois pages et demie à Ossian *,
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De 1830 à 1850, l'influence ossianique est encore très visible, Voici par exemple Buzonnière ‘, voyageur systématique, et moins poète que spéculateur. Il va voir l’Ecosse pour écrire la relation de son voyage, et son voyage se lira peut-être parce que « l’enthousiasme qu'excita l’apparition des poésies ossianiques et le succès qu'ont obtenu plus tard les romans de Walter Scott » ont jeté de l’intérêt sur ce pays. Il a confectionné un Jfinéraire, et il a mis dans ses Souvenirs le superflu de ses impressions. Il a lu, il apprécie