André Murville, L’Année champêtre, 1808 ; Préface
9. W. Thomas, Le poète Edward Young ;F. Baldensperger, Etudes d’histoire littéraire (1° série).
C’est en 1762 que le comte de Bissy, sinon révèle Young, car on avait déjà parlé des Nuits, du moins le fait connaître dans le Journal Etranger ‘. Le Mercure ne paraît découvrir Young et son genre que lors de la traduction de Le Tourneur, dont il rend compte en avril et juin 4769*. Il y revient en 1770 et 1774, parallèlement à Thomson, Gray et Hervey. Cette traduction de Le Tourneur, par laquelle il préludait à son Shakespeare et à son Ossian, et qui devait, paraît-il, beaucoup au chevalier de Jaucourt', acheva de rendre populaire celui que Lemierre appelait :
Détracteur de la vie, Young, Anglais farouche 1!
On le met en vers français ‘, on l’admire et on l’imite, même dans le Mercure‘. Pour Caraccioli, l’âme de Milton et celle de Young « ont voyagé dans l’Asie ‘ ». Si l’on songe que la première traduction de Young est contemporaine de la révélation ossianique, et que les Méditations de Hervey sont annoncées et analysées avec éloge dès 1757 *, on se rend compte qu'Ossian ne se trouvait pas dépaysé au milieu de toute cette poésie sépulcrale. On pouvait dire de lui ce que Diderot disait à Grimm en parlant de Young : « Ce n’est pas sans un mérite rare qu'on fait lire des jérémiades à un peuple frivole et gai °. » Ce mérite était partagé par Hervey. Tous les deux instituaient le genre mélancolique ou genre sombre, délices des âmes sensibles qui voulaient que la poésie parlât à l’âme. « Nous n’avons pas en France, dit Bissy, de ces ouvrages remplis d’idées grandes, mais sombres, tristes, mais cependant délicieuses ; de ces ouvrages qui laissent après eux une impression de mélancolie qui nous