LE FILS D'ALPIN
Ossian , j'ai passé près des murs antiques de Tar-Lutha (3). La fumée ne s1 élevait plus de la salle des fêtes : les cris de la chasse avaient cessé ; un morne silence régnait dans les bois de la colline. J'ai vu les filles de Lutha qui revenaient un arc à la main. Je leur ai demandé où était Malvina : elles ont tourné la tête sans me répondre , et leur beauté paraissait couverte d un voile de tristesse : telles dans la nuit s'obscurcissent les étoiles , lorsque leur lumière s'éteint dans un humide brouillard.
OSSIAN
Repose en paix , fille du généreux Toscar. Astre charmant, tu n as pas brillé long-temps sur nos montagnes. Belle et majestueuse, au moment où tu as disparu , tu ressemblais à la lune quand elle réfléchit son image tremblante sur les flots ; mais tu nous as laissés dans une affreuse obscurité. Nous sommes assis près
BERRÀTHON» 209
du rocher, au milieu dun vaste silence , et sans autre lumière que celle des météores. Astre charmant, tu as bientôt disparu !
Mais , semblable au point brillant qui part de l'orient, tu t'élèves dans les airs ; tu vas rejoindre les ombres de tes aïeux, tu vas t'asseoir avec eux dans le palais du tonnerre (4). Un nuage domine la montagne de Cona ; ses flancs azurés touchent au firmament ; il s élève au-dçssus de la région où soufflent les vents : c'est là qu'est la demeure de Fingal. Le héros est assis sur un trône de vapeurs , sa lance aérienne est dans sa main. Son bouclier , à demi-couvert de nuages, ressemble à la lune, quand la moitié de son globe est encore plongée dans Tonde, et que l'autre luit faiblement sur la campagne. Les amis de Fingal sont assis autour de lui sur des sièges de brouillard ; ils écoutent les chants d'Ullin. Le barde touche sa harpe fantastique , et élève sa faible Ivoix. Les héros, moins distingués, éclairent de mille météores le palais aérien. Au milieu d eux, Malvina s'avance en rougissant : elle contemple les visages inconnus de ses ancêtres , et détourne ses yeux humides de pleurs.
«Pourquoi, lui dit Fingal, pourquoi vienstu sitôt parmi nous, fille du généreux Toscai ? 11. t4
2IO BERRÀTHON.
Quel deuil dans le palais de Lutha ! quelle douleur pour la vieillesse de mon fils (5)! J'entends le zéphir de Cona , qui se plaisait à soulever ton épaisse chevelure. Il vole à ton palais , tu n'y es plus ; il gémit entre les armes de tes aïeux. Etend tes ailes frémissantes , ô zéphir , va soupirer sur le tombeau de Malvina. Il s'élève au pied de ce rocher sur les bords du torrent bleuâtre de Lutha. Les jeunes filles qui chantaient à l'entour se sont retirées. Toi seul, ô zéphir, y fais entendre tes plaintes.
Mais qui part du sombre occident , porté sur un nuage ? Un sourire semble animer les traits obscurs de son visage: sa chevelure dô brouillard flotte sur les vents , il se penche sur sa lance aérienne. O Malvina? c'est ton père : « Pourquoi, dit-il, pourquoi brilles-tu sitôt sur nos nuages, astre charmant de Lutha? Mais tu es triste , ô ma fille : tu as vu disparaître tous tes amis. Une race (6) dégénérée nous remplace dans nos palais , et de tous ces héros il ne reste plus qu'Ossian.
Eh quoi, tu te souviens d'Ossian, illustre Toscar (7) ? Qui pourrait compter les combats de notre jeunesse ? Nos épées moissonnaient ensemble dansle champ de bataille : nous tombions sur l'ennemi, comme deux rochers qui
BERRATHON. ai*
se détachent du sommet de ta montagne, et les fils de l'étranger disparaissaient : Voilà les guerriers de Cona, s'écriaient-ils en fuyant, jamais ils ne combattent sans vaincre. Approche , fils d'Alpin, prête l'oreille aux chants du vieillard : les actions des siècles écoulés $ont gravées dans mon ame, ma mémoire dissipe les ténèbres qui couvrent le passé : elle fait revivre les exploits qui illustrèrent le vaillant Toscar, quand nous voguions ensemble sur l'abîme des mers. Approche , fils d'Alpin , écoute les derniers accens du chantre de Cona (8).
