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CHAPITRE PREMIER L'Ossian de Le Tourneur

I. Le Tourneur ; sa vie, sa carrière de traducteur et la publication de son Ossian.

il. Les fragments du Journal Anglais et leur rapport avecla traduction de Le Tourneur. Catheluina, témoignage d'une traduction commencée du recueil de Smith.

in. Le Discours Préliminaire de Le Tourneur et ses détails sur le monde ossianique. Protestation contre la réaction orthodoxe et Voltaire. Explication des noms ossianiques.

IV. Contenu de l'ouvrage; impression générale qu'il produit. Sa diffusion.

V. Valeur de la traduction. Jugements contemporains. Comparaison avec le texte anglais.

VL La traduction de Le Tourneur comparée avec celles de Turgot et de

Suard. Conclusions sur cette traduction.

VIL Appréciations de la critique contemporaine. Les journaux. La Harpe.

Résumé des éloges et des réserves.

Avec VOssia/i de Le Tourneur s'ouvre une seconde période de l'ossianisme français. Cette traduction, la première complète, vulgarise le nom et l'œuvre du Barde ; elle est importante, et en elle-même, et par la diffusion qu'elle permet et provoque.

Le Tourneur était considéré, déjà de son vivant et encore davantage aux dernières années du siècle, comme l'un des principaux auteurs de cette transformation dans le goût littéraire et dans le style que nous appelons aujourd'hui le préromantisme. Non seulement « nous lui sommes rede-

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vables de l'acquisition littéraire du genre sombre ' >, comme dit son biographe l'année même de sa mort, et il s'est acquis par là « le glorieux surnom de VYoung français* ï^\ mais il a « imprimé une nouvelle direction à notre poésie », et prouvé, continue Edmond Géraud, « qu'avec un talent ordinaire on pouvait par hasard faire révolution en littérature"'». Le jeune Fontanes lui disait dans une enthousiaste apostrophe :

Tu découvris plus d'une fois Des trésors inconnus aux muses de notre àj^e *.

Ces trésors, non pas inconnus, mais peu ou mal connus avant lui, sont au nombre de trois : Young, Shakespeare, Ossian. Il faudrait ajouter Richardson, car la Clarisse complète de Le Tourneur reléguait dans l'ombre la traduction extrêmement insuffisante de Prévost, dont il avait fallu se contenter jusque-là. Tous les contemporains s'accordent à reconnaître l'importance de son Ossian, ce « monument original ^ », que l'un des historiens qui ont le mieux connu cette époque estime « un livre capital dans l'histoire de notre littérature "* ».

Pierre-Prime-Félicien Le Tourneur ' était né le 9 juin 1737, à Valognes, de parents assez pauvres, qui exerçaient le métier de passementier. 11 commença ses études à Coutances, et les acheva à Paris, au collège des Grassins. Il devint secrétaire de M. de la Brifîe, avocat-général au Grand Conseil. Il fut en 17G6, 1767, 1768, à Montauban, à Besançon, à Marseille, quatre fois au moins lauréat des prix d'éloquence que décernaient à l'envi les Académies de province. Cependant il ouvrait par les Nuits de Young en 1769

1. Le Jardin Anglais, par feu M. Le Tourneur, 178b;, I, V. •2. Le Spectateur du Nord, juillet 1798, p. 11.

3. Edmond Géraud, Fragments de Journal intime, p. 59 (août 1S07).

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