‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 48 sur 512 · Œuvres de Saint-Ange · texte numérisé non relu

Œuvres de Saint-Ange

ou à travestir en alexandrins la mâle harmonie des hexamètres latins. Il avait, après Baïf et tant d’autres, essayé lui aussi d’acclimater en France le vers métrique,ou mesuré par la quantité des syllabes et non par leur nombre. Familier dès sa jeunesse avec le blank verse anglais et les scio/ti italiens, il en percevait sans doute la discrète et ferme beauté. Mais, au lieu de se borner à l’accent des mots français, il prétendait en déterminer la prosodie, qu'il « sentait très bien», et «il se plaisait à faire des vers réglés par elle ». Il avait composé quantité de vers métriques pour s'exercer !, et c’est ainsi qu’à partir de 1761, pendant son intendance en Limousin et au milieu des plus grandes affaires, 1l s’amusait à traduire les Bucoliques ou le quatrième livre de l’'Enéide. Cette dernière traduction, il l’intitulait Didon et la divisait en trois chants. Elle est curieuse, plus curieuse que belle, et les hexamètres français de Turgot, s’ils satisfaisaient son oreille, sonnent bien faux à la nôtre.

Ainsi tu dissimulais ? Le croyais-tu, pouvoir cacher un crime Aussi noir ? as-tu pu croire à mon insu déserter mon empire ? Ingrat ! ni tant de liens, ni le don de ta main et de mon cœur,

Jusqu'à ma mort, cette mort affreuse où ta fuite me condamne, Rien ne t’arrête !...?

Virgile est plus harmonieux. Mais on voit par ce détail quel intérêt porte Turgot aux questions d'expression et d'harmonie. I1 le montre encore par les études auxquelles il s’est livré sur la prose mesurée. Traducteur de Gessner, il rencontrait dans cet écrivain une assez nouvelle harmonie de la prose, due à l’équilibre des syllabes accentuées, et facilitée par l’accent germanique sur la syllabe radicale, facilitée aussi par un vocabulaire où les mots simples, les mots racines abondent, et ne sont guère séparés que par des désinences qui assourdissent, qui estompent. La prose de Gessner lui paraît donc un exemple très intéressant

de cette forme peu connue, et qu’ilcroit appelée à un avenir brillant :

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