‹ Ossian en FranceChapitre 109 sur 232 · Supplément à L'Encyclopédie, 1776, article Poésie · texte numérisé non relu

Supplément à L'Encyclopédie, 1776, article Poésie

ïoo Ossian en France

rintermédiaire de la Gazette Littéraire, que « l'art de ces anciens poètes était regardé comme quelque chose de divin : leur personne était sacrée ' ». Ossian est particulièrement instructif à cet égard ; « On trouve dans les poèmes d'Ossian un grand nombre d'exemples de la considération qu'on avait pour les Bardes '. » Il faut entendre le Mercure parler avec attendrissement de « ces anciens Bardes et poètes montagnards qui ne célébraient guère d'autre vertu que la valeur, qui ne voyaient dans une belle femme que la récompense d'un brave homme, et qui ramenaient sans cesse dans leurs comparaisons les tableaux de la nature, la seule chose grande, la seule aimable, lorsqu'on ne sait encore ni l'imiter ni la corrompre ' ». Poètes d'une humanité primitive, et partant vertueuse ; poètes de la nature ; voilà les deux aspects qui intéressent, qui émeuvent, qui font rêver même le froid Mercure, si peu rousseauiste et sentimental.

Tout cela restait abstrait et un peu vague. Le type extérieur du Barde est donné, avant Ossian, et mieux que dans Ossian, par Gray, dont Le Barde, publié dans les Nouvelles Odes en 4757, est signalé dès l'année suivante par le Journal Etranger *. Dix vers anglais étaient cités accompagnés de leur traduction. Quelle traduction ! on la jugera par un seul exemple : Robed i?i the sable garb of woe devient avec le funeste maintien d'un ennemi. Le traducteur aura pris woe pour foe ; et le reste est à l'avenant. Mais la Gazette Littéraire, entre deux morceaux d'Ossian, revenait sur ce célèbre poème, et traduisait toute l'ode ^ On se rappelle le sujet : c'est la malédiction lancée, du haut d'un rocher, par le dernier barde gallois au roi anglais et à son armée victorieuse; les malheurs de l'Angleterre dans les siècles suivants y sont prédits avec une obscurité prophétique. Alors, dit Gray, (j'emprunte la traduction de la Gazette)

i. Gazelle Lilléraire, 15 janvier 1766; Variélés Littéraires, Ul, 462.

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