‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 62 sur 512 · B. Saunders, p · texte numérisé non relu

B. Saunders, p

5. Livre des Rois, trad. Jules Mohl, II, 147-175. 6. Causeries du Lundi, I, 843.

« Carthon » 119

; Suhrab et Matthew Arnold dans son poème Sohrab and

Rustum. Le plus ancien poème allemand que l’on connaisse, le Hildebrandslied, du vnr siècle, a pour sujet la rencontre de Hildebrand et de son fils Hadubrand ‘, Enfin Voltaire, dans la Henriade *, a inséré l’épisode de d’Aïlly, gentilhomme de l’armée de Henri IV, qui combat à Ivry contre son fils qui suit le parti de la Ligue. Il y a d’ailleurs entre les trois récits originaux, persan, allemand et irlandais, d'importantes différences de développement, de situation et de dénouement. L’original du Carthon de Macpherson est un poème irlandais intitulé : « Le meurtre du fils unique d’Aïffé », antérieur au x° siècle, et fort court (deux pages). Si le fils est tué par son père, c’est quesa mère, en lenvoyant à la guerre, lui a imposé d’obéir à trois prescriptions d'ordre magique : ne jamais se détourner de son chemin —ne jamais dire son nom à un guerrier — ne jamais refuser le combat. Ces prescriptions sont données d’ailleurs comme rituelles dans l’Ossian de Macpherson, et dans ses notes celui-ci commente à plusieurs reprises la seconde. On comprend l’angoisse qui étreignait les auditeurs du vieux poème celtique, lorsqu'ils voyaient le jeune héros affronter la mort plutôt que de violer la loi. « Tout est puissant, logique, primitif, dans la pièce irlandaise *. » Soit que Macpherson ait suivi, comme l’auteur du Hi/debrandslied, une version un peu différente, soit qu’il ait méconnu le sens de la légende, le hasard fait tout dans le combat funeste de Carthonet de Clessamor. Mais surtout, ce qui est certainement un ornement de sa façon, c’est Clessamor mourant de douleur sur la tombe de son fils. Les héros irlandais ont la vie plus dure *. Mais comme ce dénouement était fait pour plaire aux âmes sensibles !

Grimm néanmoins est sévère pour l’action du poème.

1. Le texte dans Müllenhoff et W. Scherer, Denkmæler deutscher Poesie und Prosa aus dem 8-12 Jahrhundert, 3° éd., Berlin, 1892,2 vol. On en trouvera la traduction, par M. Arthur Chuquet, dans D’Arboiïis de Jubainville, Cours de Littéralure Celtique, t. V: L’Epopée Celtique en Irlande, 1892, p. XXXIII.

Page 1