‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 447 sur 512 · A. Dousseau, Ossian, son siècle et sa patrie · texte numérisé non relu

A. Dousseau, Ossian, son siècle et sa patrie

Derniers voyageurs ossianistes 861:

Quelques autres, sans atteindre cet enthousiasme et sans développer aussi amplement les raisons de leur culte, font à Ossian une place importante dans leurs impressions d’Ecosse. Enault est complètement tributaire de Walter Scott, qu'il cite à chaque instant. Cependant il nomme Ossian à plusieurs reprises. « Moi, dit-il, je ne lis [ici] qu'Ossian. » Il trouve un interlocuteur qui le sait par cœur ; et il insère dans son récit l’apostrophe au soleil de Carthon‘.Cet enthousiasme subit et momentané paraît suspect de la part d’un voyageur aussi prétentieux et faussement spirituel. Le traducteur de Werther devait, il est vrai, être prévenu passablement en faveur d'Ossian. L'abbé Poisson est plus grave, comme 1l sied à son habit. Il paraît connaître et aimer Ossian : « Nous touchions au pays qu’Ossian a chanté, Le Barde avait de l'Homère.…. » Suit un petit parallèle, fait déjà vingt fois depuis cent-trente-cinq ans, entre les deux aveugles. L'abbé, presque seul, identifie Morvern, en face de l’île de Mull, et le Morven ossianique. À ce propos, il insiste un peu sur le Barde. « Les magnifiques chants d'Ossian ont cette tristesse pensive... » Et, pour le prouver, il cite un passage de Cathula : « On croit lire Job... », et deux longs morceaux des Chants de Selma *. C’est peut-être la dermière fois que ces pages jadis célèbres ont paru en français, exception faite pour les traductions de Werther. Les dernières éditions du guide Joanne nomment encore, à propos de Kingussie, Macpherson « le traducteur d’Ossian », et remarquent que «le pays est plein de souvenirs d’Ossian : Selma, la capitale de Fingal, ete..* > L’attitude de Me Marie- . Anne de Bovet est intéressante à noter ‘. Après avoir raconté quelques épisodes des poèmes ossianiques : « Ne dites pas que ce sont des fables ! » continue-t-elle, et, après avoir résumé la controverse : « Que me fait tout cela ?... L’imagination, qui veut être dupée, cherche dans les ravins…. sur les grèves... les traces évanouies de Selma... » Et l’auteur poursuit en rappelant le sujet des Chants de Selma,

1. L. Enault, Angleterre, Ecosse, Irlande, 1859,p. 227. 2. Abbé Poisson, Anglelerre, Ecosse, Irlande, 1895, p. 150 et 161. 3. Guides Joanne: Angleterre, Ecosse, Irlande, 1908, p: 149 et 155.

4. Marie-Anne de Bovet, L’Ecosse, Souvenirs etimpressions de voyage,

en évoquant les bardes, etc... Tout récemment encore un Voyage en Ecosse faisait à Ossian unelargeet honorable place. M. Baraudon ‘ retrace la vie de Fingal, loue sa vertu en 1912 comme on le faisait en 1762, insiste sur Ossian et les culdées, croit en somme aux poèmes ossianiques, constate avec regret qu’ « on les lit peu » quoique « ils renferment des beautés de premier ordre », les rapproche d'Homère et de la poésie biblique, consacre en somme au Barde cinq pages qui témoignent, sinon d’une connaissance bien sûre de son œuvre, du moins d’une réelle et sincère sympathie,

Hors ces exceptions, la plupart des témoignages nous font constater une décadence assez brusque, vers le milieu du siècle, de l'influence et même de la renommée d’Ossian. Nos voyageurs ne valent pas, en général, ceux qui les ont précédés dans l’exploration du même pays : gentilshommes chasseurs, touristes désœuvrés, publicistes aux gages de grands éditeurs parisiens, littérateurs en quête de copie, ils n’ont ni le talent d’un Nodier, ni la solidité d’un Saussure, ni la culture littéraire d’un Amédée Pichot. Ceux qui parlent d’Ossian à propos des Hautes-Terres, car il en est encore, offrent le plus souvent le type des voyageurs français d’autrefois, de ceux qui regrettaient le boulevard, qui posaient pour la galerie, quelle qu'elle fût, et qui cherchaient surtout à placer des bons mots et à faire de l’esprit. Ils font de leur mieux les plaisants ou les agréables, raillent les mœurs écossaises, les autres touristes qui ont le malheur de ne pas leur ressembler, et les souvenirs vrais ou faux de la contrée. On montre à l’un d’eux la grotte d’'Ossian : « Oui! s’écrie-t-1l, la grotte d’Ossian existe réellement * ! » Pour lui, ce nom est purement fictif. Pour un des plus récents, l’Ecosse n’est que le pays de Scott ; on y montre bien le tombeau de Fingal, mais on le montre aussi en Irlande : ! Un autre, non moins spirituel #, cite bien Ossian une fois, mais le paysage caractéristique des Hautes-Terres, dont il note complaisamment l’impression grise et mélancolique,

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