Mémoires de l'Académie de Berlin
3. D'Albins, Les Adieux de Marie-T hérèse-Charlotle de Bourbon, Hâle, 1796, p. 35; et Almanach des honnêtes gens pour 1797, IV, 55.
4. Almanach Littéraire, 1792, p, 134 : Bosmina ou Colma, par Sylvain Maréchal.
Michaud 409
Sous des noms ossianiques, et avec un minimum de couleur locale, c'est certainement le tableau d'une mère et d'une fille de sa connaissance que l'athée sensible a voulu peindre. On prenait, on prend encore à l'heure où il écrit, les noms classiques de Vénus, de Minerve, de Gupidon, pour désigner discrètement et gracieusement les personnes ou les sentiments. Maréchal ouvre sa voile au vent qui commence à souffler : il est bien plus neuf, il est bien plus galant de faire sa cour à la mère et à la fille sous les noms harmonieux de Bosmina et de la « touchante Evir-Goma ».
Plus sincère est Michaud quand il se laisse aller au charme de la rêverie ossianique, et, dès 1798, semble préluder à Lamartine :
Que j'aime de Morven le barde solitaire !
Quand le brouillard du soir se répand sur la terre,
Assis sur la colline où dorment ses aïeux,
Il chante des héros les mânes belliqueux.
Lorsqu'au bruit sourd des vents le noir sapin frémit,
Il croit voir Ithona qui dans l'ombre gémit '...
Et dans un nuage il aperçoit Fingal. La forme Ithona permet peut-être de dériver l'ossianisme de Michaud de la lecture de Léonard. D'après le jeune « proscrit », Ossian serait le meilleur exemple de cette pathetic fallacy, dirait Ruskin, qui prête des sentiments et même une figure aux objets naturels. C'est du moins une manière assez délicate d'interpréter la poésie des peuples jeunes, que de la montrer ainsi voisine de l'hallucination du voyant ou de la crédulité populaire. Pour Petitot, cette même croyance est un des bienfaits de l'illusion consolatrice : par elle, dit-il,
• La nuit de nos amis nous offrit des images, Et les fils de Fing-al peuplèrent les nuages ^
Il en est d'autres qui n'ont ni traduit ni imité Ossian, mais qui sont évidemment familiers avec son œuvre. Tel ce bizarre Bonneville, mystique dans sa foi révolutionnaire,