Fingal, commande, je déploie mes voiles, et Toscar, chef de Lutha , traversa avec moi les plaines de l'Océan» Noqs dirigeâmes notre course vers l'île de Berrathon. La mer qui l'environne , est sans cesse agitée par la tempête, c'est là qu'habitait le généreux Larmor, courbé sous le poids des années. : il avait donné des fêtes à Fingal, quand ce héros vint au palais de Starno disputer le cœur d'Agan- 4ecca(9). Uthal, si fier de sa beauté, l'amour de toutes les belles, Uthal, fils de Larmor, voyant son père accablé de vieillesse, le chargea de chaînes, et usurpa son palais.
Le vieillard languit long-temps dans une caverne sur le rivage de ses mers. Le jour
212 BERRATHON.
naissant ne pénétrait point dans cette sombre demeure. Un chêne embrâsé ne l'éclairait point pendant la nuit : on y entendait lefc mugissemens des vents de Y Océan : l'antre obstur ne recevait que les derniers rayons de la lune à l'horizon , et Larmor voyait luire l'étoile rougeâtre au moment où elle tremble en se plongeant dans les flots de l'occident.
Snitho, le compagnon de la jeunesse de Larmor, vint au palais de Fingal, il lui raconta les malheurs du roi de Berrathon. Fingal s'en indigna : trois fois il porta la main à sa lance, résolu d'étendre son bras vengeur sur le perfide Uthal: mais le souvenir de ses exploits se réveille dans soname etl'arrête (io)r il ordonne à son fils et à Toscar de partir. Nous étions transportés de joie en traversant les flots : nos mains impatientes se portaient sans cesse à nos épées à demi-tirées, car jamais encore nous n'avions combattu seuls* La nuit descendit sur l'Océan, les vents se taisaient , la lune pâle et froide roulait dans les cieux, les étoiles levaient leurs têtes étincellantes. Nous vogâmes quelque temps le long de la côte de Berrathon ; les vagues blanchissantes se brisaient contre les rochers..
« Quelle est, me dit Toscar , cette vojx qui se mêle au bruit des flots ^ elle est douce x
B ERR AT H OK, 2l3
mais triste ? Est-ce la voix de l'ombre d'un barde? Mais j'aperçois une fille seule, assisç sur un rocher, sa tête penchée sur son bras de neige , les cheveux épars et flot tans. Ecoutons, fils de Fingal, écoutons ses chants; ils sont agréables comme le gazouillement du/ ruisseau de Lavath ». Nous approchâmes à la faveur de la clarté silencieuse de la lune , et nous entendîmes cette complainte:
«Jusqu'à quand roulerez-vous autour de mov sombres vagues de F Océan ? Ma demeure n a pas toujours été dans un antre profond, au pied d'un chêne gémissant : il fut un temps où je m'asseyais aux fêtes du palais de Tor- Thoma; mon père se plaisait à entendre m$ voix ; les jeunes guerriers suivaient des yeu$ ma démarche gracieuse , et bénissaient la belleNina. Tu vins alors, mon cher Uthal (i i); tu me parus beau comme le soleil ; les cœurs de toutes les jeunes filles sont à toi, fils du généreux Larmor; mais pourquoi me laisses* tu seule au milieu des flots ? mon ame a-telle médité ta mort? Ma faible main a-t-elle levé le fer contre toi? Mon cher Uthal, pourquoi m abandonnes-tu » ?
Je ne pus entendre les plaintes de cette infortunée, sans répandre des pleurs : je mé présentai devant elle couvert de mes armes, et
2l4 BERRÀTHON.
je lui dis avec douceur : « Aimable habitante de cette caverne, pourquoi soupires -tu?
Veux-tu qu'Ossian lève fépée pour ta défense? Veux -tu qu'il détruise tes ennemis. Fille deTor-Thoma lève-toi, j'ai entendu tes plaintes touchantes. Les enfans de Morven t'environnent : toujours ils protégèrent le faible : viens dans notre vaisseau, fille plus belle que cette lune qui brille à son couchant; viens, nous dirigeons notre course vers les rochers de Berrathon, vers les murs retentissans de Finthormo ». x
Elle nous suivit : sa démarche développait toutes ses grâces. La joie reparut sur son beau visage ; ainsi quand, au printemps , les ombres qui couvraient la campagne sont dissipées, les torrens azurés brillent dans leurs cours, et l'épine verdoyante se penche sur leurs ondes.
