Revue Britannique, XX XIV
5. Ib , XXVII,181-201 (1834): Les Superstitions poétiques de l’Ecosse.
6. Histoire biographique el critique de la littérature anglaise depuis cinquante ans, par Allan Cunningham (Revue des Deux-Mondes, 1833, IV, 298).
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Ces épithètes sont expressives : Ossian n’est pas du goût de Buloz, que ce soit lui ou un de ses lieutenants qui ait écrit la note.
Il n’est pas non plus du goût d’ Hippolyte Rigault, à en juger par le ton de son article sur Baour-Lormian'. Son opinion est probablement celle de la jeunesse universitaire et lettrée dont il faisait partie. Le jugement de Rigault n’a pas d’autre importance : bel esprit de collège, penseur pour distributions des prix, Rigault est le type de l’élégant criti-
que de ce temps-là, qui tient avant tout à faire de l'esprit,
souvent à faux, et qui pirouette sur tous les sujets.
Il faut attribuer avant tout la même valeur de document à la page bien connue de Taine, si supérieur à Rigault que soit à tous égards l’auteur de la Littérature anglaise. Il est singulièrement bref sur toute la poésie entre Pope et Burns, à laquelle il ne consacre que dix pages. Muet sur le mouvement archaïsant de cette période féconde, il ne mentionne ni Percy et ses Reliques, ni Chatterton; toutefois il fait une place à Ossian *. Après avoir dit l’essentiel sur les travaux de Macpherson, il cherche à expliquer le suc-
cès européen de la poésie ossianique par la nature même de
ce « pastiche des mœurs primitives, point trop vraies, car l’extrême crudité des barbares eût choqué, mais cependant assez bien conservées ou imitées pour faire contraste avec la civilisation moderne, et persuader au public qu'il contemplait la pure nature » ; et par la forme aussi sous laquelle elle se présentait : « un style passionné, coloré, qui affecte d’être abrupt, et qui pourtant est poli, capable de charmer un disciple de Rousseau par sa chaleur et son élégance. »
Malgré ces derniers mots, n'oublions pas qu’il s’agit de littérature anglaise. Il me paraît certain que cette page de Taine doit beaucoup à Villemain. Elle ne constitue pas en tout cas un effort personnel et nouveau pour mieux pénétrer et mieux interpréter Ossian. L’auteur reste extérieur au Barde, craint surtout d’être dupe, et se contente de noter rapidement, en historien, l’effet produit.
1. Journal des Débats, 25 janvier 1855, et Œuvres de H. Rigault, 1859,
2. H. Taine, Histoire de la Littérature anglaise, 1865, IV, 226-227.
Les principaux témoignages qui se rencontrent dans la dernière partie du xix° siècle et au début du xx° accusent une différence marquée, selon que l’on s’adresse à l’histoire des idées écrite par les universitaires ou aux aperçus plus brillants que solides des Revues et des journaux ; à la réserve toutefois de telles exceptions que nous constaterons au passage. Ossian ne paraît plus exercer d’action vivante et directe sur aucun de ces témoins, sauf un seul ; mais ils sont plus ou moins consciencieux et habiles dans l’art de ressentir par la sympathie ce que tant d’autres ont senti jadis.
La critique universitaire ne brille pas d’un éclat. bien franc entre les mains de Demogeot, qui raconte fort inexactement les faits, qui connaît, on ne sait comment, la poésie populaire que Macpherson a supplantée, et qui la déclare « lourde, plate, triviale ‘ ». Elle brille encore moins dans celles de Gustave Merlet. Celui-ci, qui parle longuement de Baour-Lormian et de l’ossianisme, paraît, chose incroyable, n'avoir même pas lu son auteur ?. Où a-t-il vu « les crânes humains où se buvaient la bière et l’hydromel dans le palais de Selma »? Confusion initiale avec certains mythes scandinaves, et l’imagination fertile de l'écrivain a fait le reste. Où a-t-il vu « le ciel sombre et muet dont l’unique soleil est l'éclair de la foudre, et d'où les divinités ne parlent que par la voix des tempêtes »? Et l’Hymne au Soleil de Baour, si admiré et souvent cité dans les recueils mêmes que Merlet a dû consulter ? On sait, de plus, qu'il n’y a pas de « divinités » dans Ossian. Mais qu’on relise cette phrase à haute voix, l'harmonie et le nombre en sont parfaits, et c’est apparemment tout ce qu'il fallait.
Par contre, Paul Albert avait fait, avant de parler d’Ossian à son auditoire du Collège de France, une étude sé-
1. J. Demogeot, Histoire des Littératures étrangères. Littératures septentrionales, 1880, 5° éd., 1910, p. 152.
2. G. Merlet, Tableau de la Littérature française (1800-1815), 1 (1877), p- 425-435.
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rieuse de la question ‘. On relève dans son historique plusieurs exagérations ou assertions douteuses, et que notre exposé a rectifiées chemin faisant. Après avoir résumé de façon très vive et très heureuse la vogue d’Ossian dans la poésie et les arts, il essaie de donner une idée de ses poèmes. Il les traite comme une chose qui appartient tout à fait au passé, et ne semble pas admettre que certains éléments en soient encore vivants. Après avoir traduit sur le texte anglais deux pages, dont il fait constater le vide, il remarque — et cela fait honneur à sa perspicacité — un seul épisode qui ait conservé « quelque couleur » ; il le croit originaire, je ne sais pourquoi, de quelque « ballade scandinave » : c’est celui de Deugala dans Fingal (chant 11). Il trouve que Deugala ressemble « à une Frédégonde ou à une Walkyrie ». On le voit, tout cela est de l’histoire, et même de l’archéologie. La lecture d’Ossian dans le texte anglais n’a pas suffi à Paul Albert pour ressentir de nouveau quelque charme poétique et quelque émotion secrète de l’âme. Plus récemment, Joseph Texte, qui connaissait sans doute . Ossian directement et dans l’anglais de Macpherson, ne paraît cependant pas en avoir reçu la moindre impression personnelle. On consulte volontiers son chapitre sur Ossian ?, qui a le tort de renvoyer le lecteur uniquement au travail de Clerk et à celui de B. Saunders, deux sources beaucoup trop favorables à Macpherson. M. Mornet caractérise brièvement et avec exactitude la part des poèmes ossianiques dans l’expansion de certaines tendances nouvelles *, M. Zyromski, à propos de la contribution du Barde à la formation du « paysage intérieur » de Lamartine, évoque avec quelque détail les caractères les plus sillanté des poèmes ossianiques, et paraît en avoir reçu la directe et profonde impression *. Mais il y a au moins un de ces historiens des lettres qui a su dire sur les poèmes ossianiques le mot qu’il fallait : c’est qu’Angellier possédait, avec l’âme d’un poète,
1. P. Albert, La Littérature française au XIXe siècle, 1, 95-107 (Cours
de 1878 :1879).
. J. Texte, J.-J. Rousseau et les origines du cosmopolitisme littéraire,
3. D. Mornet, Le Romantisme en France au XVIIIe siècle, 1912, p.118.