MALVINA
Les belles lumières qui entourèrent Malvina, se sont de même obscurcies. Mon cœur est semblable à l'astre des nuits , lorsque sa clarté s'affaiblit de plus en plus. J'abaisse , à son exemple , mon voile sur mon visage , et lamente en secret mes sœurs. Non , belles clartés , je ne vous oublierai pas , quoique Vous vous soyiez cachées dans l'ombre. Votre souvenir porte avec lui une tristesse qui a des charmes.
OSSIAN
Je ne vous oublierai pas non plus , vous qui gouverniez la tempête des batailles, bien que vous reposiez maintenant dans votre paisible sommeil. Votre image est encore dans mon souvenir, bien que je ne vous voie plus, comme autrefois , sur la bruyère jaunâtre. Ici , j'ai vu Fingal , chef des braves ; Oscar et Ryno , ces deux rayons de lumière , le bel Artho, et la brune chevelure deDermid. Ici, j'ai vu 1 aimable fils de Lutha , et Conchana , cette ame exempte de crime , avec le fils de l'intrépide Garo , les trois Finans et Fed. Ici , brilla le casque d'Eth ; ici , les boucles brunes de Dairo flottèrent au gré du vent ; ici , on-
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doya comme une bannière la chevelure ar~ dente de Dargo. Ici, Trenar croissait comme un chêne ; ici , Turman mugissait comme un to rent ; ici , Ardan s'avançait avec orgueil , comme un arbre qui lève sa tête verdoyante au-dessus d'un vallon chargé de brouillards. Ici , Murno et Sivellan souriaient derrière lui, avec leurs boucliers azurés. Ici , parut Clessamor, illustre par tant de hauts faits , et l'acier poli de Fercuth. Ici, chanta Carril ; ici , des milliers d'hommes écoutèrent la harpe d'Ullin. Ici , j'ai vu Moran , et l'harmonieux Fithil, Connal aux paroles douces et aux actions généreuses, Lamdarga avec sa lance sanglante , et Curach dont le bras tenait lieu d'une armée à l'instant du péril. Où es -tu f< Lugar, toi dont la porte n'était jamais fermée ? O Fadetha ! où est maintenant ta voix, dont les sons se faisaient entendre de si loin? Ronaro , où sont tes boucles dorées? Colda, où sont tes pieds agiles ? Lumna , qu'est devenue ta lance belliqueuse ? Que sont devenus Ledan aux regards affectueux, Branno aux belles armes , et le jeune Toscar ? Où sont Machrutha , Colmar et Comalo , qui , sur Gormal , donnaient la chasse au sanglier? Où sont Fillan ; mon frère chéri , et le terrible Fergus aux paroles de miel ? Où est Crigal , resplen^
dissant dans son armure , et Dogrena 4 cet astre qui conduisait les héros sur la plaine ? Âldo , qu as-tu fait de ta beauté ? Maroman où est la force de tes mailles d'azur ? Qui me montrera les vestiges de Duchomar, aimé de» belles , malgré la noirceur de son teint ? Qui me montrera la figure aimable de Crigal , ce rayon d'amour ? Suino , Sorglan et Conloch i ces trois torrens de nos batailles , ont aussi disparu. Le météore du trépas , Conal a cessé de vivre , ainsi que Gaul , ce tourbillon qui dispersait nos ennemis. Héros que j'aimai , vous n êtes plus. Aucun de vous n'est resté pour pleurer sur la tombe d'Ossian. Aucun ami ne placera sur mon corps ma pierre sépulcrale , ne préparera mon étroite demeure , sur la bruyère déserte. Oui : tous les héros de Morven sont la proie du trépas ; mais leur mémoire subsistera dans lame de leur barde.
MALV1NA.
Sœurs de ma tendresse , vous avez disparu de même ; mais vous vivrez dans le cœur de Malvina. Mon dernier soupir sera un hymne en votre honneur. Oui , Evirchoma , Darthula , Sulmina , votre image est souvent présente à mon ame. Elle ressemble aux pâle»