Œuvres, IX
Turgot 111
Tous les ouvrages de cet auteur sont écrits en prose mesurée. genre mitoyen entre les vers et la prose commune ; genre qui a presque toute l’aisance de celle-ci, avec une bonne partie des agréments de ceux-là t.
Il revient à cette question un peu plus tard *?, voyant que ce qu'il en a dit « a piqué la curiosité de quelques amateurs de la poésie et de la littérature étrangère ». Il consacre à la prose mesurée une assez longue étude. Il compare les textes allemands qu’il a sous les yeux avec Pindare et les prophètes hébreux. Qu’on remarque ces noms : Turgot connaît, et connaît bien, beaucoup de poètes de beaucoup de nations. Les plus sublimes de tous sont ceux qui n’ont pas écrit en vers réguliers, ni même en vers. Donc, la versification n’est pas essentielle à la poésie; donc, il y a eu, il y a peut-être encore des poètes en prose, pourvu que leur prose soit mesurée et mélodieuse à l’égal des vers ; et si l’on rencontre un poète que l’on désespère de rendre en vers, on ne lui fera pas tort en le traduisant en prose mesurée. On devine toute l’importance de ces idées chez le premier traducteur d’Ossian, et à l’heure même où Ossian lui était révélé. Car ses études sur la prose mesurée datent de 1760-1761, avant qu’il se fût occupé de vers métriques.
Autre chose encore préparait singulièrement Turgot au rôle d’introducteur d’Ossian. De tout temps il avait porté un intérêt particulier à l’histoire, aux mœurs, des peuples sauvages ou primitifs. Dès son Premier Discours sur l'Histoire universelle, œuvre de son temps de Sorbonne, écrit avant 1751, « refait et resserré » à vingt-cinq ans, et qui reprend d’un point de vue différent le Discours de Bossuet, il montre les« Sauvages, Tartares, Celtes, Arabes » exempts du despotisme par leur division en tribus *. Il se propose de traiter‘ « Des causes qui ont pu retenir plus longtemps