DE TITRA
rayons du soleil d'automne , lorsqu'ils glissent sur la bruyère obscure de Lena , et que l'arc humide s'avance à leur suite, avec toutes ses larmes. Gellama , Moïna , Minona , vous avez jadis brillé sur ces collines , quoique votre beauté soit maintenant obscurcie. Melilcoma , Colma , Annir, avez- vous conservé vos charmes ? Etes-vous encore l'admiration des héros, dans vos nuées légères ? Crimora, ta beauté s* est-elle maintenue ? Gelchossa , qu'est devenu ton extérieur aimable ? Dersagrena , qu'as-tu fait de ton éclat ? Oithona , quels lieux fais-tu résonner de tes amoureux accens?Ta voix était douée d'une tristesse attachante , comme la harpe du barde , quand le chef des guerriers a terminé sa vie. Et pourquoi vous oublierais-je , Evirallin , Clatho , vous les plus belles d'entre les clartés qui brillèrent sur Morven ? La joie est étrangère dans Selma , depuis que vous vous êtes couchées dans les ténèbres. Depuis ce temps f les chants des vierges ont cessé, et les harpes des bardes sont muettes. — Mais puis-je rappeler toutes mes pertes ? Ma voix et mes larmes n'y suffiraient pas. Belles clartés , vous avez laissé votre sœur dans les larmes. Elle brille obscurément sur les montagnes solitaires ; elle marche au milieu d'un désert; iï. 3o
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son visage est pâle et languissant , comme la face de la lune , lorsqu'à l'aspect du soleil , elle paraît dans les cieux sous la forme d'un nuage blanchâtre , après que tout son cortège d'étoiles s'est retiré. Sœurs chéries , vous êtes des clartés éteintes , mais votre mémoire réside encore avec Malvina.
OSSIAN
Malvina , fais trêve à tes pleurs. Tu affliges ma vieillesse. De même que la nuit est presque achevée, de même la nuit de notre douleur finira bientôt. Elle est pareille au songe de la chasseresse, dans la fente de son rocher. Elle croit tomber du faîte des collines, et s'arrêter dans le fleuve où elle se mire* Pareille au cygne qui l'habite, tantôt elle nage sur les ondes , tantôt elle disparaît sous leur nappe argentée. Ses cris appellent soi* amant ; mais il ne peut venir près d'elle. Son ame s envole au sein des nuages. Elle le voit sur la terre , gémir à côté de son tombeau. Elle brûle qu'il vienne la rejoindre , car elle est triste. Ses propres soupirs l'éveillent ; elle lève la tête , et le songe de terreur est évanoui. Chasseresse des bois de Cona , notre vie n'a pas plus de réalité. Nos amis se sont éveillés avant nous, et ils nous
i)E TUfcÀ. 4^7 jrc veilleront bientôt. Ne les entends- tu pa£ déjà, dans le soufre qui parcourt les roseaux, &e dire entre eux : « Malvina et Qssian viendront dans peu nous rejoindre » ? Malvina , le son de leur voix m'est agréable. Il me plaît , cqmmç le murmure du Lora plaît au voyageur nocturne , lorsqu' égaré dans sa route , il arrive#au désert. Il tourne les yeux vers Selma ; mais Selma est caché dans les ténèbres. Il ne voit sur la bruyère d'autre clarté que les météores de la tempête ; il ne .peut plus retrouver l'étroit sentier qui tourne au Sommet de la montagne , et les cris des ombres s'élèvent autour de lui. Enfin il entend le bruit du Lora, qui se précipite de ses rocs brisés. La joie renaît dans son cœur. « Je suis , dit-il , dans le voisinage de Selma » . Telle est la joie d'Ossian perdu dans l'obscurité , lorsqu'une voix lui apprend que bientôt il rejoindra ses pères. Marvina , ne retrouverons-nous pas alors les amis que nous pleurons ? Ne nous réjouirons-nous pas de nouveau dans leur entretien? Les atteintes de la douleur se feront -elles sentir dans les nuages? Quelqu'un y gémira-t-il encore ? Le père d'Oscar l'y verra-t-il frappé du coup mortel? Malvina y pleurera-t-ellc sur le tombeau de sonbien-aimé?Eviralliny scra-t-clle arrachée
des bras de son Ossian? Les salles aériennes seront -elles consumées comme Tura ? Les amis seront-ils séparés par la mort ? Non , la lumière de nos plaisirs ne sera pas obscurcie. Notre joie ne pâlira plus ainsi que la lune ; elle ne se retirera plus à son exemple. Nos amis ne seront plus des étoiles qui abandonnent leur séjour azuré , et laissent leurs compagnes en pleurs. Non : ils nous accompagneront toujours dans notre course riante. Us verseront autour de nous leur lumière et leurs chants d'allégresse. Sèche donc tes larmes, ô fille de Toscar! fais trêve à ta douleur, ô Malvina , tourterelle solitaire !