‹ Ossian, fils de Fingal, barde du 3e siècle; poésies galliquesChapitre 18 sur 64 · Î90 01 THON A · texte numérisé non relu

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réponds-moi, ne vois-tu pas mes larmes» ?

«AhîGaul, répondit-elle en soupirant,' pourquoi viens -tu à travers tant de mers chercher la malheureuse Oithona? Que n'aije pu mourir dans le secret et passer comme la fleur qui naît et meurt inconnue sur le rocher ! Pourquoi viens-tu recevoir mon dernier soupir ? J'expire au matin de ma vie, et l'on ne prononcera plus mon nom; ou l'on ne le prononcera qu'avec horreur, et mon père versera un torrent de larmes. Tu seras triste, fils de Morni, tu déploreras la perte de la gloire d'Oithona; mais elle dormira dans la tombe et n'entendra plus la voix et les gémissemens de son amant. Ah ! Gaul, pourquoi cs-tu venu dans cette île funeste»?

« Fille de Nuath, je viens combattre Ion ennemi : je le vois déjà mort.... ou Gaul périra. Si je succombe, élève mon tombeau sur ce rtfcher, et quand tu verras quelque vaisseau bondissant sur les flots, appelé à grands cris les fils de l'Océan'; appelé -les, et donne-leur celte épée : qu'ils la portent au généreux Morni, afin que ce vieillard cesse de tourner ses regards vers le désert dana l'espérance de voir revenir son fils ».

«Et tu crois, répliqua Oithona avec un

* Les matelots.

QÏTHOKÀ.

profond soupir, tu crois que je vivrai dans cette ile odieuse , quand le fils de Morni ne sera plus ! Mon cœur n est pas formé de ce rocher, et mon ame n'est pas insensible comme cette mer, qui soulève ses vagues à tous les vents, et roule avec indifférence dans le calme ou dans la tempête. Le même coup qui te renversera m* étendra dans la tombe. Fils de Morni, nous mourrons ensemble : oui , le trépas m est cher ; le tombeau a des charmes pour moi. Ile fatale,; jamais je ne quitterai tes rochers ».

«Lathmon venait de partir pour ta guerre : il allait combattre à côté de mon père sur les rochers de Dutormo. La nuit vint. J etais assise dans mon palais, à la clarté dun chêne embrasé. Les vents mugissaient dans la cime des arbres : j entends des armes retentir : je tressaillis de joie : je crus que c'était toi qui revenais de Morven. Hélas ! c'était le farouche Duromath ; U entre les yeux étincelans, son épée fumant encore du sang de mes amis : le cruel avait massacré tous ceux qui pouvaient défendre k malheureuse Oithona. Que pouvais-je faire? Mon faible bras ne pouvait lever la lance : il me saisit, et sourd à mes cris, il m'entraîne pleurante dans son vaisseau : il craignait le retour du brave Lathmon 4 du

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frère de la triste Oithona ; mais regarde , c'est lui , le voilà qui fend les flots de l'Océan : il vient environné de ses guerriers. Qu'ils sont nombreux! Fils de Morni, où porteras-tu tes pas? — Au combat, dit le héros en tirant son épée. Je n'ai jamais fui, et je commencerais à connaître la peur, quand tes ennemis s'avancent! Retire-toi dans cette caverne jusqu'à la fin du combat. Morlo , apporte les arcs de nos aïeux, et le carquois de mon père : que les trois guerriers qui nous accompagnent décochent les flèches , et nous , combattons avec la lance. Quelle foule de guerriers sur le rocher ! C'est une armée ; mais nos ames sont intrépides ».

Oithona se retire dans sa caverne : un rayon de joie luit au milieu du trouble de son arae, comme l'éclair trace un sillon de feu sur le nuage orageux : elle s'arrête au dessein qu'elle a formé : son œil devenu farouche n'a plus de larmes.

A l'aspect du fils de Morni, Duromath s'avançait à pas lents. Le mépris contractait son visage affreux; le sourire insultant était sur ses lèvres; son œil rougeâtre s'enfonçait sous l'épaisseur de ses noirs sourcils.

