Texte, J.-J. Rousseau..., p
7. Pour sa biographie, la principale source est la Notice sur la vie et les ouvrages de M. Le Tourneur en tête du Jardin Anglais. On la complète par le médiocre article de Aug. Grou, Le Tourneur (Mémoires de la Société archéologique de Valognes). et par l'étude assez complète de Mary- G. Cushing, Pierre Le Tourneur, 1908.
Le Tourneur 307
sa féconde carrière de traducteur. Nommé en 1771 censeur royal et secrétaire général de la librairie, il ne garda ces fonctions que jusqu'en 1775 : « son attachement à M. le Chancelier l'avait rendu désagréable ' ». Alors il s'ensevelit dans sa retraite studieuse de Montrouge, où il se consacra surtout à sa grande traduction de Shakespeare, à celle d'Ossian, et plus tard à celle de Clarisse. Il jouissait du titre de secrétaire ordinaire de Monsieur. En 1785 ou 1786, il se vit attribuer une gratification de 1.000 livres « avec lettre », parce que, dit la demande, « il est vieux et mal à son aise - ». Il n'avait pourtant que cinquante ans lorsqu'il mourut à Paris, le 22 ou le 24 janvier 1788, après huit jours de maladie. « On peut dire qu'il est mort au milieu de sa carrière», conclut son biographe anonyme.
On sait que Le Tourneur a eu pour les dix-neuf traductions qu'il a données des collaborateurs assidus et assez nombreux, les uns avérés, Gatuelan et Fontaine-Malherbe pour Shakespeare, d'autres que les contemporains nous révèlent, Jaucourt pour Young et David de Saint-Georges pour Ossian, d'autres peut-être qu'il faut se résigner à toujours ignorer. Il est permis de se l'imaginer, loin de Paris et des querelles littéraires, dans ce paisible village de Montrouge, dans sa petite maison, en face de son beau et grand jardin, menant parmi ses livres l'existence d'un sage, au fond d'une « retraite vraiment philosophique », entre ses enfants et sa femme qu'il aime tendrement, avec les vertus d'un bourgeois et la passion d'un poète. Au sein du bonheur domestique, sans aucun étalage de sensibilité larmoyante, il sait exprimer dans une langue délicate et poétique les plus simples et les plus pures jouissances. « Respirons les premiers esprits de la jeune violette, avant que le vent du midi ait épuisé son âme odorante \ » On n'écrivait pas souvent de ce style avant 1788. Pour lui-même, et sans rien publier de ses essais personnels, il est déiste, sensible et ému. 11 s'écrie avant Olympio : « Quoi ! tu feras naître encore d'aussi belles nuits après que mon amant et moi ne serons plus ! » Il compose de véritables Méditations en prose, la