‹ Ossian, fils de Fingal, barde du 3e siècle; poésies galliquesChapitre 45 sur 64 · DE TURA · texte numérisé non relu

DE TURA

Veuve de mon Oscar, pourquoi ce sanglot? Leur habitation est encore celle de la joie. Malvina , sèche donc tes larmes , et accompagne de ta voix ce qui me reste à raconter. Le chant de la douleur', ô Malvina , coule ainsi qu'un fleuve. Il dissout Tame des brave» et l'entraîne dans sa course ténébreuse. Son murmure plaît , malgré sa tristesse.

Ne te souvient-il plus , ô Malvina , de la beauté de l'étranger, au moment où le soleil parut dans son éclat ? Oui , car tu l'accompagnas jusqu'aux chines d'Ardven, montée sur ton coursier, et tu chassas avec FingaL Nous admirâmes les attraits de Civa-Dona, lorsque , semblable à la lune , tu te retiras derrière les montagnes. Elle brillait , comme brille une étoile , sur la frange d'une nuée. Mais qui eût admiré cette étoile , pendant que la lune se montrait à découvert ? Cependant l'étoile de Gormluba était belle. Les rangs de perles que renfermait la bouche de Civa-Dona étaient d'ujie blancheur éblouissante , et sa peau délicate , semblable au duvet des collines. Des anneaux entrelacés formaient son col charmant; ses deux globes d'amour s'élèvaient, ainsi que deux collines, parées de leurs toisons de neige. La plus pure mélodie animait ses accens. L'incarnat des

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roses pâlissait à côté de ses lèvres ; l'écume des fleuves perdait sa blancheur à côté de ses mains. Jeune fille de Gormluba , quelles expressions peindraient ta beauté? Tes sourcils, légèrement dessinés , tiraient sur la couleur de Fébène ; tes joues ressemblaient au fruit du frêne montagnard ; ta blonde chevelure , au sommet d'une colline , où s arrêtent des nuages d'or, après le coucher du soleil. Tes yeux étincelaient comme les rayons de cet astre , et ton corsage était le modèle de la perfection (7). Les héros , charmés à ton aspect , firent pour toi les vœux les pUis tendres.

Nous atteignîmes le palais de Duarma; Duarma s'était enfui ; il avait ouï parler de la gloire de Morven. Son père , étendu sur l'herbe , avait le coude appuyé sur une pierre grisâtre , et la tête posée sur sa main. Sa barbe blanche était éparse dans la poussière ; il chargeait les vents de profonds soupirs, et ses tristes yeux étaient rougis par les larmes. Lorsqu'il nous entendit approcher de la tombe de Talmo , il s'écria : « Mon fils , mon fils, il est doux d'être aussi voisin des pas de ton ombre » . Nous compatîmes aux chagrins du vieillard , et lui laissâmes une partie des dépouilles.

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