« D'où viennent ces étrangers, dit-il? Sontce les vents qui vous ont poussés sur les ro-

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chers de Tromathon, ou venez-vous enlever la belle Oithona? Malheur à ceux que rencontre le bras de Duromath. Moi, je n'épargne pas le faible ; j'aime à me baigner dans le sang de l'étranger é Oithona est pour moi un astre solitaire. Je jouis seul de sa beauté. Faible guerrier, prétends-tu troubler mon bonheur? Tu viens sans doute dans ce dessein : oui ; mais retourneras-tu dans le palais de tes pères » ?

«Tu ne reconnais donc pas le fils de Morni, lui répondit Gaul ? As-tu donc oublié le jour où tu fuyais lâchement devant moi, quand mon épée poursuivait l'armée de Lathmon sur les collines de Morven ? Duromath , tu me parles avec insolence; tu sens que tes

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crois-tu que leur nombre m'intimide? Je ne suis pas de la race des lâches ».

A ces mots, Gaul s élance : Duromath se cache derrière ses guerriers ; mais Gaul l'atteint avec sa lance, lui perce le flanc, et d'un coup d'épée lui tranche la tête au moment où elle se p enchait dans lamortTrois fois le fils de Morni saisit par les cheveux , et secoue celte tête sanglante. Lesguerriers de Duromathfuientépouvantés : les flèches de Morven les poursuivent; dix tombent et ensanglantent la mousse des rochers, Le reste court au vaisseau, il. i3

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déploie les voiles , et disparaît suï les mcfs* Gaul court aussitôt à la caverne d'Oithona; if aperçoit un jeune homme appuyé contre un rocher. Une flèche était enfoncée dans son sein et ses yeux éteints roulaient encore sous son casque. Le cœur deMorni fat attendri ; il s approche , et dit àu jeune guerrier ces paroles pleines de douceur :

« Malheureux jeune homme t la main de Gaul peut-elle te guérir ? Je connais les plantes de la montagne, j'en ai cueilli sur les bords des torrens solitaires. Souvent ma main ferma la blessure des braves , et leur bouche et leurs regards reconnaissans ont béni le fils de Morni. Quel pays habitaient tes aïeux? Sans doute ils furent illustres , jeune infortuné. Quel deuil dans ta patrie ! Tu péris à la fleur de tes ans. «Oui, répondit l'inconnu, mes parens sont illustres ; mais ils ne pleureront point ma mort : car ma gloire s'est évanouie comme la vapeur du matin. Un palais s'élève sur les bords de Duvranna , et y oit tes tours couvertes de mousse réfléchies dans les eaux du torrent. Il est dominé par un rocher chargé de sapins antiques : tu peux V voir dansce lointain ; c'est là que mon frère jiabite, il est renommé dans les combats; remets-lui ce casque brillant »,

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Le casque tombe des mains de Gaul à la vue d'Oithona, blessée et mourante. Elle avait pris dans la caverne l'armure d'un jeune guerrier, pour aller chercher la mort au milieu des combattans : elle ouvre à peine ses yeux appesantis ; le sang coule encore de sa blessure.

. «Fils de Morni, dit -elle, prépare ma tombe; le sommeil de la mort s'empare de mon ame; les yeux d'Oithona se couvrent de nuages.- Ah ! que n'ai-je pu rester à Duvranna ! J'aurais joui de ma gloire ; mes jours auraient coulé dans la joie, et mes jeunes compagnes auraient béni mes pas. Mais hélas ! mon cher Gaul, je péris à la fleur de l'âge, et mon père dans sa demeure rougira de sa fille ».

Elle tombe pâle et sans vie sur le rocher de Tromathon. Le héros élève en pleurant son tombeau. Il revint dans sa patrie ; mais nous nous aperçûmes de sa profonde tristesse. Je pris la harpe , et je chantai les louanges d'Oithona : la joie reparut sur le visage de Gaul ; mais il soupirait souvent au milieu de ses amis ; ainsi quand la tempête est passée, les vents encore par intervalles agitent les airs.

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