Décade XLl. 34S (30 floréal an XII
3. Le poème esl étudié sous ce double aspect par Uunnar Caslrén, Norden i den franslia Liltcraturen, p. 183-185.
Parny. Campenon 407
De ses aïeux, qu'admira mon enfance, Le souvenir occupe mon silence...
Astre cliarmant, astre doux et nouveau.
Tu n'as pas lui longtemps sur la colline...
Ces derniers vers sont adressés par ramante à l'amant qui vient de périr.
Isnel et Asléga marque donc le confluent de deux courants d'origine diverse, et dont les eaux restent facilement reconnaissables. Mais ce qui est plus significatif encore, et que M"" Tedeschi a bien vu, c'est que par beaucoup de traits le poème annonce le règne prochain du romantisme moyenâgeux. Il y a là des châteaux-forts, où les belles princesses, enfermées par de cruels ravisseurs, soupirent la romance au clair de lune ; des chevauchées mystérieuses ; force chansons et sérénades ; et avec cela des rafales glacées, des ours et des loups hurlants, qui viennent tout droit de la Norvège. Le poème a des aspects multiples : il se rattache au genre troubadour pur et simple, il annonce le gothique de 1825, et semble un avant-coureur de ceux des Poèmes Barbares qui sont Scandinaves. Voici quatre vers significatifs à cet égard :
Loups afTamés, hurlez dans les ténèbres ; Autour de moi grondez, fougueux torrents; Fendez les airs, météores brillants; Sombres hiboux, joignez vos cris funèbres.
Le premier trait est Scandinave, le second et surtout le troisième sont ossianiques; le quatrième vient peut être du Cimetière de Gray.
Même confusion des deux mondes du Nord dans Les Elysées de Campenon ', qui semblent reprendre et développer les Paradis de Parny. Mais ici il s'agit du Walhalla, et c'est le rappel d'Ossian et de ses héros qui est de trop ;
Les enfants d'Ossian, les guerriers Scandinaves... Vont dans leur Elysée à de nouveaux combats. Là le Barde s'élance au milieu des soldats,
1. OEuvres poétiques de V. Campenon, p. 308 : Les Elysées (1796) ; Veillées des Muses, VIII, 20 (1800) ; Annales poétiques du XIX' siècle, 1801, 1,44.
4o8 Ossian en France
l.es bat, meurt, ressuscite, et va boire à la ronde A la santé d'Odin dans un crâne ennemi. Ahl nous n'envîrons pas à Fingal, à Morni, L'épouvantable espoir où leur bonheur se fonde.
La confusion est complète. Le médiocre versificateur de La Maison des Champs, qui avait des lettres italiennes, aurait pu s'appliquer le vers du Tasse : Confonde le due leggi a se mal note. Et cette confusion n'est pas un fait isolé à cette époque : la même année 179G voyait La Tour d'Auvergne mettre « VEdda des Islandais » parmi les « écrits des Bardes » à côté d'Ossian ' ; et l'abbé Denina opposer à la langue latine « la celtique, gothique ou teutonique ^ ».
Certaines imitations usent du cadre ossianique avec une liberté extrême. Voici par exemple un Chant de Selma sur lamortde son jjère Fingal '. Selma est dans Ossian une ville ou un château ; d'Albins en fait une vierge calédonienne, et ce n'est pas le seul exemple d'imitateur induit en erreur par le titre du poème, et prenant le Pirée pour une jeune fille. Quant à la mort de Fingal, Ossian n'en parle pas. Ce morceau de 65 vers débute par l'invocation à l'étoile du soir qu'il rend non sans harmonie, et continue par une élégie funèbre où Selma se propose de revenir comme un fantôme sur la tombe de ceux qu'elle a perdus.
Plus hardi encore, Sylvain Maréchal attribue à un barde fictif, Mathos, un chant gallique « traduit par un Français voyageant sur les pas de M. Macpherson », et qui est de son invention. Cette prose de deux pages olîre d'abord un parfait exemple du pire jargon de l'époque :
Salut à la plus vertueuse des mères ! 0 Bosmina ! permets au sensible Mathos d'essayer ton nom sur les cordes de sa lyre, tremblantes dans ses mains inhabiles. 0 toi ! des mères la mieux partagée 1 on te pardonnerait l'orgueil en voyant ta lillle à tes côtés, ta fille Evir-Goma... '