Mac/asiii Encyclopédique, 1795, V
que très peu lu t ». Cette erreur n'étonne point sous la plume d'un littérateur qui vient d'écrire qu' « on ne connaissait point Ossian en France » avant Le Tourneur. Nous ignorons, il est vrai, le nombre d'exemplaires qui a été tiré par les soins de Musier de l'édition de 1777 ; et nous savons qu'il n'y a pas eu de réédition avant 1798. A cette date, r0.s5/ay^ de Le Tourneur leparaît dans un autre format, accompagné de celui de Smith traduit par Hill ^ ; l'année suivante il reparaît encore, mais tout seul et dans son ancien format '; enfin, en 1810, l'édition Dentu réunit pour la seconde fois les deux Ossians jumeaux *. Les deux volumes de 1777 se trouvent dans la plupart de nos grandes bibliothèques et ne sont pas très Tares aux devantures des libraires. Consultons d'ailleurs les catalogues des bibliothèques privées à partir de 1780 : sur 040 bibliothèques et sur 178 exemplaires d'Ossian qui s'y trouvent, la traduction de 1777 est représentée 21 fois. 11 faut ajouter 20 exemplaires des réimpressions de Le Tourneur, seul ou avec la traduction de Hill ;on obtient ainsi 47 Le Tourneur sur 456 bibliothèques qui contiennent des poètes, environ un exemplaire sur dix ; ou sur 178 exemplaires d'Ossian, soit plus du quart, et sur 98 Ossians français, soit la moitié. Ce qui prouve encore mieux peut-être la diffusion du livre, c'est le nombre des imitations ou traductions partielles en vers dont Le Tourneur a fourni l'occasion et la matière.
Que vaut la traduction de Le Tourneur? Dans quel rapport est-elle avec le texte de Macpherson ? et que vaut-elle
1. Edm. Géraud, Fragments de Journal intime, p. 59 (août 180").
2. Ossian... Poésies Galliques, traduites par Le Tourneur et David de Saint-Georges. Paris, Dufart, an VI, 1798, 7 vol. in-lS.
3. Ossian... Poésies Galliques, traduites par Le Tourneur. Paris, an VII- 1799, 2 vol in-8.
4. Ossian... Poésies Galliques, traduites par Le Tourneur ; nouvelle édition, augmentée des Poèmes d'Ossian et de quelques autres bardes... Paris, Dentu, 1810, 2 vol. in-8.
Valeur de la traduction 323
comparée avec les traductions partielles qui l'avaient précédée ? Cette double question, qui n'a jamais été étudiée jusqu'ici, est particulièrement intéressante si l'on songe que la plupart des lecteurs français d'Ossian Tout connu par ces deux volumes. Nous allons voir comment Le Tourneur traduisait, en rapprochant sa version, pour les parties nouvelles, de l'anglais de Macpherson, et pour les parties déjà connues, des traductions précédentes. Nous verrons ainsi ce qu'on donnait pour de l'Osssian aux lecteurs qui en 1777 ou dans les années suivantes, achetèrent les deux volumes de Le Tourneur ; et nous verrons en même temps dans quelle mesure ce dernier a fait accomplir un progrès à la connaissance du Barde.
Les idées du xviii° siècle vsur la traduction, et la méthode particulière de Le Tourneur, ont été exposées avec clarté et précision par M. W. Thomas qui, dans son étude sur Young \ a eu à apprécier le traducteur des Nifits. On sait bien que ses traductions ne sont pas d'une fidélité exemplaire, et l'on met souvent sur le compte des nécessités de son siècle les libertés qu'il prend avec son texte. On dit : Le Tourneur fut habile : il a donné à ses contemporains juste la dose d'exactitude qu'ils pouvaient supporter. Plus lidèle, il les eût rebutés et dégoûtés à jamais des grands écrivains anglais qu'il se proposait de leur faire admirer. — Il se peut qu'il en soit ainsi pour Young et pour Shakespeare. Mais pour Ossian la question est un peu différente. Les libertés qu'il s'est permises ou qu'il a cru devoir prendre, d'autres se les étaient refusées, et personne ne les avait taxés de grossièreté ou de barbarie. Lui-même d'ailleurs passa sans doute pour assez fidèle, mais quelquefois aussi pour trop fidèle ; en sorte que s'il avait uniquement agi par prudence, il aurait encore mal calculé.
Sans doute, à l'apparition de l'ouvrage, la traduction fut admirée par plusieurs critiques, dont pas un du reste ne paraît l'avoir comparée avec le texte. Non seulement elle est « correcte et élégante ' », mais elle a « de l'énergie, de