‹ Ossian, fils de Fingal, barde du 3e siècle; poésies galliquesChapitre 9 sur 64 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

« Tu iras au palais d'Atba et à la demeure des rois d'Erin ; là tu t'élèveras sur les morts comme une colonne de nuage orageux : rien ne résistera à ta rage, jusqu'à ce que tu voies Cloncatb venir des ondes éloignées du Morutb ».

La réponse des ombres est , comme celles des oracles, obscure et ambiguë. L'ambiguité est dans le mot Cloncatb , c'est-à-dire, rayon réfléchi $ ainsi le sens pouvait être : « Jusqu'à ce que tu voies de la terre d'Ullin un rayon réfléchi sur les ondes du Morutb » ; ce que l'éloignement rendait impossible. Mais Cloncatb était aussi le nom de l'épée de Fillan. Le Morutb était une petite rivière dans les environs de Selma : il y avait aussi une colline de ce nom , et Ossian appelé quelquefois Fillaà jeune chasseur du Morutb : au reste , nous n'avons rapporté cette ancienne tradition que pour remarquer que 4a religion des Firbolgs était différente de celle des Caels

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ou Calédoniens ; car on ne voit jamais ces derniers interroger les ombres de leurs ancêtres.

(9) Les caractères de Foldath et de Malthos sont bien soutenus. Foldath e'tait impétueux et cruel ; Malthos , opiniâtre et méfiant. Leur attachement à la famille d'Atha e'tait égal 5 leur valeur dans les combats e'tait la même. Foldath e'tait plein de vanité' et d'ostentation y Malthos n'était pas indulgent , mais il e'tait ge'ne'reux : et sa conduite à l'égard de Foldath , son ennemi , prouve qu'un caractère sombre et dur n'exclut pas toujours la bonté'.

(10) Dardulena , c'est-à-dire, noire forêt de Lena. C'était le nom d'un endroit de l'Ulster, où Foldath avait défait le parti d'Artho , ror dlrlande. Fier de sa victoire, il avait donne' à sa fille le nom de Dardulena.

(11) L'apostrophe à Clatho, mère de Fillan , est un des plus beaux morceaux de versification qui soit dans l'original gallique -, on le chante encore aujourd'hui dans le nord de l'Ecosse , et on l'appelé l'hymne harmonieux de Clatho. L'action de ce chant finit vers le milieu de la troisième journée.

SOMMAIRE

Discours de Fingal, qui voit descendre Cathmor dans ta plaine pour rallier son armée. Fingal envoie Ossian au secours de Fillan ; lui , il se retire derrière le rocher de Cormul , pour éviter le spectacle du combat de son fils avec Cathmor. Ossian s'avance : Cathmor descend de la colline , ral lie son armée , recommence le combat, et attaque Fillan lui-même , avant l'arrivée d'Ossian. Quand ce dernier arrive , Cathmor quitte Fillan , et se préparait a attaquer Ossian ; mais la nuit les sépare. Ossian re» tourne à l'endroit où Cathmor et Fillan s'étaient battus. Il trouve Fillan mortellement blessé et appuyé contre un rocher. Entretien des deux frères. Fillan meurt ; Ossian porte son corps dans une caverne voisine. L'armée des Calédoniens retourne vers Fingal. Il leur demande des nouvelles de son fils. Il comprend qu'il est mort , et se retire en silence. Les Firbolgs s'avancent. Cathmor trouve Branno, un des dogues de Fingal , couché sur le bouclier de Fillan. Ses réflexions à cette occasion. Il retourne à son armée , triste et rêveur. Malthos tâche de dissiper sa tristesse , en lui citant l'exemple de son père, Cathmor va se reposer à l'écart. Chants de Swlnialia.

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athmor, dit le roi de Morven, se lève sur sa colline. Fingal prendra-t-il l'épée de Luno? Mais que deviendrait ta gloire, 6 mon fils? Rassure-toi, belle Clatho : ne détourne point tes regards de Fingal, je n'éteindrai point la gloire naissante du jeune héros qui te doit le jour, il m'est aussi cher qu'à toimême Elevez-vous, épaisses forêts de

Morâ, élevez-vous entre la bataille et moi , je ne veux point être témoin du combat , de peur de voir tomber mon jeune guerrier. Viens , ô Çarrii , viens mêler à tes chants le son de la harpe; ces rochers ont des échos et des cascades brillantes. Père d'Oscar, lève ta lance et va défendre mon fils; mais dérobe ta marche à .ses regards. Qu'il ignore que son père a douté; de la force de son épée. Non, mon fils , jamais ton père n'affligera ton ame héroïque en lui montrant un doute injurieux (i) ».

