Magasin Pitioresque, V, 380 (1837) : Lacs d’Ecosse
Ossian, qui écoutent sa plainte mélancolique, et qui lui sont reconnaissantes d’avoir donné une forme à leurs rêves ou à
leurs deuils. Dousseau a visité les Hautes-Terres en 1829,
1841 et 1858. [l écrit son livre sur Ossian ‘ dans un âge probablement assez avancé, et, comme Lamartine, il refuse de brûler. ce que jeune il adora.Son ouvrage commence par une apostrophe aux monts, aux lacs, aux landes de la Calédonie ; cette apostrophe est d’un enthousiaste, mais non point d’un naïf, encore moins d’un sot.L’auteur y donne la note humoristique et même railleuse. Puis il reprend le ton grave pour s'adresser au Barde :
Ossian, barde vénérable, chantre sublime, Homère du Morven ! cher Ossian, tu lesais,souvent je me suis assis à ton foyer. Tu sais avec quelle studieuse sollicitude je me suis enquis detoi et des liens, avec quelle émotion j'ai entendu répéter les chants de ta muse à la fois si fière et si tendre... Aux lieux même où tu pleurais ton Oscar. j'ai retrouvé des larmes pour ma Clara, mon unique enfant, elle aussi moissonnée à la fleur de l’âge. Depuis que ma fille n’est plus, je trouve un nouveau charme à ta muse mélancolique.
Ainsi, un siècle auparavant, plus d’un père en deuil avait entendu Ja voix d’Young pleurer son enfant. Et pour Dousseau comme pour Nodier, les héros et les vierges ossianiques peuplent encore de leurs fières ou gracieuses silhouettes les vallées et les monts de Morven. « Souvent j'ai cru les apercevoir dans leurs palais aériens, dans leurs romantiques vallons...; le sombre Caïrbar... menaçait Dermid ; la modeste Evirallin rougissait à ma vue... » Le livre comprend une description des Hautes-Terres vues du Ben- Nevis, une histoire de l'Écosse jusqu’au xvin° siècle, un exposé assez exact de la question ossianique, une dissertation sur les poèmes d’Ossian avec un essai de catalogue résumé, un cadre général,et l’analyse de trois de ces poèmes : Cath-Loda, Fingal et Temora, qui sont racontés chant par chant, On voit que cet auteur est un'ossianiste à la fois très fervent et très informé. Il semble avoir lu Ossian dans le texte anglais,et c’est pour cela sans doute qu’il reste sensible à un charme qui pour tant d’autres s'est dissipé.