‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 442 sur 512 · De Custine, Mémoires et Voyages · texte numérisé non relu

De Custine, Mémoires et Voyages

« du château de Cora, chanté par Ossian» ; et sur le chemin

de Callender, le {ombeau d’Ossian, « qui n’est, ajoute-t-il,

qu’un peu de terre ornée d’un nom poétique ».Il remarque

qu’ «en Ecosse, les ruines disent plus qu'ailleurs »; sans doute parce que la poésie :ossianique est ‘essentiellement une poésie des ruines..« On ne peut oublier un instant que c’est la patrie d’Ossian qu’on parcourt. » Hélas! pourquoi faut-il que les « derniers enfants d’Ossian » soient de vulgaires laboureurs ? « Je ne suis pas venu dans la terre d’Ossian pour la voir labourer. » Encore moins est-on charmé d’apercevoir une manufacture de coton, qui «n’a rien d’ossianique ». De telles fausses notes sont rares. Ce qui frappe ce pèlerin passionné, c’est le caractère mystérieux, fatal, horrible dans sa sauvage grandeur, de ce désert peuplé de souvenirs. Dans un morceau poétique assez heureux, il trace un tableau d'ensemble de la Calédonie telle qu À la voit à travers les chants du Barde.

Mais le souvenir de ses héros est-il encore vivant dans le pays ? Un berger qu’il interroge ne le comprend pas, et poursuit sa route en chantant d’un air triste «une chanson qui disait peut-être les exploits de Fingal ou les amours de Malvina ». Le voyageur se fait traduire les chants « gaëlics » d’un ménestrel « successeur d’Ossian », et les imite en vers français : six stances ossianiques. Mais il sait qu’Ossian n’a guère cours chez les Ecossais. « Craindraient-ils de donner des souvenirs à leurs bruyères et des charmes à leurs solitudes ? >» Combien plus avisés et plus poétiques, pourrait-il ajouter, les habitants de Clarens qui ont voulu avoir le Bosquet de Julie ! Macpherson a peut-être « défiguré » d’anciens poèmes ; il n’a rien inventé. D'ailleurs, qu'importe? « L’Homère du Nord a pour jamais confondu son nom avec celui de la contrée qu’il a chantée; son esprit y demeure, tout y est rempli de son souvenir... Il a rendu cette terre essentiellement poétique, ou, ce qui est la même chose, ossianique !. »

Panckoucke * est moins explicite et. moins enthousiaste ; mais il appartient encore à la génération des voyageurs ossia-

1. De Custine, Mémoires et Voyages, p. 245,265, 274, 301, 323, 333-3838, 2. C.-L.-F. Panckoucke, L’Ile de Staffa et sa grotte basaltique, 1831.

Page 1