Fingal se retire derrière le rocher de Cormul. ,Carril le suit en chantant. Mon ame s'échauffe et s'élève ; je prends la lance de Teh. \ 8

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mora (2). Je rois rouler dans la plaine les flots de la bataille : la mort renverse des rangs entiers. Fillan vole comme l'éclair : il porte le carnage d'une aile à l'autre. Les bataillons se dissipent devant lui comme ta fumée dans la plaine.

Alors s avafiça Câtîimor, couvert de l'armure xles rois. Une âile d'aïgtè flotte sur son casque ébloùïà&ant. Il marche àu combat avec un ris&ge àussi tranquille, que s'il allait chasser dainfc les forêts d'Atha. Il élève de temps en tétais Sà vôix fôrmidàbïe. Ses guerriers dôhfufc 'se i4àHî^iVt : le courage rentre dâïis Tèurs antes, ctfmtfe un torrent de feu : ils s éttotirtetft de leur terreur. Cathmor pàrtft à fëùrs iyéux côMrhe l'astre Où matin à cèfcx d\i Voyagëur qui a travéfëé \irte plaine ^ëttplée de TStaftômès et qui rougit de sa pëûr.

*$uTmàUa tremblante descend du rocher tte'Lènfc. Un cKéhe ïencôri^e et'faft 'tomber isà là'fiée, que fèfole Ataih ;sdùlevaît à •petfhe.Sës yeùxitànt^këà ^ur lë 'rôi tfA'tfta ; ses cheveux éparé toitfbWft ët fltftterit ààflrut de feon 'Vftagè-.'...-; SulfhaKa, tîë Hê sdht jpoint ici des combats innocens, tels quë ^êvtK que tu vtfyàîs à Cluba (3) , quand ïa^èutoessc se rasséiùbiait ^ousl^s /èuxdë Ccinmbr/etl^rc à la màHi diëptrtâft lé 'j^rïx de laîïrè&sé.

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Comme le rocher de Runo , quand il arrête les nuages et qu'il en couronne sa tête , semble grandir et s'élever encore au-dessus de la plaine, ainsi le chef d'Atha paraît plus grand au milieu de son armée. Les paroles de Cathmor font avancer ses guerriers au convbat, comme le souffle de plusieurs vents pousse de tous côtés les flots de F Océan. Fillan brûle d'impatience : il mêle sa voix au bruit de son bouclier. Tel l'aigle vorace quand il voit les chevreuils bondir dans la vallée , agite ses ailes et appelé les vents sur son rocher.

Les deux armées recommencent le combat. Les cris des mourans s'élèvent de toutes parts. La présence des deux chefs rallume leur courage. Je m'élance dans la plaine. Des rochers couverts d'arbres s'élevaient encore entre la bataille et moi. Mais au milieu • du bruit de mes armes, j'entendais le hruit (du combat et le choc de l'acier. Je iftbntai -sur une colline. Je vis les guerriers se ranger autour 4e Cathmor et du jeune Fillan. Déjà deurs regards farouches sont fixés sur leurs chefs ces deux héros se livrant un horrible combat. Majestueux èti terribles , on dfes distinguait à la lueur des flammes qui partaient de leurs armes, Mes craintes pour Fillan

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agitant et brûlent mon ame : je vole, j'arrive. Cathmor ne recule point, il n avance point ; mais toujours calme et serein, il marche quelque temps obliquement. Alors je fis briller toutes mes armes. Nous nous avançons en silence le long des rives du fleuve ; puis nous retournant tout à coup , nous levons en même temps nos lances. Mais la nuit survient, et nous enveloppe de ses ombres : par-tout règne le silence , excepté dans la plaine où retentit la marche des deux armées.

