‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 465 sur 512 · Zyromski, Lamartine poète lyrique, 1896, p · texte numérisé non relu

Zyromski, Lamartine poète lyrique, 1896, p

la méthode rigoureuse de l’érudit. Racontant la jeunesse de Robert Burns, il dit que le futur poète lisait Ossian, « haute et noble source de poésie, où passe, quoi qu'on en ait dit, un souffle aussi puissant que les vents orageux ‘ ». Celuilà lisait les poèmes en anglais, et son témoignage s’en ressent. M. Lanson a bien voulu me faire remarquer à ce propos combien Angellier était préparé à goûter Ossian par son propre sentiment poétique de la nature, tel qu’il se révèle dans ses tableaux du Boulonnais, avec ses nuages bas et son ciel changeant. Peut-être se souvenaient-ils de ce témoignage plein d’autorité, ceux qui ont inscrit un certain nombre des poèmes d’Ossian au programme de l'agrégation d’anglais, à diverses reprises en ces dernières années, Maîtres et élèves, combien alors les ont lus pour la première fois!

Pendant cette période, les Revues et les journaux ne font plus que de loin en loin place au souvenir du Barde. Et leurs contributions, qui marquent une totale indifférence personnelle à la poésie ossianique, prouvent de plus une ignorance du sujet étonnante, et qui ne leur permet même pas de raconter correctement à leurs lecteurs l’histoire de l'influence d’Ossian. En général, le côté anecdotique de la falsification de Macpherson est le seul qui les intéresse. Des poèmes euxmêmes il est à peine question: aucune étude de ces textes, aucune analyse des sentiments qui s’y rencontrent, aucun effort pour chercher les causes de ce prodigieux succès dans l’âme même que Macpherson — ou Smith, qui a bien sa petite importance, et que l’on ignore totalement — a su infuser à son Ossian artificiel. Au lieu de s'informer, le plus superficiellement du monde, dans Ginguené, dans Villemain, dans B. Saunders, il était bien plus utile de feuilleter l’Ossian anglais de Tauchnitz et de réfléchir une demiheure. Aucun ne paraît s’en être avisé.

Voici par exemple le compte rendu que consacre Louis Etienne au grand ouvrage d'Archibald Clerk ?, Il faut voir comme le critique se tire d’affaire à bon marché, bâclant ces deux pages et demie selon la formule des spirituels chroniqueurs : beaucoup d’aisance et pas mal d’esprit sur une to-

1. Aug. Angellier, Robert Burns, 1892, I, 59. 2. Revue des Deux-Mondes, 1* août 1873.

Arvède Barine. Henry Roujon 895

tale ignorance, C’est, paraît-il, ce qui plaît — ou plaisait — au grand publie. Le collaborateur de la Revue des Deux- Mondes ne connaît pas un mot de la question; prend les Highlands pour les habitants de l’Ecosse ; regarde de haut ceux qui pouvaient encore aimer la poésie ossianique :« I] en est peut-être encore. » et en somme se moque du pauvre Clerk au lieu de le réfuter. comme c'était son droit et même son devoir; seulement, l’article eût été plus difficile à écrire.

On s’attend à mieux sans doute de la part d’un écrivain aussi distingué qu'Arvède Barine, et l’on cite couramment ses deux articles du Journal des Débats *. Is ont été écrits à l’occasion du livre de Bailey Saunders, et, pour ce quiconcerne Macpherson, ses publications et la question de l'authenticité, à peu près uniquement d’après cet ouvrage. Elle l’a cependant bien vite ou bien mal lu, à en juger par deux ou trois détails importants qu'elle rapporte fort inexactement, sur la mission de Macpherson, l'origine de sa fortune, l'accueil fait à ses poèmes en Angleterre. Elle exagère le rôle de Home et diminue celui de Blair. L'intérêt de cette étude, d'ailleurs assez étendue, en général consciencieuse, discrètement spirituelle et de ton assez juste, réside surtout dans le résumé qu’on y trouve de l’ossianisme français. Mais que tout cela reste donc vague et superficiel ! Et qu'on aimerait mieux savoir de cet intelligent critique ce qu’est en somme Ossian, à quelles qualités intimes il a dû son étonnant succès, et non pas comment il a été composé et accrédité! Comment un écrivain aussi délicat a-t-il pu croire que l'intérêt anecdotique était seul en jeu, comme s’il s'agissait d’une farce sans conséquence ?

Hier encore, un article brillant et spirituel venait évoquer la splendeur disparue du Barde. À propos de la lecture publique de M.Henry Lemonnier dont il a été question au sujet de Girodet, Henry Roujon consacrait une chronique à un pèlerinage Aux Ruines d'Ossian *. Ses sources sont B.Saunders, A. Tedeschiet Arvède Barine. Il faut lire ce vif et amusant résumé de la question ossianique pour voir, premièrement, combien l’auteur a d'esprit ; deuxièmement,com-

1. Arvède Barine, Hors de France : Les Poësies d’Ossian (Journal des | Débats, 13 et 27 novembre 1894).

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