Journal Anglais, II
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•es corne with joy around thee ; Ihey bathe Ihy lovely hair.
Farewell,thou silent beam! Let the lifrht of Oss
;*oul a:
Journal Anglais.
Etoile du soir, que ta lumière est belle dans l'Occident ! tu élèves ta tête au-dessus des nuages qui t'environnent, tu t'avances d'un pas ferme sur ta montagne. Que vois-tu dans la plaine ? les vents orageux se sont calmés : le murmure du torrent ne se fait entendre que de loin ; les vagues ne menacent plu^ le rivage, et n'exer- • cent leur fureur que sur les rochers éloignés. Qu'est-ce qui attire tes regards, lumièrecharmante? daigne m'honorer d'un sourire, et retire-toi. Les vagues s'assemblent avec joie autour de toi, elles baignent ta belle chevelure. Adieu, astre silencieux, permets que la lumière de l'âme de mon amant prenne ta place pour un moment.
Le Tourneur.
Etoile, compagne de la nuit, dont la tête sort brillante des nuages du couchant, et qui imprimes tes pas majestueux sur l'azur du firmament, queregardes-tu dans la plaine? Les vents orageux du jour se taisent ; le bruit du torrent semble s'être éloigné ; les vagues apaisées rampent au pied du rocher...
Les moucherons du soir, rapidement portés sur leurs ailes légères, remplissent de leurs bourdonnements le silence des airs. Etoile brillante, que regardes-tu dans la plaine? Mais je te vois l'abaisser en souriant sur les bords de l'horizon. Les vagues se rassemblent avec joie autour de toi et baignent ta radieuse chevelure. Adieu, étoile silencieuse ; que le feu de mon génie brille à la place.
Le traducteur anonyme s'est fait étrangement désinvolte. Non seulement il a supprimé les insectes du soir et leur bourdonnement, trouvant sans doute ce détail vulgaire ; mais au lieu de peindre poétiquement la chute graduelle de l'étoile, il madrigalise avec elle et malhonnêtement l'envoie coucher. Le vieil Ossian et le génie qui l'anime se travestissent en l'dme de mon amant ; amant hypothétique de l'inexistante Selma.
A qui donc attribuer ces médiocres essais, dont la littéralité,à certains endroits, contraste avec la manière large et lointaine de Le Tourneur ? Est-ce Le Fuel de Méricourt qui a ossianisé de son côté? Est-ce quelqu'un de ses collaborateurs inconnus ? et, dans l'un comme dans l'autre cas, y
« Catheluina », traduction posthume 3ii
avait-il là un projet de traduire des poèmes entiers d'Ossian, que la publication de Le Tourneur serait venue anéantir ? Faut-il faire venir cet essai du même coin d'où étaient parties les Poésies Erses ? Il est impossible, je crois, de le savoir; mais en tout cas une observation s^impose. Si mauvais que soient les essais du Journal Anglais, ils rendent tout au moins le service de répandre, en même temps que Le Tourneur et même un peu avant lui, certains morceaux, l'un peu intéressant, l'autre déjà connu depuis 1763. le troisième très remarquable et presque nouveau. Cette invocation à l'étoile du soir, si célèbre depuis, et à laquelle nous reviendrons plus en détail à propos de Musset, n'avait été traduite qu'une fois depuis quinze ans qu'Ossian était révélé à la France. Cette même année 1776 la voit traduire trois fois, par le Journal Anglais, par Le Tourneur, et par Seckendorf, premier traducteur français de Werther. Ces trois versions sont indépendantes l'une de l'autre, et la coïncidence n'en est que plus remarquable.
On peut donc regarder cette année 1776 comme une date critique dans l'histoire d'Ossian en France. Elle l'est d'autant plus sûrement que les deux volumes de Le Tourneur n'ont pas été un événement isolé et sans lendemain dans sa carrière de traducteur. Si la mort ne l'avait pas arrêté, il ne s'en serait pas tenu là. Il était probablement dans son dessein de compléter son œuvre en donnant à la France VOssian de Smith comme il lui avait donné celui de Macpherson. On apprend, en effet, par le Jardin Anglais, ce recueil des ouvrag-es posthumes de Le Tourneur, que celui-ci s'était remis peu avant sa mort à traduire de TOssian. On sait que 14 nouveaux poèmes avaient été publiés par Smith en 1780. Le Tourneur dut recevoir le volume, et il avait commencé à le traduire, probablement pour donner lui-même cette suite à son Ossian qui devait paraître sous le nom de Hill en 1795. En tout cas, il avait traduit l'un de ces poèmes, Catheluina '. Aucune introduction, aucun commentaire n'accompagne ce poème de douze pages. On en connaît le sujet : c'est un des plus romanesques de Smith. Le début est tout à fait ossianique :