Je vole à l'endroit où Fillan avait combattu. Nulle voix, nul son ne s'y faisait entendre : je vois sur la terre un bouclier fendu en deux, un casque rompu. « Où es-tu, Fillan? Mon frère, où es-tu» Appuyé contre le rocher qui se penchait sur le fleuve, Fillan m'entendit; mais triste, abattu, il ne me répondit point. Enfin je l'aperçus : « Pourquoi restestu enveloppé dans la nuit, jeune chef de Morven?Tu t es couvert de gloire dans ce champ de carnage. Mon frère, tu as combattu longtemps. Maintenant le cor de Fingal retentit : monte vers ton père ; viens t'asseoir à sa fête. Environné des vapeurs de la nuit, il écoute le accords de la harpe de Garril : viens,; viens porter la joie dans le cœur du vieillard». — Quelle joie peut lui donner un fils vaincu ?

Ossian, je n ai plus de bouclier : l'aile d'aigle de mon casque est déchirée : c'est quand l'ennemi fuit devant eux, qu'uii père se plaît à voir ses enfans; mais il gémit en secret quand il les voit vaincus. Non, Fillan ne verra point le roi : pourquoi affligerait-il ce héros? — Fils de la belle Clatho, tu réveilles ma douleur (4). N'es-tu pas un feu dévorant qui marche devant Fingal? Et pourquoi ne se réjouirait-il point à ta vue? A ton âge, Ossian n'avait point égalé ta gloire. Cependant le roi fut toujours pour lui un soleil bienfaisant. II éclaira mes pas avec joie , et jamais aucun nuage n'obscurcit son front radieux. Monte, Fillan, monte sur la colline de Mora. La fi? te de Fingal est préparée. — Ossian, donnemoi ce bouclier rompu, ces plumes que le vent fait voler sur la bruyère; place-les auprès de Fillan, afin qu'il perde moins de sa gloire. Mon frère, mes forces m'abandonnent; couche-moi dans la caverne de ce rocher. N'élève point de pierre sur mon tombeau, de peur qu'on ne demande quelle fut ma renommée. Je succombe dès ma première bataille; je suis tombé sans gloire. Que ta voix seule réjouisse mon ame errante. Pourquoi apprendre au faible où repose le fils de la belle Clatho (5) » ?

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« Jeune héros, m'écriai-je, ton ame est déjà dans les tourbillons de Fair. Que la joie t'accompagne dans tes nuages : que les ombres de tes aïeux se penchent pour recevoir leur fils; je vois leurs météores s'étendre sur la colline de Mora ; je vois rouler les vapeurs quiles environnent. Que lia joie soit le partage de ton ame; nous, nous restons dans la tristesse : je vois le vieillard entouré d'ennemis , je vois décliner 3a gloire; tu restes-seul dans ta vieillesse, ô roi de Selma ».

Je descendis le corps de Fiilan dans la caverne. Les torrens mugissaient dans les ténèbres , une étoile rougeâtre brillait sur le héros. Les vents soulevaient de temps en temps ses cheveux; je prêtai l'oreille, je n'entendis aucun souffle. Le jeune guerrier dormait d'un sommeil éternel. La pensée vole sur mon ame, comme l'éclair sur le nuage : mes yeux roulent dans le feu; je marche à pas précipités, et l'acier de mes armes retentit.

« Je saurai te trouver au milieu de tes mille guerriers : pourquoi échapperait-il à ma fureur, le cruel qui m'a ravi mon frère? Allumez tous vos météores, ô mes aïeux, pour éclairer mes pas désespérés : je veux dans ma rage consumer Mais pourquoi ne

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pas retourner auprès de Fingal? Ce héros en cheveux blancs est seul au milieu de ses ennemis ; il ne voit point ses, fib auprès de lui : son bras nqt plus le même qu autrefois ; sa gloire commence à s obscurcir. Nop,, je ne verrai point ce guerrier expirant sur son dernier champ, de hataille Mais comment retourner auprès de Fingal ? N.ft me dcmandera-t-il pas son fils ? tu devais défendre Fillan... Ah ! je revole à l'ennerpi. Guerriers d'Inisfaiiî le bruit de votre marche plaît à man orçille: je fonds au milieu de vptrp a^mée pour éviter les regards de Fingal.. Mais j'entends sa voix sur le sommet du Mora : il appelé ses deux fils ; j'y vote , ô mon père , $eul avec ma douleur; j'y vole comme l'aigle que la foudre a frappé dans la nuit > çt qui a pçrdu la moitié de ses ailes (6) ».