Le jour renaît, nous entrons dans la baie de Rothma. Un sanglier s'élance de la forêt, ma lance lui perce le flanc. Je me réjouis en voyant couler son sang, et je prévis Facroissement de ma gloire (12). Mais déjà la colline de Finthormo retentit sous les pas des guerriers d'Uthal; ils se répandent dans la plaine, et poursuivent les sangliers. Uthal s'avance à pas lents, fier de sa force et de sa
BERRATHOK. 2l5
beauté. Il lève deux lances affilées. Sa terrible épée pend à son côté. Trois jeunes guerriers portent ses arcs polis : cinq dogues légers bondissent devant lui. Ses guerriers le suivent à quelque distance, et admirent sa démarche altière. Bien n égalait ta beauté, fils de Larmor ; mais ton ame était sombre comme la face obscure de la lune , quand elle annonce la tçmpête.
Uthal nous aperçoit sur le rivage, il s'arrête; ses guerriers se rassemblent autour de lui. Un barde en cheveux blancs s'avance vers nous. « D'où sont ces étrangers , dit-il ? Ils sont nés dans un jour malheureux, ceux qui viennent à Berrathon braver la force d'Uthal: il ne prépare point des fêtes dans son palais pour recevoir les étrangers; mais leur sang rougit les ondes de ses torrens. Si vous venez de Selma, du palais antique deFingal, choisissez trois de vos jeunes guerriers pour aller lui porter les nouvelles de l'entière destruction de son peuple. Peut-être il viendra luimême; son sang coulera sur l'épée d'Uthal, etla gloire deFinthormo s'élèvera comme un jeune arbre, l'honneur du vallon ».
«Non, jamais, répliquai-)e en courroux.
Ton roi fuira devant Fingal. Les yeux du roi de Morven lancent les foudres dç la mort ; il
-l6 BERRÀTHON.
s'avance , et les rois ne sont plus. Le souffle de sa rage les fait rouler au loin, comme des pelotons de brouillards. Tu veux que trois de nos jeunes guerriers aillent annoncer à Fingal que son peuple a péri, ils iront peut-être ; mais du moins ils lui dirontque son peuple a péri avec gloire».
J'attendis l'ennemi de pied ferme. Près de moi Toscar tire son épée : l'ennemi vient comme un torrent ; les cris confus de la mort s'élèvent; le guerrier saisit le guerrier; le bouclier choque le bouclier; l'acier mêle ses éclairs aux éclairs de l'acier; les dards sifflent dans l'air ; les lances résonnent sur les cottes d'armes, et les épées rebondissent sur les boucliers rompus. Tel au souffle impétueux des vents gémit un bois antique, quand mille ombres irritées rompent ses arbres au milieu de la nuit.
Uthal tombe sous mon épée, et les enfans de Berrathon prennent la fuite ; à l'aspect de sa beauté, je ne pus retenir mes larmes. «Tu es tombé, m'écriai-je, ô jeune arbre, et ta beauté est flétrie. Tu es tombé dans tes plaines, et la campagne est triste et dépouillée. Les vents du désert soufflent; mais l'on n'entend plus frémir ton feuillage. Fils du généreuxLarmor, tu es beau, même dans les bras de la mort ».
BERRATHON. 217
Nina, assise sur le rivage, écoutait le bruit du combat. Lethmal, vieux barde de Selma, était resté près d'elle : « Vénérable vieillard, lui dit-elle en tournant sur lui ses yeux humides de larmes, j'entends le rugissement de la mort. Tes amis ont attaqué Uthal, et mon héros n'est plus. Ah ! que ne suis-je restée sur mon rocher, au milieu des vagues de T Océan : mon ame serait accablée de douleur ; mais le bruit de sa mort n'aurait pas frappé mon oreille. Es-tu tombé dans tes plaines , aimable souverain de Finthormo ? Tu m'avais abandonnée sur un rocher ; mais mon ame était toujours pleine de ton image. Uthal, es-tu tombé dans tes plaines» ?
