CHAPITRE IV
Jugements rétrospectifs sur Ossian et l’ossianisme
I. Butet plan de ce chapitre.— Les celtomanes. La Villemarqué.— Renan et la poésie des races celtiques. Analogie du celtisme d’après Renan et de l’ossianisme. La mélancolie de Firdousi et celle d’Ossian. — Les celtisants. D’Arbois de Jubaïinville et divers.
11. Les ossianistes intéressés. Saint-Geniès. Lacaussade. Dousseau. — L’Irlande de O’ Sullivan. Jugement d’un Irlandais sur Ossian. Les fragments cités : La Chasse de Fingal.
III. Etudes et jugements divers. — Première période (1830-1870). Etudes consacrées spécialement à Ossian : Ampère, du Méril, Eichhoff ; le grand travail d’Ad. Pictet; Ph. Chasles. Jugements favorables : Ponsard à l’Académie. Le celtisme dans la littérature française ; Michiels; Staaff. Opinions indécises. Jugements défavorables : Quinet ; quelques Revues ; H. Rigault; Taine.
IV. Deuxième période (1870-1914). La critique universitaire : Paul Albert; Angellier. Les articles des Revues et des journaux. L. Etienne. Arvède Barine. Henry Roujon. Quelques études littéraires. Quelques glanes récentes.
V. Les encyclopédies et les dictionnaires, de la Biographie Universelle à la Grande Encyclopédie. — Les Histoires de la littérature.— Les mots dérivés d'Ossian dans les grands dictionnaires de la langue française.
Mieux que les trop rares réminiscences qu'après 1830 offrent les nouvelles générations poétiques, l'étude des travaux historiques ou critiques qui d’une manière quelconque traitent d’Ossian nous fournira une méthode de plus pour constater le déclin de la fortune du Barde en France, et pour en apprécier la rapidité. Passant en revue d’abord les rêveries des celtomanes, les travaux des celtisants, les apologies intéressées de ceux qui ont traduit Ossian ou lui ont voué un culte pour des raisons particulières, nous arrive-
rons ensuite aux études diverses qui l’ont pour objet ou le citent avec quelque détail. Nous répartirons ces travaux en deux périodes, avant et après 1870. Nous terminerons par l’examen des ouvrages de référence ou d'étude où l’on peut encore rencontrer le nom d’Ossian. Nous verrons ainsi la ruine de l’authenticité entraîner avec elle la ruine de la poésie ossianique comme source d’émotion ou même d’intérêt ; et, à la base de ces historiques et de ces jugements, nous constaterons une ignorance presque universelle du texte même des chants attribués au Barde.
Les celtomanes foisonnent depuis le milieu du siècle ; Je dis les celtomanes, et non les celtisants. L’un d’eux va dans son lyrisme jusqu’à composer des hymnes à la lune que devaient chanter les Druides, les Bardes : mais il ignore Ossian ‘. Un autre le cite comme preuve que la poésie jouait un grand rôle dans les fêtes et dans le culte rendu aux héros *. Un autre, qui place la Néxuux de l'Odyssée chez les Celtes, admire « les poèmes fameux par lesquels les Taliesin, les Ossian ont maintenu si haut le caractère de la nation * ». Un disciple de Bouché et de Cailleux, dans un livre tout récent, destiné à collaborer au mouvement de renaissance celtique, se montre fervent d’Ossian : « Oui, ce Barde a existé, ce n’est point un mythe. » Mais il n’est pas l’auteur de tout ce que Macpherson a publié sous son nom*. Un autre apôtre du « réveil celtique » croit encore que l’on peut retrouver « ce qui reste des chants du fils de Fingal, disjecti membra poetæ », dans les textes publiés « à Edimbourg :».L’auteur confond les deux Highland Societies et leurs travaux. Nous ne trouvions pas au début du siècle une telle ignorance de la question chez qui se mélait d’en parler. Ossian manque cependant dans l’ouvrage qui explique l’origine commune des Celtes par l’Atlantide de Platon‘.