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D'Arbois, Catalogue,. ., p. XXV

6o Ossian en France

I. — Qu'une ample tradition au sujet de Fingal et d'Ossian, son fils et son barde, avait existé en h>osse de temps immémorial ; que cette poésie ossianique, dun caractère impressionnant et frappant, se trouvait d'une manière g-énérale et en grande abondance dans les Hautes-Terres ; et qu'il y avait encore, ou qu'il y avait eu encore il y ava't peu d'années, beaucoup de personnes qui pouvaient répéter des fragments considérables de cette poésie.

H- — Que, si l'on avait trouvé des fragments qui présentaient la substance et parfois l'expression littérale de certains morceaux de Macpherson, on n'avait pu découvrir aucun poème qui fût identique, comme titre et comme texte, à quelqu'un des siens.

III. — Qu'à la vérité la Commission inclinait à croire qu'il avait rempli des lacunes, rétabli des transitions par des passages de sa propre composition, qu'il avait ajouté à la dignité et à la délicatesse des poèmes en omettant ou en abrégeant certains incidents et en affinant le langage ; mais que les membres de la Commission reconnaissaient qu'il était actuellement impossible de déterminer jusqu'à quel point s'étaient étendues ces libertés ; car Macpherson avait joui d'avantages qu'ils ne possédaient plus, leur enquête ayant été faite quarante années plus tard, alors que la recherche de la poésie ossianique était rendue difficile ou défectueuse par les changements arrivés dans les Hautes-Terres pendant cette période.

Le premier paragraphe de ces Conclusions est confirmé par les travaux et les publications qui se sont succédé depuis un demi-siècle ; la science moderne ajouterait, après les mots dans les Hautes-Terres, les mots ; et surtout en Irlande. Le second paragraphe serait également accepté, sauf qu'on ne connaît plus aujourd'hui de morceaux quelconques présentant l'expression littérale de morceaux de Macpherson, si courts que soient ces derniers. Le troisième paragraphe contient d'abord l'affirmation des libertés incontestables de Macpherson ; on la voudrait plus poussée, car les termes de la Commission peuvent faire croire, et ont fait croire en effet à certains, qu'il travaillait sur des textes épiques, discontinus mais homogènes, qu'il arrangeait ces textes en poèmes plus ou moins longs, en les modifiant gravement dans l'esprit et dans la forme, mais sans inventer rien d'essentiel pour le fond. Or, on sait aujourd'hui, et nous verrons tout à l'heure, que le fond même est souvent de lui, ou du moins que les thèmes primitifs ont été tellement

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combinés et mélangés avec des éléments imaginaires ffii'ils ne sont plus que l'occasion et non le fond des poème-.. La fin de ce paragraphe est une reconnaissance très sa^e des limites de l'enquête ; oui, on ne pouvait en 1805, laul-/ de textes en assez g-rand nombre à collationner, discernei' dans quelle ?nesure Macpherson avait été auteur et non traducteur.

Le travail de Londres et celui d'Edimbourg se contredisaient : car enfin, si l'enquête la plus patiente, menée dans le pays même, et qui avait été facilitée par l'empressement de tous à répondre et à témoigner, n'avait pu faire produire le moindre texte identique à VOssian de Macpherson, comment avait-il en sa possession ces originaux publiés en 1807 ? Où avait-il trouvé cet Ossian compact, si diiïérent des fragments ossianiques que l'on avait récités ou envoyés aux commissaires d'Edimbourg ? Si son voyage de 1760, tout rapide qu'il eût été, lui avait permis, grâce à l'époque encore favorable, de mettre la main sur quelques manuscrits authentiques, ceux qu'on était en train de publier, comment admettre qu'il ne s'en fût conservé, dans les Hautes-Terres et dans les îles, aucun autre exemplaire ? Bien plus, ceux qui lui avaient prêté des manuscrits, et à qui il ne les avait pas rendus, ne reconnaissaient pas dans ses publications les poèmes dont ils se souvenaient ; en 1807, ils durent ne pas reconnaître davantage leur gaélique dans celui de Londres. Bref, il a été fort heureux pour les « originaux » de 1807, de n'avoir vu le jour qu'après que les résultats de l'enquête d'Edimbourg avaient été publiés en 1805 ; car, si la Commission avait pu les faire entrer comme terme de comparaison dans son enquête, nul doute que les réponses n'eussent été sévères pour le « texte gaélique », où beaucoup déjà flairaient l'imposture.

