‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 462 sur 512 · Cité par Staaff, La Littérature française..…., III · texte numérisé non relu

Cité par Staaff, La Littérature française..…., III

6. P. Pélissier, Choix de Poésies d’un sourd-muet ; discours prononcé en langage mimique à la distribution des prix de l’Institut national des Sourds-muets, le 11 août 1846.

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Ponsard 887

Dans une occasion plus importante, une voix plus autorisée faisait entendre l'expression motivée de la même sympathie. En 1856, François Ponsard vint occuper à l’Académie française le fauteuil de Baour-Lormian. Il lui fallait

faire l'éloge de son prédécesseur, « matière infertile et petite»;

non que Baour n’eût beaucoup écrit, on l’a vu : mais que restait-1l en 1856 de la renommée de ses beaux jours ? et Ponsard sûrement avait peu pratiqué ses œuvres. Il se rattrapa sur Ossian, qui remplit une grande partie de son discours ‘. Il suppose, je ne sais pourquoi, que Baour jeune « poursuivait parmi les nuages du Cromla les fantômes des guerriers et des vierges gaéliques » ; et, dès qu’il arrive dans la carrière du Toulousain aux Poésies Galliques, il se donne carrière sur ce sujet. Après avoir rappelé élégamment la vogue d’Ossian sous le Consulat et l’Empire, apprécié le talent de Baour comme traducteur et comme poète, Ponsard arrive à la question ossianique et l’aborde résolument. Ses arguments, est-il besoin de le dire ? sont des arguments de poète, de vagues considérations historiques, des analogies, des raisons de sentiment, « l’instinct ». Sa conclusion, c'est : « Pour moi, je crois à Ossian. » Ces paroles, il les a barrées sur l'épreuve de son discours, craignant sans doute de heurter l’opinion de certains membres de la Compagnie. Il s'était pourtant souvenu que Villemain l’écoutait : « Je sais que je vais contre les doutes d’un éminent critique devant l’autorité duquel je m’incline en toutes choses. » Ou peut-être a-t-il craint le ridicule d’une croyance aussi démodée. Comme sa conclusion avait été décapitée par serupule ou par timidité, de même son argumentation avait été amputée par les corrections de Crémieux, qui à plusieurs reprises, trouvant sans doute qu'il s’attardait trop dans Morven, avait mis en marge : « C’est très lent. » Toutes ces modifications et ces suppressions font que le Discours, tel qu’il fut prononcé et qu'il a été imprimé, n’apprend pas grand’chose des véritables sentiments de Ponsard sur Ossian, On saisit au contraire, sur le premier manuscrit et sur lPépreuve *, l'impression toute vivante encore d’un enthou-

1. Ponsard, Discours de réception... (4 décembre 1856). 2. M. l'abbé Bouvier, de Vienne (Isère), a bien voulu se charger pour moi de la collation du manuscrit de Ponsard, des corrections de Crémieux,

siasme et surtout d’une foi en la révélation ossianique, qui sont remarquables à cette date et chez un poète considéré comme un des principaux artisans de la réaction du « bon sens » après le romantisme. | N’accordons pas beaucoup d'importance à la mention que fait du Barde un magistrat provincial, adversaire de la théorie de M°° de Staël, parce que, dit-il, c’est Rousseau qui est

«le père de la mélancolie », et il n’était pourtant pas ori-

ginaire des « rives glacées de la patrie d’'Ossian * » ; et venons à ceux qui défendent le Barde comme le représentant par excellence de la tradition celtique, à laquelle la littérature française doit se rattacher. Alfred Michiels a besoin de lui pour étayer l’idée fondamentale de son livre *. Celui-ci est de tendance romantique et anti-classique ; il fonde le romantisme sur le ce/tisme de la France retrouvant ses origines nationales effacées par trois siècles de culture grécoromaine. L’idée est intéressante, sinon exacte, et elle aurait encore une belle carrière à fournir si quelqu'un des défenseurs de la tradition nationale française voulait l’ermbellir de son éloquence ; malheureusement ceux-là se sont posés en adversaires du romantisme. L’ouvrage d'Alfred Michiels n’est pas un guide sûr, loin de là, mais il reste fort intéressant à lire. L'auteur semble ignorer que Le Tourneur a traduit Ossian ; mais il nomme ce dernier à plusieurs reprises ; 1l le cite à propos des alignements de Carnac ; il explique l’enthousiasme de la France pour le Barde à l’époque révolutionnaire, par ce fait que « la Révolution française porte évidemment un caractère celtique ». Cette thèse est également celle de Staaff, dont l'utile recueil a révélé à des adolescents, qui sont depuis longtemps des hommes, bien des pages de Ja littérature française qui leur seraient sans doute restées toujours inconnues. Il fait de Chateaubriand

un « disciple direct d'Ossian », probablement par sa Bre-.

tagne natale; Lamartine et tous ceux qui se sont inspirés

et des épreuves corrigées par l’auteur, qui se trouvent à la Bibliothèque de cette ville (Mss. n° 26, 5°).

1. Pédezert, De la Trislesse dans la littérature moderne (Recueil de la Société des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Tarn-et-Garonne, 1868- 1869, p. 33).

he À. Michiels, Histoire des idées littéraires en France au XIX° siècle,

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de la « mélancolie orageuse » d'Ossian n’ont rien apporté

d’essentiellement nouveau : ils n’ont fait qu’accentuer le caractère celtique que retrouvait la littérature. « Ainsi la tradition celtique se continue dans la tradition française. » Quant à Macpherson, il faut se garder d’exagérer son rôle, car « 1l ne fit qu’insérer quelques paroles de sensiblerie dans les chants du vieux Barde celte ». Une preuve entre autres que « le fond des poèmes ossianiques n’est nullement imaginé » (elle n’avait, je crois, pas été encore apportée au débat), c’est la comparaison avec les poésies galloises d’Owen Jones :

Le vieux Lywarch, retiré dans sa hutte au bord de la mer, et pleurant ses fils morts sur le champ de bataille, tandis que le vent souffle lugubrement dans la bruyère et fait tourbillonner les feuilles rouges des ormes et des chênes, parle exactement comme Ossian *,

Quelques-uns parlent assez longuement d'Ossian, sans qu'on puisse discerner si ses poèmes sont encore pour eux de la poésie vivante, ou s'ils appartiennent désormais à la littérature du passé. Ainsi Bernard Jullien, dont l'ouvrage*, en général sérieux, exact, précis, citant les textes en note, discutant serré, vraiment moderne d’allures, a dû bien étonner et passablement ennuyer ses lecteurs de 1844. Il cite généralement d’après Baour-Lormian, ce qui était indiqué étant donné l’objet de son livre, mais il connaît le texte anglais et sait s’en servir. Il n’est pas assez perspicace ou pas assez informé pour analyser les divers sentiments qui trouvaient un écho dans les chants du Barde ; son sujet pourtant, en l'invitant à prendre Ossian en bloc aux environs de 1800 sans s'inquiéter de ses origines, et à n’étudier son influence en France que pendant son époque glorieuse, ouvrait devant lui une carrière assez facile. De même Thalès Bernard, dont le sujet semblait exiger qu’il se prononçât sur les mérites du Barde ?, Il se contente de restituer Oisin à l'Irlande ; il connaît ie poème du « Pays de l’éternelle jeu-

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