‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 450 sur 512 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Derniers échos poétiques

‘ L Remarque préliminaire. Leconte de Lisle : Le Barde de Temrah. Ses sources : La Villemarqué. Motifs et détails ossianiques. Le Massacre de Mona. Analogie intime.

IL. Quelques réminiscences isolées. Baudouin. Jacques Fernand. Quellien, Calligé et son Ossian. La cantate Fingal pour le prix de Rome. Le Fervaal de M. Vincent d’Indy.

Les voyages en Ecosse nous ont fourni une première méthode pour constater le déclin du goût pour Ossian et de la connaissance des poèmes ossianiques. Une seconde méthode se présente à l'esprit. KHlle consisterait à examiner le plus grand nombre possible d'ouvrages poétiques postérieurs au romantisme, afin de discerner, de doser les quantités décroissantes d’ossianisme qu’ils renferment, Mais pour l'appliquer avec rigueur, il faudrait dépouiller un nombre énorme de volumes publiés au cours d'une trentaine d’années, et le résultat serait peu intéressant. Car, autant que j'ai cru m’en apercevoir au cours d'une enquête forcément très incomplète, l'élément ossianique disparaît très vite de la poésie chez les derniers romantiques et leurs successeurs. Après 1830, on ne trouve plus guère d’ossianistes nouveaux. Or, des traces trop rares ne prouvent rien. Il faut des témoignages en assez grand nombre pour que les courants se dessinent et que le hasard s’élimine dans la mesure du possible. Aussi me contenterai-je, après avoir fait une place au plus grand poète de la génération nouvelle, de noter quelques survivances isolées.

Victor Hugo dans sa Légende des Siècles avait rien emprunté au cycle ossianique, ni en général aux mythes celtiques. Leconte de Lisle, dont l’œuvre présente avec cette partie de l’œuvre du maître un si frappant parallélisme, s’est au contraire, dans un de ses poèmes, inspiré à la fois de la légende ossianique authentique et de l’esprit qui anime les chants du Barde, tels que Macpherson les a composés. Je veux parler du Barde de Temrah, qui n’est pas un des chefs-d’œuvre du poète, mais qui a quelque splendeur farouche et sombre ‘. On se rappelle le sujet. Dans « la verdoyante Erinn » un étranger qui a quelque chose de divin, un être visiblement envoyé de Dieu, apporte une foi nouvelle : c’est le christianisme. Il va trouver, pour le converür, au fond des palais en ruine de Temrah, un vieux barde, dernier représentant des croyances antiques. L'homme des anciens jours résiste à ses efforts pour le persuader, et enfin, dans l’espoir de rejoindre au ciel ses aïeux les glorieux Finns, il se tue.

L'origine du poème est évidemment la légende que nous avons rencontrée bien souvent, l’Entretien des Vieillards entre Ossian et saint Patrick. M. Vianey * a trouvé la source où Leconte de Lisle a puisé : c’est l’ouvrage de La Villemarqué, récemment paru lors de la composition du Barde de Temrah. L'auteur de la Légende Celtique rapportait en effet cette tradition et donnait la traduction de la ballade irlandaise *. Mais le poète n’a voulu traiter que l’arrivée du saint et son entretien avec le vieux Barde ; il a laissé le reste, c'est-à-dire la chasse de Fingal ; on peut regretter qu'il n'ait pas conté cette jolie légende. D’autre part, même dans l'entretien avec le Barde, le poète n’a qu’ébauché l’intéressante discussion dans laquelle le saint affirme que l’enfer a reçu les Finns, ce qui excite les protestations indignées du dernier survivant de ces vaillants. C’est certainement La Villemarqué qui a inspiré à Leconte de Lisle certains détails qu’il ne trouvait que là : le corps fatoué (p. 40), le chef couronné de plumes (p. 73), le char du saint traîné par

4 Poèmes Barbares, 1862 : Le Barde de Temi ah.

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