‹ Ossian, fils de Fingal, barde du 3e siècle; poésies galliquesChapitre 39 sur 64 · THAT H AL · texte numérisé non relu

THAT H AL

déjà touché l'esquif. Trathal s'y jette, et le tourne contre les guerriers de Colgul. Maid un coup de vent le chasse en pleine mer , et il tressaille de joie au milieu de sa gloire.

L'épouse de Trathal était restée dans sa demeure. Deux enfans aimables élevaient audessus de ses genoux leurs têtes ombragées de boucles ondoyantes. Ils se penchent sur sa harpe pendant que ses blanches mains touchent les cordes tremblantes. Elle s arrête ; ils prennent eux-mêmes la harpe ; mais ils ne peuvent trouver le son qu'ils admiraient. «Pourquoi, disent-ils, ne nous répond-elle pas? Montre-nous la corde où le chant réside ». Elle leur dit de la chercher jusqu'à ce quelle soit de retour, et leurs doigts délicats errent parmi les fils de métal.

Sulandona regarde si son bien-aimé paraît; l'heure de son retour est passée. « Trathal , de quels ruisseaux parcoures -tu les rives? dans quelles forêts tes pas se sont-ils égarés? Puissé - je , de cette hauteur, contempler ta stature majestueuse ! puissé-je voir le sourire égayer tes joues vermeilles ! Entre les boucles blondes de ta jeunesse , tu ressembles au soleil du matin ».

Elle monta sur la colline, semblable au nuage blanc où monte la rosée, lorsque, sur

384 TRÀTHAL.

les rayons du matin , il s1 élève du vallon retiré, et agite à peine les têtes brunes des buissons. Elle découvrit un esquif balancé sur les vagues ; elle vit ses bords couverts de lances. « Sûrement, dit -elle, c'est l'ennemi qui dresse ses lances, et Trathal est seul. Un seul homme, quelque fort qu'il soit, peut-il combattre des milliers d'hommes » ?

Ses cris se font entendre. Les vallées et tous leurs ruisseaux y répondent. Les jeunes gens se précipitent du haut des montagnes , et, marchant d'un air égaré, tremblent pour leur chef. Dans leur colère , ils songeaient à fondre sur les guerriers de Colgul. Mais Trathal éleva sa voix sur les vagues, et leur commanda de retenir leurs lances. Ils se réjouirent en entendant sa voix, en les voyant amener son navire près de la côte.

Cependant on s'assemble autour de Colgul ; mais Colgul avait l'air sombre , et le feu ne jaillissait plus de ses yeux. Ses guerriers l'entouraient , tristement immobiles ; mais plusieurs d'entre eux étaient étendus sur la bruyère, comme les feuilles sèches sur la plaine obscure, quand les vents de l'automne ébranlent les chênes. Nous leur aidons à éle^ ver leurs tombes, et d'abord nous creusons celle de Colgul. Un jeune homme se baisse

TRÀTHAL 385

pour placer la lance derrière lui. Sa cotte d armes, en se soulevant, se détache de deux globes de neige. Calmora tombe sur le cadavre de son amant. Sulindona vient et la trouve expirée. Elle reconnut la fille de Cornglas. Ses larmes coulèrent sur elle dans le tombeau. Elle donna des louanges à la belle de Soma.

« Fille de la beauté, tu n es plus. Une rive étrangère reçoit ta dépouille ; mais tu te réjouiras sur ton nuage, car tu sommeilles dans la tombe avec Colgul. Les ombres de Morven ouvriront leurs salles à la jeune étrangère lorsqu'elles te verront approcher. Au milieu des nuages, autour de la table où circulent des coquilles vaporeuses, les héros t admireront, et les vierges toucheront en ton honneur la harpe de brouillard. Tu te réjouiras , ô Calmora ; mais ton père sera triste dans Sorna. Les pas de sa vieillesse erreront sur le rivage. Le mugissement des vagues lui par* viendra des rochers lointains. « Calmora, dira-t-il , est-ce ta voix que j'entends » ? Le fils du rocher lui répondra seul : « Retire-toi dans ta demeure, ô Cornglas! abandonne la ;rive orageuse : car ta fille ne t'entend pas ; elle chevauche loin de toi sur les nuages avec Colgul. Peut-être sur les rayons de la lune t

Page 1