Elle se lève pâle et baignée de larmes; elle voit le bouclier d'Uthal couvert de sang; elle le voit dans les mains d'Ossian ; elle vole éperdue sur la plaine; elle vole; elle trouve son amant ; elle tombe : son ame s'exhale dans un soupir : ses cheveux couvrent le visage de son amant. Je versai uni torrent de larmes : j'élevai un tombeau à ce couple malheureux, et je chantai :
« Reposez en paix, jeunes infortunés, reposez au murmure de ce torrent. Les jeunes filles en allant à la chasse verront votre tombeau, et détourneront leurs yeux. Vos noms
2ï8 BERRATHON.
vivront dan» les chants des bardes ; ils tou-
cheront à votre gloire leurs harpes harmonieuses : les filles de Selma les entendront, et votre renommée s'étendra dans les contrées lointaines : dormez en paix, jeunes infortunés, dormez au murmure de ce torrent ».
Nous restâmes deux jours sur la côte. Les héros de Berrathon s'y rassemblèrent. Nous conduisîmes Larmor à son palais : on y prépara la fête. Le vieillard faisait éclater sa joie. Il ne se lassait point de regarder les armes de ses aïeux , ces armes antiques qu'il avait laissées dans spn palais, quand il en fut arraché par l'ambitieux Uthal. Nos louanges furent chantées en présence de Larmor : il bénit lui-même les héros de Morven : il ignorait que le superbe Uthal, son fils, avait péri dans le combat : on lui dit qu'il s'était enfoncé dans l'épaisseur de la forêt pour cacher sa douleur et ses larmes ; mais, hélas ! il était muet sous la tombe, au milieu de la bruyère de Rothma. * \ . . .
Le quatrième jour nous déployâmes nos voiles au souffle favorable du nord. Larmor vint sur le rivage ; ses bardes le suivaient en chantant : il regardait avec j oie la vaste bruyère de Rothma (i 3). Il aperçoit un tombeau ; le souvenir de son fils se réveille aussitôt dans
BERR A THON. 2ig
son cœur : « Quel est celui die mes guerriers qui est couché dans cette tombe ? Il paraît qu'il fut roi. Etait-il renommé parmi mes guerriers ayant la révolte de l'orgueilleux Uthal? Enfans de Berrathon, vous gardez lç silence ! Le roi des héros n'est -il plus? O mon cher Uthal, quoique ta main se soit armée contre ton père, ta mort déchire mon cœur. Que ne suis- je resté dans mon antre obscur ! Mon fils habiterait encore le palais de Finthormo : j'entendrais le bruit de ses pas, quand il poursuivrait le sanglier dans la plaine. Sa voix aurait pu,\sur les vents, parvenir jusqu'au fond de ma caverne, et mon ame alors eût goûté quelque joie : mais la tristesse va pour jamais habiter mon palais ».
«Tels étaient mes exploits, fils d'Alpin,' quand mon bras avait la vigueur delà jeunesse. Telles étaient les grandes actions de Toscar; maisToscar est maintenant sur le nuage qui vole dans les airs , et je suis resté seul à Lutha. Ma voix est comme le bruit mourant des vents , quand ils abandonnent les forêts ; mais Ossian ne sera pas longtemps seul : il voit la vapeur qui doit reee* voir son ombre : il voit le brouillard qui doit former sa robe, quand il apparaîtra sur ces collines. Nos faibles descendans me verront,
220 BERRATHON.
et admireront là haute stature des héros du temps passé : ils se cacheront dans leurs grottes, et ne regarderont le ciel qu'en tremblant : car je marcherai dans les nuages, et les orages rouleront autour de moi ».
