La Pétaudière, 1778, p
Valeur de la traduction 32 5
peu plus guindée » et bien loin de « l'élégante et noble simplicité ' » de la seconde. Son style en g-énéral est sévèrement blâmé à l'occasion d'un de ses éloges académiques '. On ne peut admettre « l'enflure, le néologisme, les tournures embarrassées» qui le «déparent'». Peut-on dire en efîet que les vents, la mer, les torrents rugissent toujours ; que les dogues émus bondissent de joie au son d'un instrument; que le soleil luit sur les cheveux humides d'un nuage'? enûn peut-on parler des têtes bleuâtres, écumeuses, blanchâtres des vagues? Rien de plus insupportable au gré de VAfinée Littéraire, qui à ces quatre exemples en ajoute sept autres. La Harpe est ennemi des « inversions forcées *», comme: Redoutable était Fing al... Terrible était l'éclat de son acier-, et il ajoute bien spirituellement : « Cela vaut-il mieux que de dire : Fingal était redoutable, V éclat de son acier était terrible'? Le mdLiiTe de M.Jourdain nous apprend que cette dernière façon de parler est la meilleure. » Pour La Harpe, il faut revêtir Ossian de cette excellente prose que faisait si bien M. Jourdain sans le savoir. Plus sévère encore trois ans plus tard, il écrit : « M. Le Tourneur porte dans tous les genres la manière d'écrire qui lui a réussi une fois dans les Nuits d'Young, et qui n'est pas supportable ailleurs \ » Villemain traite cette traduction de « pathos uniforme ^ ». Merlet appelle assez improprement d'ailleurs rOssian ainsi francisé «un Florian biblique et dantesque' ». A cent ans de distance. Le Tourneur est sévèrement apprécié par l'un des rares critiques contemporains qui se soient donné la peine de remonter à l'anglais : « Dans sa prose médiocre, on a peine à retrouver l'harmonie de la prose poétique de Macpherson » ; et J. Texte ajoute : « Qu'on se lig-ure Atala traduit dans la langue de Johnson «. » Ainsi, ce qui paraissait à La Harpe ou aux successeurs de Fréron