‹ Ossian, fils de Fingal, barde du 3e siècle; poésies galliquesChapitre 20 sur 64 · CHÔMA · texte numérisé non relu

CHÔMA

père était le premier des mortels; mais Crothar n'était pas non plus sans gloire. Le roi de Morven loua mon courage et piaf a sur mon bras le bouclier de Calthar , qu'il avait tué dans la guerre. Ne le vois-tu pas suspendu à cette voûte ? Hélas ! mes yeux ne peuvent plus le voir, Ossian, as-tu la force de ton père ? Laisse-moi toucher ton bras ». J'obéis à son désir; ses mains tremblantes touchèrent mon bras : il soupire ; il pleure ; * Mon fils, me dit-il , tu es robuste ; mais non pas autant que le roi de Morven ; mais qui est semblable à ce héros ? Qu'on préparé ma fête ; que nos bardes chantent. Amis , c'est un héros que vous voyez aujourd'hui dans mon palais».

On prépare la fête. Les harpes résonnent. La joie règne dans les palais ; mais cette joie bruyante ne fait que couvrir la douleur qui habite au fond des cœurs. C'est le faible et pâle rayon de la lune qui effleure un nuage épafo, sans le pénétrer» Les chants cessent. Le roi de Croma élève' la voix : il me parle sans verser une larme ; mais ses sanglots interrompent cent fois ses paroles. « Fils de Fingal, ne remarques-tu pas la tristesse qui règne dans mon palais ? Je n'étais pas triste Ôahs mçs fêtes , quaud mes guerriers vivaient*

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Je me réjouissais avec les étrangers , quand mon fils était près de moi ; mais il a disparu cet astre naissant , et n'a laissé derrière lui aucune trace de lumière. Il est mort , ce jeune héros, en combattant pour son père !

Le chef de Tromio, Rothmar, apprit que j'étais aveugle , et que mon bras affaibli était oisif. Son ambition s éveille ; il vient à Groma ; mes guerriers tombent sous ses coups. Indigné , je prends mes armes ; mais faible , privé de la vue, que pouvait Crothar? Mes pas erraient au hasard dans mon palais. Je m'abandonnais à ma douleur. Je rappelais par de vains désirs les jours heureux de ma jeunesse t ces jours où je combattais , où je triomphais dans le champ du carnage. Mon fils (2) revint de la chasse : son bras trop jeune encore , to avait pas levé l'épée dans le combat ; mais son cœur était magnanime , et le feu de la valeur brûlait dans ses yeux. Il vit le désordre et les pas chancelans de son père. Je l'entendis soupirer : « Mon père , me dit-il, est-ce ma faiblesse qui t'afflige? Gémis-tu de n'avoir point de fils qui puisse te défendre ? Mon père, je commence à sentir la force de mon bras. Déjà j'ai tiré l'épée, et déjà je sais bander l'arc. Permets que j'aille attaquer ce fier Rothmar; permets-le moi/ ô mon père» je.

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sens brûler mon cœur. Oui, tu le combattras; lui répondis-je, va ; mais que les autres guerriers marchent devant toi, afin que si mes yeux ne peuvent te voir revenir vainqueur , je puisse du moins entendre ta marche triomphante.

Il part , il combat , il meurt. L'ennemi s'avance vers mon palais : le meurtrier de mon fils approche à la tête de son armée »!

« Ce n est pas ici le temps , dis-je alors à Crothar , de remplir la coupe de la joie ». A ces mots je prends ma lance ; mes guerriers virent mes yeux lancer la flamme , et se levèrent autour de moi. Nous marchâmes toute la nuit sur la colline. Au retour de la lumière, une vallée étroite et couverte de verdure se découvre devant nous. Sur les bords du ruisseau qui l'arrose , nous reconnaissons les guerriers de Rothmar à l'éclat de leurs armes. Nous les surprenons dans le vallon: ils fuient : Rothmar périt de ma main. Le soleil n'était pas encore descendu vers le couchant, lorsque je revins présenter à Cror thar les armes de son ennemi. Le vieillard voulut les toucher de ses mains , et ia joie reparut sur son visage.

Les guerriers se rassemblent dans le palais : la fête recommence : la coupe de la victoire

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est vidée à la ronde : cinq bardes s'avancent et chantent tour à tour les louanges d'Ossian: tout le feu de leur ame passait dans leurs' chants , et dix harpes accompagnaient leurs voix. Le retour de la paix répandait l'allégresse dans Croma. La nuit vint sans troubler la douce sécurité, et Ton vit sans alarmes reparaître l'aurore. Nul ennemi ne fit briller sa lance dans les ténèbres. Tout le pays était dans la joie : Rothmar n'était plus.

J'élevai ma voix pour chanter le fils de Crothar , tandis qu'on le portait à sa dernière demeure. Son père était présent : on ne l'entendit point soupirer : sa main cherchait la blessure 4e son fils. Il la trouvé au Cœur. La joie éclate sur son visage : il vint à moi et me dit :

« Félicite-moi , Ossian ; mon fils n'est pas mort sans gloire. Le jeune guerrier n'a pas fui : il a rencontré la mort, mais en face. Heureux ceux qui meurent dans leur jeunesse , quand tout retentit du bruit de leurs noms ! L'homme faible et lâche ne les verra point vieillir dans leur demeure : il n'insultera point par un sourire à leurs mains tremblantes. Leur mémoire est célébrée dans les chants. Les larmes des jeunes filles coulent pour eux; mais les vieillards déclinent par

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degrés/ et voient la renommée de lenr jeunesse se perdre dans l'oubli : ils tombent dans le secret : ils n'ont plus de fils pour les pleurer. La joie environne leur tombe , et la pierre qui doit conserver leurs noms est posée sans larmes. Oui , heureux ceux qui meurent dans leur jeunesse environnés de toute leur gloire {

Vil* DU POEME DE CAO&U»

CROMA.

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