D'ailleurs, tandis qu'on citait plus qu'on ne lisait, même dans la traduction latine de Macfarlan, le texte de 1807, les conclusions du Rapport de 1805 avaient un immense retentissement. A partir de ce moment, on considère souvent Macpherson sinon comme un faussaire, du moins comme un imitateur plutôt qu'un traducteur. Mais beaucoup ne s'en tiennent pas là : la controverse recommence sur de nouvelles bases. Les uns vont dépasser, et de loin, les

prudentes conclusions de la Commission; les autres vont édifier sur le texte de 1807 on ne sait quelle impossible authenticité.

Malcolm Laing (17G2-1819) était natif des Orcades, voisin de l'Ecosse, mais non d'origine celtique. Dans un Appendice à son Histoire d'Ecosse \'\\ avait déjà dénoncé Ossian comme un centon compilé dans de nombreux auteurs anciens et modernes. En 1805, il donnait une édition des poèmes, dont le titre même était nettement épigrammatique '. J 1 les examinait ligne par ligne, pour démontrer qu'ils étaient composés de près de 1000 emprunts à 88 écrivains différents. Son plaidoj^er éclatant, et poursuivi avec ime verve infatigable, eut beaucoup de succès. L'idée fondamentale de Laing était juste et féconde : on pouvait établir en effet qu'Ossian devait son succès à ce qu'il transposait dans un monde fabuleux et antique des sentiments, des idées, des thèmes épiques ou lyriques, des expressions, les uns déjà familiers au lecteur, et qu'il éprouvait un grand plaisir à reconnaître inconsciemment en les retrouvant, les autres nouveaux pour lui, mais qui l'eussent charmé autant et plus s'il les eût découverts dans l'écrivain original. Il était certain, de plus, que Macpherson, littérateur de langue anglaise, protestant, et étudiant d'hier, s'était souvenu de la Bible, d'Homère et de Milton. Mais Laing allait beaucoup plus loin: il prétendait voir des plagiats où il n'y avait que des coïncidences, des emprunts précis où il n'y avait que des réminiscences. Le grand nombre même de ces rapprochements inspirait la défiance : car enfin, comment admettre que James Macpherson, jeune, pauvre, isolé, eût pu connaître, manier, s'assimiler en quelques mois un nombre énorme de volumes pour en extraire presque mot à mot ses poèmes ? Malgré ces exagérations, il restait que V Ossian de Macpherson avait été écrit ou récrit par ((uelqu'un qui avait lu les grands poètes, et qui s'en souvenait.

Walter Scott, à qui depuis longtemps l'authenticité était

1. Malcolm Laing, Histor y of Scolla,nd,\\ith two Dissertations on... and on the supposée! Authenticity of Ossian's Poems. Londres, 1800. 2 vol. in-S.

2. Malcolm Laing, The Poems of Ossian, conlaininy; the Poetical Works of James Macpherson, in prose and verse. Londres, 1805, 2 vol. in-8.

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suspecte, fut définitivement conquis au camp ennemi par l'exposé de Laing. Ce dernier, d'autre part, se vit presque aussitôt combattu avec violence, et parfois ridiculisé. Un anonyme^ dès août 1804, avait répondu aux premières assertions de Laing dans le Lilerary Journal; et Mac- Donald, en 1805, reproduisit ces arguments au cours d'une longue Dissertation ', où parmi beaucoup de fatras (il remonte pour défendre Ossian à Ulphilas, aux Egyptiens, au déluge) on trouve le germe d'une saine méthode : il donne le texte de l'hymne au soleil tel qu'il l'a recueilli, dit-il, de deux vieillards différents, et sa traduction littérale en anglais *.0n cite aussi Patrick Graham, dont V Essai sur r authenticité d'Osslan parut en 1807. La controverse continue avec J. Grant % A, Stewart*, et d'autres certainement, dont le nom et l'œuvre m'ont échappé. Il faut se contenter ici des renseignements fragmentaires et souvent incomplets que donnent Ginguené, Villemain, B. Saunders, Stern, Smart et d'autres. Non seulement nous n'avons pas une histoire de la controverse ossianique, mais encore une simple bibliographie de la question fait défaut jusqu'ici.

Pendant les trois premiers quarts du xix" siècle, la controverse ossianique fut reprise assez fréquemment dans les principaux pays de l'Europe, mais sans que l'on apportât, pour ou contre, des arguments bien nouveaux. Tant que les celtisants ne prenaient pas la parole, le débat se poursuivait sans aboutir. On tirait surtout argument de l'examen interne des poèmes. Deux Irlandais, Drummond et O'Reilly, se partagèrent en 1829 le prix proposé pour cette question par l'Académie Irlandaise. L'Allemande Talvj, dans son essai sur Vin authenticité cl'Ossian \ donna un plaidoyer

1. Some of Ossian's lesser Poems rendered into verse... by Archibald M'Donald. Liverpool et Londres, 1805, in-8.

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