CARRIL
« Alcléta, mère vénérable de Calmar, pourquoi tes regards tournent-ils sans cesse vers le désert » ?
Ainsi chantait Carril. Cuchullin se couche n. 18
sur son bouclier , les bardes se reposent sur leurs harpes, et le sommeil descend doucement sur l'armée. Le fils de Semo veillait seul ; son ame était occupée de la disposition de la bataille. Les chênes embrasés commençaient à s éteindre èt ne jetaient plus qu'une lueur rougeâtre. Une voix faible murmure à son oreille ; Vombre de Calmar lui apparaît portée sur un rayon. Son flanc paraît ouvert par une large blessure, ses cheveux flottent en désordre : une sombre joie se peint sur son visage ; il semble inviter Cuchullin à le suivre dans le tombeau.
« Fils de la nuit , dit le chef d'Erin en se levant , ombre de Calmar, pourquoi baissestu sur moi tes sombres regards ? Fils de Matha, crois-tu m'effrayer et m'empêcher de combattre pour Cormac? Ton bras n'était pas faible dans les combats , et ta voix ne mendiait pas la paix. Que tu es changé, chef de Lara, si maintenant tu me conseilles de fuir !. . . Calmar, je n ai jamais fui, je n'ai jamais craint les ombres errantes dans le désert. Leurs connaissances sont bornées, leurs bras sont sans
force et leur demeure est dans les vents
Mon ame s'agrandit dans les dangers, et le bruit des armes réjouit mon cœur. Retire toi, tu n'es point l'ombre de Calmar; les combats
DE (CUCHULllN. £?5
faisaient ses délices , et son bras ressemblait à la foudre du ciel ».
L'ombre se retire etparaît satisfaite d'avoir entendu «es louanges. Déjà le pâle rayon du matin commence à luire.' Le bouclier de Caïrbar retentit au loin > les guerriers d'UUin 6e rassemblent. Lie cri de la guérre se fait en-* tendre sur les rives du Lego : Torlath arrive.
« Pourquoi, dit-il à Cuchullin, viens-tu avec ton armée? Je connais la force de ton bras ; ta valeur est un feu que rien ne peut éteindre : pourquoi né combattons-nbùs pas l'un contre l'autre dans la plaine , tandis que nos guerriers seront spectateurs de nos exploits? Qu'ilsobserventnotrecombat, comme les matelots effrayés regardent, en s'éloignant de toutes leurs forces, les vagues lutter avec fracas au pied d'un rocher ».-^« Ta présence comme celle du soleil réjouit mon cœur , répondit le fils de Semo. Ton bras est fort, ô Torlath» et bien digne de ma valeuï. Retirezvous, guerriers d'Ullin , sur lës flancs de Slimora ; regardez le chef d'Erin. Voici lé jour de sa gloire. Carril , si Cuchullin succombe , dis à Connal que j'ai maudit les vents qui le retiennent à Togorma. Il combattit toujours à mes côtés, et partagea mes dangers et ma gloire. Carril , que son épée soit
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devant le jeune Cormac , comme un rayon du ciel , et que ses conseils se fassent entendre dans Temora au jour du danger.
Guchullin s élance, en agitant ses armes sonores. On croit voir l'esprit terrible de Loda (6), lorsqu'il vient au bruit de mille orages, et que ses yeux lancent les feux de la guerre : il est assis sur un nuage au-dessus des mers de Loclin : sa main puissante est sur son cpée , et les vents agitent sa chevelure enflammée. Tel et non moins terrible au jour de sa renommée s avançait Cuchullin* Torlath périt de sa main ; les héros de Lego pleurent çt se rassemblent autour de leurs chefs. Mille épées brillent à la fois , mille flèches volent, mais Cuchullin est un rocher au milieu des vagues impuissantes. Une foule de guerriers tombent sous ses coups , il marche dans le sang. La colline de Slimora retentit du bruit du combat. Les enfant d'Ullin marchent au secours de leurs chefs. La bataille ensanglante les rives du Lego. Le chef d'Erin triomphe.
Il revenait vainqueur. . . . Mais la pâleur détend sur son visage et en efface la joie ; il roule ses yeux dans un morne silence ; son epee nue vacille dans sa main, et sa lance s'abaisse à chaque pas qu'il fait. « Carril , dit tout
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bas le héros, je sens que mes forces m* abandonnent; mes jours vont s engloatir dans le passé, et l'aurore né se lèvera phis pour moi; mes amis me chercheront dans Temora, et ne me trouveront plus. Cormac pleurera dans son palais et dira, où est le chef de Tura? Mais je meurs avec gloire, et mon nom vittfa dans les chants des bardes; le jeune guerrier se dira : 0 puissé-je mourir comme Cuckullin! la gloire V environna sans cesse comme une robe ècla* tante, et sa renommée S'étend àu loin. Càrril , arrache le trait qui est enfoncé dans iha côte : place Cucbttliitt sous cet arbre : pose près de moi le bouclier de Caïrbar, afin qu'on me voie au milieu des armes de mes pères ».
Il n'est donc plus, le fils de Semo, s écria Garril en soupirant! La tristes/se règne datis les mur £ de Turà, et la douleur habite Buris-* car. Ton épouse, dans sa jeuhédse, reste seule avec ton fils (7) : il courra vers sa mère, et lui demandera pourquoi elle pleure. H lèterâ les yeux £ la voûté de son palais , il verra i'épée de son père : À qui est cette épie? dira-» t41; et ces mots déchireront lame de saïtière... Mais quel est le héros qui s'avânce, semblable dans sa marche légère et bruyante au Cerf du désert?... Se» yeux égarés cherchent son ami : Connal , fils de Colgar, où étais-tu quand le
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héros est tombé? Les mers de Togorma tontelles retenu? Le vent du midi soufflait-il dans tes voiles? Les braves ont péri dans le combat, et tu n'y étais pas! Que nulle voix ne porte cette nouvelle à Selma; Fingal sera acçablé de tristesse, et ses guerriers vont répan^ dre bien des larmes.
Près des flots du Lego on élève la tombe du héros, on place à quelque distance Luat (8), çon, dogue fldèle , son compagnon à la chasse.
(9) Paix ^ ton aime, fils de Semo; tu fus redoutable dans la guerre. La terreur t'accompagnait, et la mort marchait toujours derrière ton épée; paix éternelle à ton ame, fils de Semo, chef illustre de Dunscar. Tu n as point péri par l'épéç de ton ennemi. Ton sang poini rougi la ta^nce du brave, une flèche a fendu l'air» eU'aiguillon de la mort t'a percé ; mais le guerrier dont la faible main décocha le trait fatal , ne s'en est pas aperçu. Paix à ton. pmfere , roi dç l'île des brouillards,
Les braves sont dispersés dans Temora; Cormac est seul dans son palais. Ce jeune roi pleure et gémit. Il ne te voit point revenir ; il n'entend plus le son de ton bouclier, et ses ennemis l'environnent. Goûte un doux repos dans t;a caverjip, vaillent chef des guerriers d'Erin,
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Bragela n'espère plus ton retour : elle ne prend plus les vagues écumantes pour les voiles de tes vaisseaux ; elle ne vient plus sur le rivage prêter Foreille pour entendre les cris de tes rameurs ; elle est assise dans son palais , les yeux attachés sur les armes de l'époux qu elle a perdu. Tes beaux yeux sont remplis de larmes, aimable fille de Sorglan.
Que ton ame soit heureuse parmi les ombres des morts, souverain du sombre Cromla,