Les restes de l'armée de Morven sont dispersés en désordre sur le Mora , à quelque distance du roi. Tristes , appuyés $ur leurs lances, tous les guerriers détournaient la vue. Àu milieu d'eu* Fingal gardait un morne silence. Pensées sur pensées roulaient dans son amet comme le flot suit le flot écumant sur un lac agité. Il promène de tous côtés ses regards inquiets. Aucun de ses fils ne paraît à sa vue. Les soupirs se pressent dans soa

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cœur; mais il cache sa douleur profonde. J'arrive : je m'arrête sous un chêne sans prononcer une parole; quraurais-je pu dire à Fingal au moment de sa douleur? Mais enfiç îl rompt lui-même le silence : il parle ; ses guerriers reculent consternés.

« Où est le jeune chef qui commandait mon armée dans le combat? pourquoi ne revient-il point avec vous du champ de bataille ?.... Vous

vous taisez ! mon fils n'est phis î Le bouclier de la guerre est brisé....... Àpportez-moi son

armure et Fépée de Luno. Je vais me retirer sur ce rocher, et demain je descends avec le jour pour combattre Cathmor ».

Sur le haut du rocher de Cormul, un chêne embrasé luit dans les airs ; le brouillard roule en flocons autour de la flamme Fingal en courroux s'éloigne à grands pas, et monte sur le sommet. Toujours il allait méditer dans la solitude , quand il sentait naître dans son cœur le désir de combattre (7) , son bouclier repose élevé sur deux lances : c'était le signal de la mort; c'était ce bouclier terrible qu'il avait coutume de frapper lorsqu'il devait mener lui-même ses guerriers à l'ennemi. Il marche à pas inégaux ; ses armes, brillent à la lumière du chênei Tel et moins terrible le fantôme de la nuit revêtu de vapeurs , se pré-

cipite sur l'Océan , et monte sur le char des vents.

Les flots de Tannée ennemie étaient encore agités par la tempête de la guerre. Les guerriers d'Erin rayonnaient à la clarté de la lune, et Ton entendait encore le bruit de leur marche dans la plaine. Cathmor les devançait et poursuivait avec fureur les restes de l'armée de Morven. Il arrive à la caverne où était le corps de Fillan. Un arbre penchait sa tête sur le torrent <Jui tombait du rocher. Sur la rive brillait, aux rayons de la lune , le bouclier rompu du fils de Clatho. Près de là, sur le gazon, reposait le fidèle Branno (8). Il n'avait point trouvé son jeune maitre sur la colline de Mora : guidé par le vent, il avait suivi ses traces. Il croyait que le jeune chasseur était endormi, il s'était couché sur son bouclier. Nulle haleine de vent ne soufflait dans la plaine, qui ne fût connue de Branno.

A la vue de ce dogue fidèle, couché sur les débris du bouclier, la tristesse s'empara de Fame de Cathmor. Il réfléchit sur la chute des guerriers. « Ils ravagent et passent comme les torrens. Une autre génération les remplace , mais quelques-uns laissent en passant des traces de leur gloire. Quelques plaines retiennent leurs noms dans les siècles sui-

vans, quelques torrens rappèlent leurs exploits Puisse Cathmor être compté parmi

ces héros célèbres, quand il sera étendu dans la tombe : puisse-t-il souvent entendre son nom chanté par les siècles à venir, quand il voyagera sur les vents , ou qu'il se cachera sous l'aile de la tempête ».

Les guerriers d'Erin se rassemblent autour de Cathmor pour entendre sa voix. Rayonnans à la flamme du chêne, oa les voit se pencher en avant, à des distances inégales , et la joie brille sur leurs visages. L'ennemi qui les faisait trembler est repoussé ; le Lubar serpente une seconde fois au milieu de leur armée (9) , Cathmor est un rayon du ciel qui luit au moment où la gloire de son peuple commençait à s'obscurcir. Ses guerriers l'entouraient avec respect. Il ne donne aucun signe de joie, tant il était accoutumé aux combats et à la viçtoire.

