CAT H LU IN A
POEME
SUJET
Akwir, fille de Moraiiy aimée de Gaul et de Garno, deux guerriers unis de l'amitié la plus tendre , résolut de se délivrer du second , au moyen d'un stratagème. Elle se déguisa en étranger^ et le défia au nom de Duaran, qu'elle lui dit être son rival , et avec qui elle croyait qu'il n'oserait pas se mesurer» Frustrée dans son attente , et voulant, à quelque prix que ce fût, ne défaire de Garno , elle alla porter le même défi à Gaul , dans l'espérance qu'il triompherait de son ami , vu qu'il le surpassait en bravoure. Gaul et Garno se rencontrèrent pendant la nuit , et se blessèrent tous deux à mort. Annir en conçut tant de chagrin, qu'elle ne put leur survivre. Des réflexions, occasion* nées par la vue du lieu qui renferme leurs corps , ouvrent le poème , que termine leur éloge funèbre, chanté par les bardes*
CATHLUINAco,
POEME
J'entends le murmure du ruisseau; j'entends le bruit de sa chute le long du rochem Conduis-moi , fils de la jeunesse , vers ce chêne qui déploie ses branches sur le courant. Au pied de ce chêné , trois pierres grisâtres lèvent leurs têtes parmi la Verdure desséchée , et vont au-devant des feuilles qui tombent. Là sommeillent les amis d'Ossian; ils n'entendent pas le murmure du ruisseau ; ils ne prennent pas garde au frémissement du feuillage. En approchant du lieu de leur repos , nous ne devons pas craindre de les troubler.
Les braves étaient en grand nombre , ô fils de la jeunesse , sur les collines de Morven , dans les jours de notre bonheur; mais il souffla un vent destructeur, et notre forêt se vit dépouillée de ses feuilles. Il renversa nos pins majestueux sur leurs montagnes verdoyantes. Envoyé de l'hiver, ilfilentendre son sifflement dans nos palais , et la mort marqua sa voie ténébreuse. La saison de notre joie est un rayon qui a disparu ; la voix du plaisir.
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est un chant qui s'est tu dans nos salles , et la force de nos héros est un fleuve tari. Le hibou réside dans nos murailles désertes , et le cerf pâture sur les tombeaux des braves. L'étranger vient de loin pour implorer le secours du chef. Il contemple ses salles , et s'étonne de les vpir en proie à la désolation. Le berger qui siffle dun air insouciant, le rencontre sur la bruyère obscure, et lui dit que les héros ne sont plus. « Où sont allés , dit-il, les amis du faible? Où est Fingal, le bouclier des opprimés » ? Ils sont allés f ô étranger , ils sont allés vers leurs aïeux. Le vent destructeur a renversé les puisssans, comme il renverse les sublimes pins de Dora v et les enfans des faibles s élèvent à leur place. Tu vois sur chacune de ces collines les tombes de ceux qui secouraient les infortunés. Tu vois les pierres qui les couvrent, à demicachées par la verdure flétrie. Les héros sont couchés dans la poussière; et le silence, tel qu'un brouillard, est étendu sur Morven.
Mais la voix de la harpe de Cona, puissans qui n êtes plus , fera entendre vos louanges. Peut-être qu'en passant, l'étranger prêtera l'oreille à ses accords. Appuyé sur sa lance , il s'arrête par intervalles. Le barde ne l'aperçoit pas ; mais il entend plus d'une fois
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ses soupirs. Répétant à voix basse le chant qui Ta frappé , il poursuit sa route , et va le redire en pleurant aux ruisseaux de s$ patrie. Les jeunes bardes l'entendront , courbés en silence sur leurs harpes attentives. Ils l'épancheront sur les âges futurs.
Nous voici près des tombeaux; mais où sont les pierres qui désignent la demeure de nos amis ? Levez vos têtes , pierres grisâtres et mousseuses ; levez vos têtes , et dites-nous de qui vous conservez la mémoire. Pourquoi vous enfoncez-vous dans votre mousse , oubliant les héros que vous abritez? Hé bien! moi, je ne vous oublierai pas, compagnons de ma jeunesse ; votre renornmée vivra dans mes chants , lorsqu'on ne la lira plus sur ces pierres mousseuses. Souvent npu$ brillâmes ensemble sous des vêtemens d airain ; souvent , pareils à des torrens débordé* , nous versâmes la mort dans les plaines. Vous étiez alors puissans, ô mes amis, bien que vous soyez mainten^ftt sjt déchus. Vo$ exploits étaient grands, lorsqu'ici même vous combattiez l'un contre l'autre. Ecoute , fils de la jeunesse , et que toçi aynç conçoive le feu des actions glorieuses.
Gaul (2) et Garno étaient; l'effroi de la plaine. On trouvait leur gloire dans la terre
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des étrangers. La force de leurs bras était sans rivale, et leurs ames étaient d'airain. Ils vinrent au secours de Moran. Ils entrèrent dans la salle du chef, à l'endroit où sa demeure élevait son front grisâtre au milieu des arbres, dans l'île verdoyante d'Innisluina. La fille de Moran saisit la harpe , et sa voix harmonieuse célébra les étrangers. Leurs ames se fondirent à ses chants, comme un amas de neige devant les regards du soleil. Les deux héros brûlèrent d'une même passion pour Ànnir ; mais ses yeux bleus ne se tournèrent que sur Gaul. Son ame le contempla dans les songes de son repos , et les ruisseaux d'Innisluina l'entendirent proférer son nom en secret. La fille de Moran détourna ses regards du front de Garno , car elle voyait souvent le feu de sa colère s'élever comme une flamme obscure parmi des nuages de fumée.
Les héros passèrent trois jours dans les fêtes. Au quatrième , ils allèrent chasser sur la bruyère de Luina. La jeune fille les suivit de loin, vêtue comme un jeune homme de la terre des étrangers ; elle les suivit pour leur dire les paroles de la crainte, afin que Garno quittât la contrée.
Le soleil regardait les campagnes du milieu de sa carrière , et les chevreuils haletans re^
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posaient à l'ombre du rocher. Garno s'assied sur la cime escarpée de Caba. Son carquois est près de lui , et Lochos sommeille à ses pieds. Derrière lui est son arc détendu; il regarde s'il apercevra un cerf. Il aperçoit un jeune homme. «D'où viennent tes pas, lui dit le chef aux sourcils ténébreux? Où est la place à laquelle tu es attaché » ?
« J'appartiens, répondit le jeune homme, à la tribu de Duaran, chef des salles de Comara. Il aime la fille de Moran; mais il a appris que Garno courtisait l'objet de son amour. Il l'a appris, et m'envoie te dire de lui céder Annir, ou d'éprouver ce soir la force de son bras.
— « Dis à cet orgueilleux enfant de la mer que Garno ne cédera jamais. Mon bras est fort comme le chêne de Malla , et mon glaive est accoutumé à se frayer un chemin à travers le cœur des héros. De toute la jeunesse des montagnes , Gaul est le seul à qui je cède la droite dans la bataille , parce qu'il tua le sanglier qui rompit en deux ma lance sur Elda. Dis à Duaran de fuir vers sa patrie ; dis-lui qu'il s'éloigne de la fille de Moran.
« Mais , reprit le jeune homme ; tu n'as pas vu Duaran; sa stature est celle d'un chêne, sa force pareille au tonnerre qui roule dans le il. 3i