« Conduis, fils d'Alpin, conduis le vieil-: lard dans les bois. Les vents se lèvent : les sombres flots du lac frémissent. Ne vois-tu pas un arbre dépouillé de ses feuilles se pen? cher sur la colline de Mora ? Oui , fils d' Alpin f il se penche au souffle des vents bruyans. Ma harpe est suspendue a une branche desséchée. Ses cordes rendent un son. lugubre* Est-ce le vent , ô ma harpe, ou quelque om-* bre qui te touche en passant? C'est sans doute,* l'amant de Malvina.... Mais apporte -moi ma harpe, fils d'Alpin. Je veux chanter encore.
le départ de mon arae. Mes aïeux les entendront dans leurs palais aériens. La joie brillera sur leurs feces obscures ; ils se penche-» ront sur le bord de leurs nuages ; ils étendront les bras pour recevoir leur fils ». (i 4) Un chaîne antique et revêtu de mousse ^e penche et gémit sur le torrent. La fougère flétrie gémit auprès, et ses longues feuilles ondoyantes se mêlent aux cheveux blanc»
d'Ossian. Essaye ta harpe, Ossian, et corn-?
BE RRÀTHON. 22t
mence tes chants : approchez, ô vents, et déployez toutes vos ailes ; portez mes tristes accens jusqu'au palais aérien de Fingal , qu'il puisse entendre encore la voix de son fils,la voix du chantre des héros. Le vent du nord ouvre tes portes, ô Fingal; je te vois assis sur les vapeurs, au milieu du faible éclat de tes armes. Tu n es plus la terreur des braves.
Ta substance n'est qu'un nuage pluvieux, dont le voile transparent nous laisse voir les yeux humides des étoiles. Ton bouclier est comme la lune à son déclin : ton épée est une vapeur à demi-enflammée ; qu'il paraît sombre et faible, ce héros qui jadis marchait si brillant et si fort ! *
Mais tu te promènes sur les vents du désert, et tu tiens les noires tempêtes dans ta main. Dans ta colère tu saisis le soleil, et tu le caches dans tes nuages (i5). Les enfans des lâches tremblent, et mille torrens tombent du ciel. .
Mais quand tu t'avances calme et paisible, le zéphir du matin accompagne tes pas. Le soleil sourit dans ses plaines azurées : le ruisseau plus brillant serpente dans son vallon: les arbrisseaux balancent leurs têtes fleuries^ et le chevreuil bondit gaiement vers la forêt. IJn bruit sourd s élève dans la bruyère \ les
222 BE BRATHON.
vents orageux se taisent. J'entends la voix de Fingal, cette voix qui depuis si long -temps n'a frappé mon oreille :« Viens , me dit-il, viens Ossian, il ne manque rien à la renommée de Fingal. Nous avons brillé un moment comme des flammes passagères; mais nous avons quitté la vie comblés de gloire. Quoiqu'un éternel silence règne dans les plaines où nous avons vaincu, notre renommée vit dans nos tombeaux : la voix d' Ossian s est fait entendre , et sa harpe a fait retentir les voûtes de Selma. Viens, Ossian, viens». ..A ces mots, Fingal s envole avec ses aïeux au milieu des nuages.
Oui, je vais te rejoindre, ô Roi des héros: la vie d'Ossian touche à son terme. Je sens que bientôt je vais disparaître; bientôt l'on ne verra plus la trace de mes pas dans Selma. Je vais m'endormir près du rocher de Mora, et les vents sifflans dans mes cheveux blancs ne m'éveilleront plus. O vents, que vos ailes légères vous emportent loin de ces lieux: vous ne pouvez plus troubler le repos du barde, ses yeux s'appesantissent. La nuit sera longue... retirez-vous, vents impétueux.
Mais, fils de Fingal, pourquoi cette tristesse , pourquoi ce nuage sur ton ame ? Les héros des temps anciens ne sont plus, et leur
BERRÀTHON. 323
renommée a péri avec eux. Les enfans des siècles à venir passeront, une race nouvelle les remplacera : les hommes se succèdent comme les flots de l'Océan, ou comme les feuilles des bois de Morven. Desséchées, elles volent au souffle des vents; mais bientôt on voit reverdir un feuillage nouveau.Ta beauté, ô Ryno a-t-elle été durable? Ta force, mon cher Oscar, a-t-elle résisté au temps? Fingal lui-même n'a-t-il pas succombé , et les salles de ses aïeux n'ont-elles pas oublié l'empreinte de ses pas? Et toi, barde décrépit, tu resterais sur cette terre d'où les héros ont disparu ! Non , mais ma gloire restera ; elle y croîtra comme le chêne de Morven, qui oppose sa large tête à l'orage , et se rit des efforts des vents.
* Fils de Fingal , voyez le poème suivant.