« Pourquoi le roi est-il si triste, dit Malthos ? Reste-t-il des ennemis sur les bords du Lubar? Est-il parmi eux quelque guerrier qui puisse levçr la lance? Borbar-Duthul (io), ton père, n'était pas aussi paisible que toi. Sa rage était un feu qui brûlait sans cesse. Sa joie éclatait à la mort de ses ennemis. Ses fêtes durèrent trois jours entiers, lorsqu'il

eut appris que Calmar n'était plus : Calmar, souverain de Lara, qtu combattait pour la famille de Cormac. Vingt fois ses mains trem? blantes touchèrent le fer qui avait perce son ennemi : ses mains le touchaient, car ses yeux ne voyaient plus. Ce roi montra toujours un front serein à ses amis ; il était pour eux comme un zéphir agréable qui agite doucement le feuillage des arbres. Sa mémoire se conserve dans Àtha, comme le souvenir de l'apparition majestueuse des ombres, dont la présence inspire la terreur, mais dissipe les orages. Que les voix d'Erin (i i) relèvent Fame abattue de mon roi, du chef intrépide qui a brillé au milieu de la noire tempête de la guerre, et qui a terrassé les braves. Fonar, monte sur ce rocher sourcilleux; répands la douceur de tes chants sur l'armée d'Erin qui l'environne ».

« Non, dit Cathmor, qu'aucun chant ne s'élève : Fonar, ne monte point sur ce rocher. C'est là que les braves ont péri : ne trouble point leurs pmbres errantes. Loin de moi, Malthos, loin de moi le chant des bardes. Je ne me réjouis point de la chute de l'ennemi quand le combat a Qessé. Demain, au retour de l'aurore, nous déploierons toutes nos forces. Fingal veille suç sa colline ».

A ces mots, semblables aux flots de la mer qu'un vent violent chasse dëvant lui, les enfans d'Erin se retirèrent. On entendait le bourdonnement confus de leurs tribus, qui se répandaient dans la plaine. De distance en distance, assis au pied d'un arbre, chaque barde chantait et touchait la harpe pour le chef qu'il aimait; vis-à-vis du chêne brûlant, Sulmalla touchait aussi sa harpe : elle s'interrompait par intervalles pour entendre le vent de la nuit qui sifflait dans ses cheveux. Non loin d'elle le chef d'Atha, plongé dans une noire mélancolie, était couché sous un arbre antique, ta lumière du chêne n'éclairait point l'endroit où il était. Il voyait Sulmalla sans en être vu : quand il aperçut ses beaux yeux remplis de larmes, son ame guerrière

s'attendrit Mais la bataille est devant toi,

fils de Borbar-Duthul.

Sulmalla suspendait de temps en temps les sons de sa harpe pour écouter si 1 armée était endormie. Son cœur est plein d alarmes ; elle voudrait chanter sa douleur sans être entendue. Le silence règne dans la plaine : les vents replient leurs ailes et se taisent : les bardes ont cessé leurs chants ; les météores avec leurs fantômes serpentent dans les airs; le ciel s'obscurcit. Les ombres des morts

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volent confondues avec les nuages. Cependant la fille de Conmor s'approche des restes mourans de la flamme. Tu occupes seul son ame, vaillant chef d'Atha. Elle chante et unit à sa voix les sons de sa harpe.

« Clungalo (12) revint et ne trouva point sa fille : Où es-tu, ma chère Sulmalla? 0 vous qui chassez sur ces rochers, avez-vous rencontré ma jeune fille? Porte-t-elle ses pas sur la verdure près de la retraite des chevreuils?..... Ah! malheureuse mère! Jf aperçois son arc dans ma demeure : où es-tu 1 ma fille, où es-tu? Cesse/ épouse chérie de Conmor, cesse tes plaintes ; je n'entends point ta voix. Mes yeux sont attachés sur le roi dont la course est si terrihle dans les champs de la guerre. C'est pour lui que mon ame inquiette veille aux heures destinées à mon repos. Enfoncé dans le nuage delaguerre, il ne tourne point ses regards sur son amante. Soleil de Sulmalla, pourquoi me caches-tu ton front radieux? Mes cheveux sont couverts de rosée ; d'épaisses vapeurs m'environnent; luis sur moi, du sein de ton nuage ». 1 *

TEMORA,

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