‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 57 sur 512 · Correspondance de Grimm, IV, 494 (décembre · texte numérisé non relu

Correspondance de Grimm, IV, 494 (décembre

Ce Fingal que Grimm annonçait à ses correspondants ava’t enfin traversé le détroit, et les premiers exemplaires étaient parvenus aux bureaux de rédaction. La première mention que le publie put en rencontrer se trouvait dans le Journal Encyclopédique de janvier 1762. C’est un compterendu de moins de deux pages, composé d’une analyse rapide et de quelques phrases d’appréciation. Le poème, « où l’on trouve quelques épisodes d’un goût assez singulier », n’excite pas l’enthousiasme du critique : « Tout son mérite consiste à peu près dans son antiquité. Une traduction française de cet ouvrage serait certainement insupportable, » Ces paroles s’appliquent à Fingal seul : les autres poèmes que le volume contient ne sont même pas mentionnés. Elles ont d’ailleurs été prophétiques, et Fingal a attendu quinze ans un traducteur. Le Journal des Savants, en février ?, annonçant la publication qui faisait tant de bruit en Angleterre, attire en vain l’attention sur des mérites qu'il paraît ne connaître que par oui-dire : « Ce poème, que l’on dit plein d'images les plus originales et les plus sublimes... » Ce n’est pas Fingal qui a continué l’acclimatation d’Ossian en France, ce sont les courts poèmes dont il était accompagné. Le Journal Etranger montra en cette occurrence un sens très sûr de ce qui pouvait plaire au public, Dès que le volume lui parvint, Suard se mit à la besogne. Il choisit successivement les petits poèmes qu’il jugeait les plus intéressants, et la série de ses traductions remplit à peu près l’année 1762. Le Journal donna : en janvier, Lathmon ; en février, Oithona ; en avril, Dar-thula ; en juillet, Conlath et Cuthona ; en septembre, Comala. Au total, 95 pages d’Ossian, Les poèmes erses ou traduits de la langue erse ou celtique, comme ils s’intitulent, n’ont désormais plus besoin d’être présentés au lecteur. Quelques mots seulement avant Oïthona rappellent l'intérêt qu’éveillèrent les pre-

1. Journal Encyclopédique, janvier 1762, p. 144-145. 2. Journal des Savants, 1762, p. 124.

Les cinq petits poèmes de 1762 137

mières publications de ce genre, et l'obligation qui s’impose aux auteurs « de faire connaître successivement les morceaux les plus intéressants qui composent cette collection curieuse ». Plusieurs de ces poèmes sont précédés d’un résumé, traduit ou adapté de celui de Macpherson. Lathmon est accompagné de notes, et le sujet en est rapproché de l’épisode de Nisus et Éuryale. Grimm de son côté compare celui d’Oïthona à un morceau fameux du Tasse :

Vous [y] trouvez la situation de Tancrède et de Clorinde expirante, qui vous fait tant de plaisir dans le Tasse. C’est un amusement de,bon goût que de comparer deux pinceaux admirables qui ont traité le même sujet".

Virgile, le Tasse : Ossian commence décidément à prendre rang parmi les poètes souverains, dont l'œuvre est le patrimoine commun de toutes les intelligences cultivées.

Que voyait-on dans ces cinq nouveaux poèmes, courts encore, mais bien plus étendus que ceux que l’on avait pu

lire jusque-là ? Nous avons résumé chacun d’eux dans l’/ntroduction de cet ouvrage. Pour le fond, ce sont des aventures variées, et les poèmes ont dû être choisis par Suard en raison de cette variété même. Des guerriers chevaleresques, qui rivalisent, entre eux et avec l’ennemi, de générosité et de grandeur d’âme; des ombres qui planent autour du barde et réclament la lamentation funèbre à laquelle les morts ont droit ; une amante éplorée qui, poursuivie par un lâche ravisseur, bénit sous l’armure qu’elle avait prise pour seconder ses défenseurs ; une autre qui, également travestie, est percée du coup el par celui même qu’elle aime et au secours de qui elle accourait ; une autre enfin qui meurt de joie en revoyant vivant et victorieux le héros qu’elle pleurait : voilà quelles aventures touchantes et terribles, plus touchantes encore que terribles, le Journalpresque chaque mois raconte à ses lecteurs. L’imprévu, l’extraordinaire y sont de règle, et le romanesque y règne partout. Ces aventures sont aussi mal expliquées que mal définies ; tout y reste vague et conventionnel. Les sentiments ne sont

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