SU LM ALLA
Cathmor, quand il quitta sa patrie pour venir combattre dans l'île d'Ithorno. Deux rois s y faisaient alors une guerre sanglante, Culgorm et Surandronlo. Chasseurs renommés, ils étaient venus l'un et l'autre de leurs îles poursuivre les sangliers d'Ithorno (3). Ils en trouvèrent un au bord d'un torrent ; chacun d'eux le perça de sa lance , et ils se disputèrent l'honneur de l'avoir abattu; une guerre affreuse s élève, ils envoient d'île en île une
lance rompue et teinte de sang, pour engager les amis de leurs familles à prendre les armes. Cathmor vint de Bolga et se rangea parmi les guerriers de Culgorm; moi, je secourus Surandronlo.
Nous nous rangeons sur les deux rives du torrent qui rtigissait au milieu de la bruyère desséchée. Des masses de rochers brisés l'environnent et penchent leurs forêts sur les vallons ; près de là sont deux enceintes consacrées à l'esprit de Loda , et la pierre du pouvoir (4) où les esprits descendent pendant la nuit au milieu des éclairs. C'est là que les vieillards mêlant leurs voix au murmure des ondes, appèlent les fantômes de la nuit et implorent leur assistance dans les combats ; tranquille et sans inquiétude, je me tenais avec mes guerriers près du torrent. La lune rou-
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geâtre montait au-dessus de la montagne. J'élevais de temps en temps ma voix; le jeune Cathmor entendit mes chants sur la rive opposée. Il était couché sous un chêne , et je voyais reluire ses armes redoutables. Le jour paraît : nous volons au combat : le carnage s'étend d'une aile à l'autre. Les guerriers tombent comme les faibles roseaux brisés par les vents d'automne.
Je m'avance en agitant mes armes. J'engage le combat avec un chef. Déjà nos boucliers > v sont percés, l'acier de nos cottes d'armes retentit sous les coups , le casque de mon adversaire tombe. Il paraît dans toute sa beauté : ses yeux brillaient du feu le plus doux, et ses cheveux épars volaient autour de son visage. Je reconnus le roi d'Atha : je )€tai ma lance sur la terre. Nous nous quittâmes en silence et nous mêlâmes dans la foule des combattans pour chercher d'autres, ennemis.
Ce ne fut pas ainsi que se termina la querelle de Culgorm et de Surandronlo. Semblables à deux ombres irritées qui se battent sur les ailes des vents, ils fondent l'un sur l'autre ; chacun d'un coup de lance perce le cœur de son adversaire. Un rocher les reçoit dans leur chute à demi-renversés et morts ;