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* Celle que j aime est belle comme l'arc cé-î leste. Sa robe est semblable aux rayons du matin, L'incamatde ton visage, ô belle Annir, est doux comme le soleil , lorsqu'il regarde à travers les nuages pourprés de l'occident, lorsqu'on voit sourire les cimes verdoyantes des montagnes. O s'il m'était donné de te voir sur la colline des cerfs dans toute ta beauté/ de te voir semblable au jeune pin de la vallée de Luina, lorsqu'il agite doucement sa téte au souffle d'un vent frais, et que ses feuilles brillantes se développent à l'aide d'une pluie qui n'empêche pas le soleil de luire ! Alors mon ame se réjouirait , comme le chevreuil qui bondit sur la bruyère, car tu es aimable aux yeux de Gaul, fille du noble Moran (3).
« Es-tu Gaul? dit Annir en Rapprochant II se peut que ton Annir soit aimable , fils d'Ardan ; mais tu auras un combat terrible à soutenir : Duaran est ton rival ; il t'attend sur cette colline. Gaul , cède à Duaran l'objet de ton amour.
« — Je ne céderai à personne l'objet de mon amour; mais dis à ce chef de venir ce soir à mon banquet. Demain , il emportera les dons d'un ami, ou sentira la forcé d'un ennemi.
.« — Tu peux dresser le banquet; mais ce
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sera pour toi seul. Duaran vient uniquement pour lever la lance. Je le vois déjà dans le lointain : il marche comme une ombre sur cette bruyère ténébreuse. L'éclat de son glaive supplée au jour qui s éteint, et les nuages éclaircissent autour de lui leurs flancs rembrunis. Ecoute : il frappe son bouclier ; ce bruit est la mort des héros ».
Gaul se couvrit de ses armes, tel qu'une ombre qui revêt ses membres obscurs de météores lumineux , quand le tonnerre ébranle la cime des montagnes. Il marcha vers la colline d'où il entendait venir le signal de la bataille. En marchant, il modulait à voix basse un air de fête. Il songeait à Annir et aux exploits de ses premières années.
Jeune homme , c'est ici que les guerriers se rencontrèrent. Chacun d'eux pensait que son adversaire était Duaran ; car l'obscurité de la nuit couvrait les collines , et ce chêne cachait le ciel. Terrible fut la colère des héros; terrible le cliquetis de leurs épées, lorsqu'elles se croisaient en lair , pareilles à deux rubans de foudre qui sortent des replis d'un nuage sombre. Les montagnes répondent au choc de leurs boucliers. Luina tremble avec toutes ses forêts. La bruyère secoue sà tête : les chevreuils sont effrayés dans leurs songes ;
ib se figurent que la chasse est déjà' comr mencée, et les idées de leur sommeil ne leur offrent que des images de périh Le bruit augmente encore à leurs oreilles. Ils croient entendre approcher encore davantage la muV titudje des limiers et la force 4e l are. Us sojv tent de leur sommeil nocturne ; leurs yeu* «ont tournés vers le désert ,
La bataille fut longue et terrible ; mais le bouclier de Gaul se fend en deux, etlepée de Gajrno se hrise en mille éclats. Elle &p brise avec un bruit pareil à l'ouragan qui tourbillonne sur Ardven. lorsqu'il déracine la bruyère, et .mugit à travers le branchage du chêne. . ,
Gaul est immobile comme une baleine que les vagues ont laissée sur un roc. Garnp^ comme le reflux d'une vague orageuse, s'élance pour saisir le chef. Ils enlacent leurs J>ras musprieux, comme deux esprits du cj^ei qui luttent ensemble au milieu du déchaînerment de tous les orages. Les collines pierreuses s'abaissent de crainte devanj le tonnerre des, fils du ciel , et les éclairs bfûteat les bocages. Ainsi les deux guerriers bondissent de côté et d'autre : les rochers fuient sous leujs; pieds, Avec la terxe et la jpou^sp qui les couvrent. Leur sang, mêlé: de sueuj*>,
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ruisselle jusqu'à terre ; il roule parmi la ver~ dure, et colore le ruisseau qui passe.
Ils combattirent toute la nuit. À la naissance de l'aube, le fils d'Ardan fut renversé i et le ciel vit sa large blessure. Son casque se détache de son front. Garno reconnaît son ami.; il demeure pâle et muet, comme le chêne desséché que jadis la foudre a frappé slur Mora. Il tfoblie la large blessure faite à sa poitrine ; son sang coûte à grands bouik Ions sans qu'il l'aperçoive. Il tornibe près de son ami. ' •» • 1 ■
« Bénie soit / dit-il, la main qui m'a fait cette blessure î Ami , mori corps reposera avec le tien , et nos ames chevaucheront sur le même nùage. Tïos aïeux nous' regardent venir ; ils ouvrent leurè larges portes de brouillards • ils s'inclinent pour saluer leurs fils, et mille autres esprits Ids accompagnent. Nous venons, puissantes ombrés, mais ne nous demandez pas comment son t tombés vos enfans. Que servirait de vous apprendre que nous avons combattu comme si nous avions été ennemis? Il suffit que vous sachiez que nous fûmes ' braves. Mai & pourquoi avoninous combattu Tun contre l'autre? Pourquoi le nom de Duaran a-t-il frappé" me§> oreilles » ? -
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Gaul entendit la voix de son ami ; mais les ombres de la mort étaient sur ses yeux; il n'apercevait la lumière qu a travers un nuage. «Pourquoi, dit-il, ai-je combattu Garno ? Pourquoi ai-je blessé mon ami? Pourquoi faut-il que j aie entendu parler de Duaran? Plût au ciel qu'Annir fût ici près pour élever la pierre grisâtre qui doit former mon tombeau! Inclinez-vous, ô mes pères, du fond
de vos salles aériennes, pour venir au-devant de moi». Ces paroles ne furent quà demiprononcées. Froid et pâle , il tomba dans son sang.
Annir vint. Ses pas étaient tremblans, ses regards effarés , ses paroles en désordre. «Pourquoi Garno n'a-t-il pas pris la fuite? Pourquoi Gaul est-il tombé? Pourquoi ai-je prononcé le nom de Duaran ? « Son arc s'échappa de sa main, son bouclier glissa de sa poitrine. Garno la vit, mais il- détourna les yeux et les ferma pour toujours en silence. Elle s'approcha de son aimable Gaul, et tomba sur son corps glacé. Ce fut là qu'on trouva cette belle en pleurs; mais elle ne voulut pas s'arracher d'auprès de soi* amant.
Durant le jour entier, te soleil voyageant parmi les nuages humides, fut témoin de sa douleur. Toute la nuit, les fantômes, habtr